Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 janvier 2019

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20 juin 1990

Discours du président français François Mitterrand sur la démocratisation en Afrique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

François Mitterrand

Lors de la 16e conférence des chefs d'État d'Afrique et de France qui se déroule dans la commune de La Baule-Escoublac, en Loire-Atlantique, le président François Mitterrand prononce un discours dans lequel il invite les pays africains à adopter des réformes démocratiques.

La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, témoigne du vent de changement qui souffle sur l'Europe de l'Est. Plusieurs pays entreprennent des réformes démocratiques d'envergure, marquant une rupture historique avec l'ère communiste. Profitant de la 16e conférence des chefs d'État d'Afrique et de France qui se déroule à La Baule du 19 au 21 juin 1990, le président François Mitterrand prononce un discours dans lequel il invite les pays africains à suivre ce mouvement. Établissant un lien direct entre démocratie et développement, ce discours marque un changement d'approche pour la France qui « liera tout son effort de contribution aux efforts qui seront accomplis pour aller vers plus de liberté ». Mitterrand parle à cet égard de l'aide « enthousiaste » que son gouvernement accordera à ceux qui franchiront avec courage le pas du multipartisme, plusieurs pays d'Afrique fonctionnant à ce moment avec un système de parti unique. Le président français se défend toutefois de faire de l'ingérence dans les affaires intérieures des participants à la conférence, rappelant que « cette forme de colonialisme qui consisterait à faire la leçon en permanence aux États africains et à ceux qui les dirigent, c'est une forme de colonisation aussi perverse que toute autre ». Les opinions sont partagées quant à la portée à accorder à ce discours que certains observateurs décrivent comme un moment important dans l'évolution des relations France-Afrique. Plusieurs pays poursuivent ou entreprennent un virage vers le multipartisme qui se précisera au cours des années à venir (Côte d'Ivoire, Gabon, Bénin, République populaire du Congo, etc.). À un autre niveau, plusieurs voient dans cette diversité de partis politiques un facteur contribuant au réveil des rivalités et des tensions régionales qui vont diviser plusieurs pays au cours des années 1990.

Dans les médias...


Marc Epstein, « France-Afrique : l'heure de vérité »

«...les propos de François Mitterrand publiés mardi dans « Le Monde », appelant à une plus grande démocratie à travers le continent noir, ont accru le désarroi de dirigeants africains déjà confrontés à une crise économique sans précédent. Dans la station balnéaire en état de siège, certains se sont, en effet, sentis montrés du doigt. On a pu soupçonner le président français de se désintéresser des rapports Nord-Sud, au profit des voisins « retrouvés » de l'Europe orientale. Mais voilà qu'il invite les pays d'Afrique à « organiser des élections véritablement libres et instituer le multipartisme ». Paris laisse même entendre qu'il sera tenu compte, plus que par le passé, du respect des droits de l'homme et de la démocratie, au moment des arbitrages budgétaires... « Le vent d'Est secoue les cocotiers », selon la formule du ministre de la Coopération, Jacques Pelletier. Certains parlent déjà de « paristroïka » - comme s'il existait encore un «espace » français, comparable à l'ancien empire soviétique. À ceux qui les invitent à évoluer peu à peu vers des sociétés démocratiques à part entière, la plupart des responsables africains plaident qu'ils dirigent des pays entièrement à part. Et de reprendre des arguments qui apparaissent aujourd'hui bien spécieux : la décolonisation, trop récente, n'a pas permis l'émergence de l'état de droit; le débat démocratique ferait resurgir des tensions ethniques qu'un parti unique permet de contenir; la liberté d'expression, enfin, coûte cher. Conclusion : ce sont les progrès économiques qui conditionnent la démocratisation. »

L'Express (France), 29 juin 1990, p. 18.

