12 décembre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

18 février 2010

Renversement du président Mamadou Tandja au Niger

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mamadou Tandja

Le président nigérien Mamadou Tandja est renversé par un groupe de militaires qui prennent d'assaut le palais présidentiel dans la capitale, Niamey. Au pouvoir depuis 1999, Tandja avait suscité la grogne après avoir obtenu les pouvoirs d'urgence et fait modifier la Constitution en 2009 à la suite d'un référendum boycotté par l'opposition.

Mamadou Tandja accède au pouvoir en 1999 à la faveur d'un coup d'État. En 1999 et 2004, il est élu démocratiquement à la présidence du Niger, un pays pauvre malgré ses importantes ressources d'uranium. En 2009, l'opposition refuse de changer la Constitution pour lui permettre d'effectuer un troisième mandat. Il réagit en mettant fin au gouvernement et à la Cour constitutionnelle, en annonçant les pouvoirs d'urgence et en tenant un référendum, le 4 août. Bien que sa légitimité est contestée, cette consultation est remportée à 92 %, ce qui mène à une nouvelle Constitution prolongeant le mandat de Tandja et renforçant les pouvoirs présidentiels. Des législatives, boycottées par l'opposition, sont également tenues. Cette situation suscite des réactions négatives au Niger et à l'étranger. Le 14 février 2010, 10 000 personnes manifestent dans les rues de Niamey. Le 18 février, un groupe de militaires, se disant en lutte contre la pauvreté et la corruption, décide de dénouer l'impasse. Il prend le palais présidentiel d'assaut et renverse Tandja. Tandja, le premier ministre Ali Badjo Gamatié et d'autres ministres sont emprisonnés. Un Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD), dirigé par le chef d'escadron Salou Djibo, assume le pouvoir. Ce dernier accède à la présidence le 22 février, alors que Mahamadou Danda devient premier ministre le lendemain et qu'un gouvernement intérimaire est formé le 1er mars. Le désir de rétablir éventuellement la démocratie est exprimé et des demandes d'aide sont adressées sur la scène internationale afin de faire face aux problèmes de malnutrition. Malgré des réticences initiales, ce coup d'État semble bien accueilli par les Nigériens. Un référendum sur une nouvelle Constitution se solde par un résultat positif le 31 octobre. Des élections, tenues le 31 janvier 2011, permettent au principal leader de l'opposition, Mahamadou Issoufou, d'accéder à la présidence. Pour sa part, Tandja est libéré le 10 mai.

Dans les médias...


Christophe Boisbouvier, « Tandja, la chute »

«...C'est un Mamadou Tandja muet et hébété que les putschistes trouvent dans son bureau, quelques minutes après 13 heures, ce 18 février. « On aurait dit un vieil officier muré dans ses certitudes, ne pouvant imaginer une seconde que ses « enfants » puissent le déposer », confie un des membres de la junte. Depuis quelques semaines, la colère monte dans les rangs de l'armée. Non seulement le président a bafoué les règles de la démocratie pour se maintenir au pouvoir, non seulement il a isolé le Niger sur la scène internationale au risque de couper le robinet de l'aide, mais aussi il « arrose » copieusement les ex-rebelles touaregs et ses généraux pour acheter leur soutien. Une villa clés en main et un bonus de 20 à 50 millions de F CFA (30 000 à 76 000 euros) pour quelques officiers supérieurs...et rien pour les autres. Comble de la maladresse : début février, il limoge trente-sept éléments de sa garde présidentielle et annonce que les primes vont baisser. « Comment un homme en danger peut-il prendre le risque de mécontenter ceux-là mêmes qui doivent le protéger ? » lâche un de ses anciens collaborateurs. »

Jeune Afrique (France), 21 au 27 février 2010, p. 14.

Sabine Cessou, « Au Niger, les origines du putsch »

«...Opposant de longue date au président déchu, le politicien Mahamadou Karijo décrit le colonel Salou Djibo comme un « Patriote honnête ». Son programme consisterait en effet à « Restaurer la démocratie » et « Sauver la population de la pauvreté, du mensonge et de la corruption ». Comme souvent lors des putschs en Afrique, les nouveaux venus commencent par promettre de « nettoyer la maison » avant de rendre les clés aux civils pour des élections, suscitant l'espoir - souvent déçu - des démocrates. Salou Djibo a annoncé que les affaires courantes seraient gérées par les secrétaires généraux des ministères. La vie a repris son cours vendredi matin à Niamey, où marchés et mosquées étaient ouverts. (...) Ce coup d'État est le quatrième au Niger depuis l'indépendance de cette ex-colonie française, en 1960. Les dirigeants se montrent rétifs à l'alternance dans ce pays, l'un des plus pauvres du monde avec l'Afghanistan et la Sierra Leone. Le pouvoir se joue largement autour du partage du « gâteau national » : les concessions minières pour exploiter l'uranium, et bientôt, le pétrole. Par ailleurs, le Niger est frappé cette année par une nouvelle famine, un fléau devenu endémique. Les admissions d'enfants mal nourris dans les dispensaires ont fortement augmenté en janvier selon le réseau d'alerte américain Fewsnet. Dans un tel contexte, les grandes manoeuvres de Mamadou Tandja pour se maintenir au pouvoir ont fini par irriter une partie de l'armée. »

Libération (France), 20 février 2010, p. 6.

