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19 juin 1988

Renversement du président haïtien Leslie Manigat

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Leslie Manigat

Quelques mois après avoir été élu président, à la suite d'une élection à laquelle peu d'Haïtiens ont participé, Leslie Manigat est renversé le 19 juin lors d'un coup d'État fomenté par des militaires. Le commandant en chef des forces armées, le général Henri Namphy, lui succédera avant d'être renversé à son tour le 17 septembre.

Le départ du président Jean-Claude Duvalier, en poste depuis avril 1971, est suivi en février 1986 par la formation d’un Conseil national de gouvernement. Le chef d'état-major des forces armées, Henri Namphy, devient l'homme fort du pays. Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum, en mars 1987, mais le présidentielle, prévue pour la même année, est annulée à cause d'intimidation et de violences. Malgré un taux de participation anémique, l'élection tenue le 17 janvier 1988 permet à un civil appuyé par l'armée, Leslie Manigat du Rassemblement des démocrates nationaux progressistes, d'accéder à la présidence. Le poste nouvellement créé de premier ministre est confié à Martial Célestin. En juin 1988, un bras de fer oppose Manigat à des têtes dirigeantes de l'armée. Évoquant le fait qu'il n'a pas été consulté lors du transfert du colonel Jean-Claude Paul d'un poste à un autre, il ordonne que le statu quo soit respecté. Accusé d'insubordination, le commandant en chef des forces armées, Henri Namphy, est écarté de son poste, arrêté et remplacé par le colonel Morton Gousse. Un grand ménage s'amorce au sein de la hiérarchie militaire. Des hauts placés s'y opposent et réagissent le 19 juin en faisant libérer Namphy et en orchestrant un coup d'État. Le président Manigat, accusé de pratiques autoritaires, est arrêté avant de quitter pour la République dominicaine. Namphy lui succède. Son règne sera de courte durée. Insatisfaits de sa réaction à la suite du massacre dans une église de Port-au-Prince de partisans de Jean-Bertrand Aristide, un opposant de l'ex-président Duvalier, des militaires le renversent le 17 septembre. Son successeur sera un autre militaire, Prosper Avril.

Dans les médias...


Jacques Espérandieu, « Haïti : retour à l'anormal »

«...Trou de mémoire. Il aurait dû se souvenir, le « gros Leslie », qu'en janvier dernier, lorsque les militaires « bricolent » une élection présidentielle essentiellement destinée à légitimer leur pouvoir, il n'est pas, loin de là, le favori du premier d'entre eux, le général Henri Namphy. Trop intellectuel, trop brillant, trop retors, trop imprévisible. Trop ambitieux, surtout. Un homme dont la soif de pouvoir avait même inquiété - c'était la fin des années 50 - François Duvalier en personne ! Reste que le moins « malléable » est aussi le plus « présentable ». Et dieu sait, à l'époque, si le régime haïtien a besoin de « présenter mieux » ! Va donc pour Manigat, poulain, à la fois, de l'Internationale démocrate-chrétienne et de l'Internationale social-démocrate, et, ainsi, le mieux à même de crédibiliser le scrutin aux yeux de l'étranger. Va donc pour l'universitaire connu aux États-Unis et en France, et, de ce fait, le plus capable d'encourager les deux principaux bailleurs de fonds à reprendre une aide financière directe interrompue après les massacres de novembre 1987. Va donc, enfin, pour l'ami du Venzuela, fournisseur no 1 d'Haïti, lui, en pétrole à prix réduit...»

L'Express (France), 1er juillet 1988, p. 20.

