Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 janvier 2019

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1 décembre 1990

Renversement du président tchadien Hissène Habré

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Hissène Habré

Huit ans après avoir pris le pouvoir à la suite d'un coup d'État, le président tchadien Hissène Habré est renversé par le Mouvement patriotique du salut (MPS), dirigé par Idriss Déby. Accédant à la présidence quelques jours plus tard, ce dernier s'engage à établir une démocratie pluraliste.

En 1982, Hissène Habré et les Forces armées du Nord (FAN) renversent le président Goukoni Oueddei, au pouvoir depuis 1979. Lorsqu'il entre dans N'Djamena, la capitale du Tchad, Habré est flanqué du commandant en chef des FAN, Idriss Déby. Celui-ci devient conseiller pour la défense et la sécurité du président qui centralise le pouvoir et exerce un régime autoritaire fondé sur un parti unique et une police politique, la Direction de la documentation et de la sécurité. L'opposition politique et des groupes ethniques sont victimes d'une sévère répression qui fait des milliers de morts. Après une tentative de coup d'État raté contre Habré, en avril 1989, Déby se réfugie au Soudan d'où il organise le Mouvement patriotique du salut (MPS). Il remporte des victoires contre les troupes gouvernementales et progresse vers la capitale. En novembre 1990, l'étau se resserre sur Habré qui quitte le pays le 1er décembre et se réfugie d'abord au Cameroun. Selon lui, Déby s'appuie sur une aide importante du Soudan et de la Libye, ce que celui-ci nie. Pendant ce renversement, les troupes françaises, qui dans le passé soutenaient Habré, se contentent de venir en aide à leurs ressortissants. Le 2 décembre, Déby arrive dans N'Djamena. Il suspend la Constitution, dissout l'Assemblée nationale et accède à la présidence par intérim du conseil d'État, promettant d'instaurer une démocratie pluraliste et de tenir des élections. Le contexte politique tchadien demeurera instable. De plus, le régime du président Déby sera critiqué pour sa corruption et les irrégularités qui marqueront les élections. Quant à Habré, dont les atrocités continueront d'être révélées après son départ, il sera la cible d'un mandat d'arrêt international. On estime que des dizaines de milliers de Tchadiens auraient été tués sous son régime.

Dans les médias...


Christian Hoche et Jean-Michel Caradec'h, « Tchad : la fin d'une doctrine »

«...Le nouvel homme fort de N'Djamena est entré, en évitant toute exhibition de triomphe, dans la capitale tchadienne et s'est installé, dans un premier temps, au « camp des Martyrs », au milieu de ses homes. Le « com-chef », comme l'appellent ses combattants, est parvenu à se forger une légende : celle d'un chef de « rezzous » qui sait allier courage et sens tactique. Hissène Habré lui doit, en grande partie, ses victoires des années 80, lorsqu'il était son chef d'état-major. C'est lui qui boute l'armée libyenne hors du territoire tchadien, en 1987. (...) Que veut cet homme de 37 ans, toujours sanglé dans un uniforme de camouflage ? « Instaurer le multipartisme, laisser la parole au peuple. Trouver d'autres solutions que les armes. Par exemple, les urnes...» Un discours qui ne déplaît pas à Paris, dont le rôle a été déterminant dans la victoire de Déby. La France, en effet, a assisté - sans broncher et sans doute avec une certaine satisfaction - à la chute d'un partenaire aux méthodes quelque peu prussiennes. Comment expliquer autrement que, dotée, grâce au dispositif Épervier, de moyens de repérage, elle soit restée silencieuse sur ces préparatifs guerriers et n'en ait averti aussitôt la présidence tchadienne ? »

L’Express (France), 14 décembre 1990, p. 17.

Hugo Sada, « Hissein Habré, portrait d'un veuf de guerre »

«...Quand, en 1989, Habré précipita le processus d'élaboration de la Constitution et annonça des élections pour la fin de l'année, les réactions furent mitigées. Les optimistes crurent qu'enfin un processus était mis en oeuvre pour progresser vers une démocratisation des institutions. Les pessimistes diagnostiquèrent que Habré, se sentant fragilisé, voulait compenser son impopularité par une nouvelle légitimité institutionnelle. Les premiers mots de Déby après son entrée dans D'jamena le 1er décembre dernier promettaient aux Tchadiens le multipartisme. Ses premières décisions furent d'abolir la Constitution, de dissoudre les organes de sécurité de l'ancien régime et d'abolir les prélèvements fiscaux exceptionnels qui finançaient l'armée. Déby, par ces mesures, a visé juste. Mais il sait bien, comme tous les autres Tchadiens, que « l'après-Habré » ne sera pas facile...et que le multipartisme dans ce pays est un sacré défi ! »

Jeune Afrique (France), 12 au 18 décembre 1990, p. 21.

Omar Nasser, « Pourquoi Paris a lâché Hissène Habré »

«...Malgré cet accord, les affrontements se poursuivent entre les partisans de Idriss Déby et les forces de Hissène Habré, donnant ainsi à ce dernier l'occasion de ranimer l'épouvantail libyen afin de convaincre Paris et Washington de venir, une fois de plus, à son aide. Paris refuse. Son attitude est dictée par trois considérations. Tout d'abord, l'hostilité à peine déguisée de la classe militaire française à l'égard d'Hissène Habré, dont elle n'a pas oublié ni pardonné la responsabilité dans l'assassinat du colonel Galopin lors de la prise en otage de Mme Claustre. D'autre part, le chef d'État tchadien adoptait une attitude hautaine et un peu trop suffisante à l'égard des officiers supérieurs français dirigeant l'opération Épervier. Le fait que ces derniers aient souvent tenté de restreindre sa liberté d'action sur le terrain ne faisait qu'accroître la tension entre Paris et N'Djamena. D'autre part, Idriss Déby était très bien vu par les autorités militaires françaises qui admiraient ses qualités professionnelles et son refus de céder aux diktats du chef d'État. Déby avait d'excellents rapports avec les officiers français et son amitié pour la France n'a jamais fait défaut...»

Le Nouvel Afrique Asie (France), janvier 1991, p. 16-17.

Gouvernance et gouvernement [ 1 décembre 1990 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Tchad
FaibleJean Alingue Bawoyeuposte vacant

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1980 - 2000



septembre
1987
Signature d'un accord de cessez-le-feu entre le Tchad et la Libye

décembre
1990
Renversement du président tchadien Hissène Habré


Dans l'actualité


février
2016
Idriss Déby : un règne incessant pour le Tchad

janvier
2016
Le G5 Sahel : une offensive antiterroriste amorcée

octobre
2015
Tchad : justice sera-t-elle rendue aux victimes d'Hissène Habré?

septembre
2013
Tchad : l'ancien président Hissène Habré devant la justice

février
2009
Les Nations unies remplaceront l'Union européenne au Tchad

novembre
2008
Tchad : quand le soutien français vacille

novembre
2006
La crise au Soudan s'étend : état d'urgence au Tchad


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