Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 décembre 2018

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29 avril 1972

Début d'une insurrection au Burundi

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Michel Micombero

Une offensive des Hutus dans le sud du Burundi fait des centaines de morts et mène à la création d'une République de Martyazo. Le gouvernement et l'armée, sous le contrôle de la minorité tutsie, ont cependant tôt fait de réagir, se livrant à une brutale répression qui se solde par des centaines de milliers de morts et de déplacés.

La vie politique au Burundi est dominée par le président Michel Micombero, un Tutsi, et l'Union pour le progrès national, le parti unique, depuis le renversement du roi Ntare V, en novembre 1966. En mars 1972, ce dernier effectue un retour d'exil. Dès son arrivée, il est arrêté et placé en résidence surveillée à Gitega. Quelques semaines plus tard, le 29 avril, une offensive est déclenchée par des petits groupes radicaux issus de la majorité hutue dans le sud du pays, notamment la province de Bururi. Des atrocités sont commises contre des Tustis et des Hutus restés neutres, et une République du Martyazo est proclamée. La loi martiale est décrétée. Des représailles sont rapidement effectuées par le gouvernement et l'armée, dominés par la minorité tutsie, ainsi que par des milices comme les Jeunesses révolutionnaires Rwasagore. La répression se généralise et prend la forme de purges contre les Hutus partout à travers le pays. Les intellectuels, les étudiants, les fonctionnaires et des Hutus influents au sein de l'armée sont ciblés, mais la répression s'étend à plusieurs dizaines de milliers de personnes, voire des centaines de milliers selon certaines estimations. De plus, des centaines de milliers d'autres Burundais quittent pour des pays voisins. Dans ce contexte, Ntare V, que certains soupçonnaient de vouloir profiter de l'action des rebelles hutus pour reprendre le pouvoir, est tué le 29 avril dans des circonstances obscures. Les observateurs sont partagés quant à la pertinence de qualifier de génocide, ou de génocide sélectif, les massacres de 1972 au Burundi. Micombero demeurera au pouvoir jusqu'à son renversement en 1976.

Dans les médias...


Gaëtan Sebundandi, « Un africain témoigne »

«...La répression s'est abattue, implacable, sur ce que l'ethnie hutue comptait d'intellectuels. On vous dit - et ce n'est pas forcément inexact - que de toute façon cette élite avait partie liée avec les responsables de la rébellion. Que la plupart des victimes de l'épuration avaient un rôle bien précis à accomplir dans cette révolution, un rôle souvent sanguinaire. Qu'ils avaient approuvé les buts et les méthodes du mouvement insurrectionnel. Soit ! Est-ce suffisant pour justifier l'exécution sommaire, la délation et les règlements de compte qui accompagnent forcément de telles procédures ? Aujourd'hui, il est vrai, le pays a retrouvé son calme. Mais c'est au prix de telles bavures qu'il est permis de se demander : pour combien de temps ? La question douloureuse, par-dessus tout, demeure. Peut-on espérer après le bain de sang de ces dernières semaines, que la plaie aujourd'hui béante au coeur de la nation burundaise, se refermera un jour ? Le fossé qui sépare les deux ethnies est-il encore susceptible d'être comblé ? Cette frénésie fratricide n'a-t-elle pas sonné le glas de toute chance de coexistence pacifique au Burundi ? Incontestablement, les récents événements autorisent les questions angoissées. »

Jeune Afrique (France), 8 juillet 1972, p. 15.

J.G., « Les haines tribales auraient joué un rôle important dans le déchaînement des violences »

«...L'annonce de la mort de l'ancien roi Ntare V, déposé par le colonel Micombero en 1966, puis revenu dans son pays après avoir reçu des assurances au sujet de sa sécurité à condition qu'il ne se mêlât plus de politique, a d'abord fait penser à un affrontement entre « royalistes » et « républicains ». Ce thème ayant cessé d'être exploité par la radio nationale, on peut penser que les querelles autour de la monarchie, même si elles ont joué un rôle dans certaines régions, ne suffisent pas pour expliquer ce début de guerre civile. L'instauration d'un pouvoir militaire et l'arrestation de plusieurs dignitaires du régime en place avant les troubles ont fait songer aussi à un affrontement entre des membres du précédent gouvernement. Tout en usant d'une phraséologie révolutionnaire, le Burundi n'avait jamais choisi clairement ses « alliances » et coopérait aussi bien avec les pays occidentaux qu'avec les pays communistes. Il est possible que les divisions des dirigeants burundais en matière de politique étrangère aient joué un rôle ; cependant l'idéologie était une préoccupation très accessoire pour des hommes politiques soucieux avant tout de faire prévaloir les intérêts de leur région d'origine ou de leur groupe ethnique. »

Le Monde (France), 13 mai 1972, p. 6.

Gouvernance et gouvernement [ 29 avril 1972 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Burundi
FaibleMichel MicomberoMichel Micombero

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1962 - 1982



juillet
1962
Proclamation de l'indépendance du Burundi

septembre
1962
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

janvier
1965
Assassinat du premier ministre burundais Pierre Ngendandumwe

novembre
1966
Renversement du roi Ntare V au Burundi

avril
1972
Début d'une insurrection au Burundi

novembre
1976
Renversement du président burundais Michel Micombero

avril
1980
Renversement du président libérien William R. Tolbert


Dans l'actualité


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