Jean-Baptiste Placca, « Namphy, le félon »

«...Le général Namphy a longtemps profité d'un malentendu historique : ce n'est pas l'armée qui a débarrassé le peuple de la dictature duvaliériste. La chute de Bébé Doc a été l'oeuvre de la rue. Mais la rue n'avait pas de leader. Après la victoire, le fauteuil du héros est resté vide. L'armée s'y est installée. Elle s'est, très vite, rendue impopulaire. Le général Namphy ne se privait pas, en privé, de proclamer que l'armée n'avait nulle intention de retourner dans ses casernes. De là à penser qu'il n'a favorisé Manigat aux élections que dans l'intention de le tenir et, le cas échéant, de le renverser, il n'y a qu'un pas, allègrement franchi par une opinion publique aujourd'hui désabusée. Paris a condamné le coup d'État. Washington aussi, qui a d'ailleurs réaffirmé son soutien au président renversé. Cela ne suffira pas. Laissera-t-on l'armée haïtienne, subitement unie dans cette oeuvre très peu démocratique, ajouter « son » chapitre de désordre, de sang et de misère à l'histoire de ce pays ? »

Jeune Afrique (France), 29 juin 1988, p. 15.

Denis Hautin-Guiraut, « L'impossible cohabitation »

«...Et puis, soudain, ce que Manigat croit être sa chance : l'apparition publique de divergences entre Namphy et Jean-Claude Paul, chef du bataillon d'infanterie Dessalines et l'un des hommes forts de l'armée d'Haïti. Un coup d'autant plus jouable, pense Leslie, que, en échange de son soutien pour marginaliser Namphy, il a quelque chose à offrir à Jean-Claude Paul : l'assurance que l'inculpation pour participation à un trafic de cocaïne, dont le colonel fait l'objet aux États-Unis, depuis le mois de mars, n'aura pas de suite en Haïti. D'où cette attaque frontale de l'impulsif président : une trentaine d'officiers mutés ou contraints à la retraite, en plus de la mise à l'écart de Namphy lui-même. Le coup de trop. Celui qui va permettre à une armée méprisée, humiliée sous Duvalier - et donc peu désireuse d'abandonner un pouvoir si facilement conquis à la chute de « Bébé Doc » - de refaire son unité sur le (large) dos de l'intrus. La population haïtienne dans tout cela ? Elle a appris avec une ironique indifférence que les États-Unis et la France condamnaient ce « nouveau coup porté à la démocratie ». Elle n'a sans doute pas manqué d'en déduire que ni l'un ni l'autre des deux gouvernements ne s'apprêtaient à reprendre leur aide financière au « pays le plus pauvre d'Amérique ». »

Le Monde (France), 21 juin 1988, p. 4.

Gordon Mott et David L. Gonzalez, « L'État, c'est Namphy »

«...Whether or not he was set up, the ex-president clearly overplayed his hand. Two months ago he fired a corrupt Namphy crony who ran the national flour mill. He cracked down on Army-controlled smuggling and drug traficking. Manigat also tried to divide the military into competing factions. He sought allies against Namphy, including the commander of Haiti's best equipped infantry batallion, Col. Jean-Claude Paul, who himself faces U.S. drug charges. When Namphy demoted Colonel Paul two weeks ago, Manigat made him rescind the order. Then he removed the general as commander in chief and transferred or retired 34 Namphy loyalists. « When I decided to discipline Namphy », Manigat told Newsweek from temporary exile in the Dominican Republic, « 90 percent of the military officers of the high command were in agreement with me. » It was a grave miscalculation. Soldiers descended on the presidential palace within hours. The streets of Port-au-Prince rang with gunfire and explosions. When the smoke cleared, Manigan was out - but curiously, there was no sign of bullet damage anywhere. « Not one horizontal shot was fired », said a local diplomat. »

Newsweek (États-Unis), 4 juillet 1988, p. 24.

Gouvernance et gouvernement [ 19 juin 1988 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Haïti
TransitionLeslie-François ManigatMartial Célestin

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1983 - 1993



février
1986
Départ du président haïtien Jean-Claude Duvalier

juin
1988
Renversement du président haïtien Leslie Manigat

septembre
1991
Renversement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide


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