Angélique Mounier-Kuhn, « Les Nigériens placides face au coup d'État »

«...Selon elle (Christine, assistante sociale à Niamey), beaucoup de Nigériens étaient d'avis que le maintien au pouvoir de Mamadou Tandja, 71 ans, « avait trop duré ». Élu en 1999, puis reconduit pour cinq ans en 2004, il avait obtenu en août 2009 l'allongement de son mandat de trois et la possibilité de se représenter au terme d'un référendum constitutionnel vilipendé par l'opposition, la société civile et les observateurs étrangers. En octobre, le boycott des législatives par l'opposition avait assuré une victoire massive à son parti. « Le coup d'État n'a surpris personne, commente Akly Joulia, chef d'entreprise au Niger. L'entêtement du président contre tous a provoqué une rupture avec le peuple. Il a perdu de vue la réalité ». La réalité était celle d'une exaspération croissante de ses 14 millions de concitoyens, les plus pauvres de la planète selon l'indice de développement humain de l'ONU (182e rang sur 182 en 2009). « La situation économique est difficile pour tous, les gens se plaignent », relève Christine. La suspension par l'Union européenne, en novembre passé, de son aide au développement pour sanctionner l'obstination autocratique de l'homme au béret rouge n'augurait pas d'une amélioration de leur sort. Et la médiation entre le président et son opposition initiée par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) en décembre, deux mois après l'exclusion du Niger de ses instances, ne montrait aucun signe de progrès. « Seule une intervention de l'armée pouvait lever ce blocage politique », estime Akly Joulia. »

Le Temps (Suisse), 20 février 2010.

Adam Nossiter, « Junta in Niger Endorses Democracy »

«...The seesaw movement toward and away from democracy, a constant in this region, has taken another jerk, and nobody here is certain in which direction, despite the junta's reassurances. Opposition figures here suggested the pro-junta demonstrations reflected the unpopularity of Mr.Tandja, 71, after a year of repression and rollback of the nation's democratic institutions. He dissolved the National Assembly and Constitutional Court and forced through a new Constitution that gave him increased powers. « I'm experiencing this as a liberation for our country, » said Marou Amadou, an opposition figure who was jailed and beaten under the defunct government. Several ministers of the old government remained « under surveillance, » a junta spokesman said, including the prime minister, the interior minister and the finance minister. One who did not, Ousseini Salatou, the minister for young entrepreneurs, declined to answer most questions in a telephone interview, saying only: « Everything is going to unfold normally. It's going to be all right. This is between Nigériens. » Mr. Tandja was deposed during a cabinet meeting in his palace. Soldiers, attacking the palace with machine guns, seized him and his cabinet. Mr. Tandja insisted, in an interview last summer, that he was intent on extending his stay in power only because of the demands of « the people, » though interviews in Niamey strongly suggested different sentiments. While crowds in the streets celebrated the coup, though, others were left with questions. Niger has endured a succession of coups that did not bring democracy. »

International Herald Tribune (France), 23 février 2010, p. 5.

Gouvernance et gouvernement [ 18 février 2010 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Niger
LimitéSalou DjiboAli Badjo Gamatié

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2000 - 2016



novembre
2004
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
2004
[Résultats] Élections législatives

février
2010
Renversement du président Mamadou Tandja au Niger

janvier
2011
[Résultats] Élection présidentielle

février
2016
[Résultats] Élection présidentielle

février
2016
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


septembre
2019
Niger : une base de drones américains dévoilée

septembre
2019
Le Niger : carrefour migratoire vers le nord

février
2018
Macron au Niger : assurer le support militaire français au Sahel

septembre
2017
Niger : entre croissance démographique et pauvreté

janvier
2016
Une première vraie transition démocratique pour le Niger ?

novembre
2015
Afrique : le roi de la jungle menacé

mars
2015
Niger : le taux de fécondité élevé compromet le niveau de vie de la population

octobre
2010
Le Niger a faim !

septembre
2009
Un référendum à saveur de coup d'État au Niger

septembre
2009
Enlèvement de diplomates canadiens au Niger : une succursale d'Al-Qaïda tenue responsable


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019