Ibrahima Signaté, « Que veut Mitterrand ? »

«...La question du multipartisme et de la démocratie, d'une manière générale, aura été lancinante tout au long des travaux. Certains participants redoutaient que la France les sommât de manière trop abrupte de renoncer au parti unique pour s'engager toutes affaires cessantes dans la voie du multipartisme. Ce qu'ils auraient, disons-le, mal pris. C'était oublier l'art des circonvolutions du président Mitterrand. Ferme sur le fond, il s'est montré souple dans la forme. Certes, dans son long discours d'ouverture l'appel à une démocratisation des systèmes politiques africains était sans équivoque. Mais, en même temps, le propos était nuancé par d'autres considérations : « La France n'a pas à dicter je ne sais quelle loi constitutionnelle qui s'imposerait de facto à l'ensemble des peuples qui ont leur propre conscience et leur propre histoire et qui doivent savoir comment se diriger vers le principe universel qu'est la démocratie. » (...) Et au cas où il n'aurait toujours pas été bien entendu, il précisait : « Pour nous, cette forme subtile de colonialisme qui consisterait à faire la leçon en permanence aux États africains et à ceux qui les dirigent, c'est une forme de colonialisme aussi perverse que toute autre. Au total, le président français encourage vivement ses partenaires africains à bâtir des sociétés démocratiques respectueuses des droits de l'homme, chacun à son propre rythme. Étant entendu que le plus tôt sera le mieux. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), juillet 1990, p. 15.

Christian Casteran et Hugo Sada, « Sommet de La Baule : l'avertissement »

«...À La Baule, du 19 au 21 juin, les vents de l'Atlantique, qui soufflaient en violentes rafales, ont tiré de leur torpeur des relations franco-africaines quelque peu assoupies dans un réseau d'habitudes et de fatalité. Il n'était plus question d'«amitié et de coopération », mais de « démocratie et de développement ». Démocratie et développement. C'est le message répété sur tous les tons, martelé ici, susurré là, par le président Mitterrand à 35 chefs d'État, d'abord curieux, puis inquiets et enfin partiellement rassurés. Avant que ne se tienne le sommet de La Baule, les dirigeants de l'Afrique francophone ne cachaient pas leur crainte de voir la France se détacher d'une Afrique mal notée. Le président (Omar) Bongo avait prévenu : « Ce sera le sommet de la vérité. » Tous redoutaient que le président Mitterrand, soupçonné par l'opinion française de complaisance vis-à-vis des régimes africains, n'attise trop vigoureusement les braises de la démocratie. Sur ces deux points, Mitterrand s'est montré rassurant d'une part, clair et sans ambiguïté de l'autre : la France n'abandonnera pas l'Afrique, mais de nouvelles règles du jeu sont désormais établies et annoncées publiquement avec quelque solennité. »

Jeune Afrique (France), 27 juin au 3 juillet 1990, p. 15.

Alan Riding, « France Ties Africa Aid to Democracy »

«...He said France did not seek to impose constitutional models because « one must not forget the differences of structures, civilizations, traditions and habits. » But he said his own outline of democracy would include free elections, multiparty systems, press freedom and an independent judiciary. Although French-African conferences have been held every two years since 1960, the stage was set for the latest meeting by an intense debate in French press and political circles over whether democratic stirrings in some African countries demanded a drastic revision of French policy. Critics of the Government, including some African political exiles, have asserted that France is not only sustaining a series of African dictators with political support and at times military detachments, but that it has also chosen to overlook large-scale embezzlement of development resources by friendly governments that are corrupt. Responding indirectly to those complaints, Mr. Mitterrand told the meeting that money may once have been handed out « without control, » but not since he took office nine years ago. He also emphasized that French troops would continue to help countries facing external threats, « but our role is not to intervene in internal conflicts. » Leaders Noticeably Absent Praising those African Governments that have announced plans to create multiparty states, among them Gabon, Benin, the Ivory Coast and Congo, he said France would « link its effort of contribution to those efforts to move toward greater liberty. »»

New York Times (États-Unis), 22 juin 1990.

Gouvernance et gouvernement [ 20 juin 1990 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
ÉlevéFrançois MitterrandMichel Rocard

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1985 - 1995



septembre
1985
Démission du ministre français de la Défense, Charles Hernu

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mars
1986
Tenue d'élections législatives en France

mars
1986
[Résultats] Élections législatives

avril
1988
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1988
Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1988
[Résultats] Élections législatives

juin
1990
Discours du président français François Mitterrand sur la démocratisation en Afrique

novembre
1991
Ouverture du quatrième Sommet de la Francophonie

février
1992
Signature du traité de Maastricht

mars
1993
Tenue d'élections législatives en France

mars
1993
[Résultats] Élections législatives

mai
1994
Inauguration d'un tunnel reliant la France et le Royaume-Uni

avril
1995
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1995
Élection de Jacques Chirac à la présidence de la République française


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