18 juin 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

25 octobre 2015

Élection en Pologne du parti Droit et Justice

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Andrzej Duda

Cinq mois après la victoire d'Andrzej Duda à la présidentielle polonaise, la formation de ce dernier, Droit et Justice (DJ), obtient la majorité lors des élections législatives du 25 octobre 2015. Ce parti de droite deviendra le premier depuis l'effondrement du bloc communiste à gouverner la Pologne sans recourir à une coalition.

Le parti de centre droit Plate-forme civique (PFC) dirige la Pologne depuis 2007 avec le Parti des paysans polonais. En juillet 2010, c'est également un candidat de cette formation, Bronislaw Komorowski, qui accède à la présidence. En dépit de la crise de 2008, le pays réussit de bonnes performances sur le plan économique. Le PFC conserve le pouvoir aux législatives d'octobre 2011, mais le mécontentement à son endroit s'intensifie en 2014. De plus, un scandale éclate lorsque des propos secrets de ministres sont dévoilés à leur insu. Le 24 mai 2015, Komorowski est défait à la présidentielle par Andrzej Duda du parti DJ. Puis, les sondages donnent DJ en avance en vue des législatives. Plus à droite que la PFC, il propose des mesures fiscales pour les familles et prône un conservatisme social plus prononcé en matière d'avortement et de fertilisation in-vitro. DJ affiche aussi un euroscepticisme modéré et ses leaders font des déclarations controversées à l'endroit des 7 000 migrants que la Pologne doit accueillir. Le 25 octobre, DJ obtient 39,1 % des voix et 235 des 460 sièges en jeu. Beata Szydlo dirigera un gouvernement majoritaire, une première pour un parti polonais depuis 1989. Dirigé également par une femme, la première ministre sortante Ewa Kopacz, la PFC chute pour sa part à 24,1 % des votes et 138 sièges. Malgré la création de la coalition Gauche unie sous Barabara Nowacka, la gauche ne peut obtenir un pourcentage de voix suffisant pour être représentée. Pour les analystes, cette victoire de DJ va dans le sens de la tendance observée dans plusieurs autres pays d'Europe de l'Est où les partis de droite ont le vent en poupe. Szydlo sera la première ministre, mais plusieurs pensent que l'ex-premier ministre Jaroslaw Kaczynski (2006-2007), reconnu comme plus à droite, exercera une forte influence sur le futur gouvernement.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


S.A., « Kaczynski a gagné, l'Europe a perdu »

«...Concrètement, comment se matérialisera cette nouvelle attitude dans les affaires européennes? D'abord, et ce sera sans doute l'aspect le plus visible, et le plus irritant pour ses partenaires: la Pologne sous l'emprise de Kaczynski aura toujours tendance à adopter une posture démonstrativement nationale, sinon nationaliste. Une sorte de réflexe historique, et dont le PiS a fait son fonds de commerce. La stratégie de la Plateforme civique depuis huit ans a consisté à inscrire la Pologne comme un acteur impliqué dans les décisions européennes, aussi pour mieux y défendre les intérêts nationaux polonais. Ce qui lui a particulièrement réussi, avec comme signe de reconnaissance ultime la désignation de son Premier ministre Donald Tusk à la présidence du Conseil européen en 2014. Le PiS, qui a systématiquement accusé la Plateforme d'être trop docile à l'égard de l'UE ou de Berlin, montrera beaucoup plus de propension à «combattre pour montrer qu'on a combattu»: un trait de caractère très polonais, même s'ils sont nombreux aujourd'hui à penser que cela a régulièrement mené le pays vers des catastrophes. La transposition politique de cette posture correspond toutefois à une tendance qui reste extrêmement importante à l'échelle des 28: c'est celle où, face à la dynamique fédéraliste de l'intégration européenne, on cherche à maintenir la primauté des souverainetés nationales. C'est clair: le PiS sera ontologiquement opposé à de nouveaux transferts de souveraineté. »

Le Soir (Belgique), 27 octobre 2015, p. 11.

Hélène Despic-Popovic, « La Pologne, fille ingrate de l'Europe »

«...Dans ce pays très catholique et traditionaliste, explique le politologue, la nouvelle gauche apparaît trop «européanisée», or, «aujourd'hui, les Polonais en ont assez de l'Europe». C'est pour les mêmes raisons qu'ils refusent par exemple les quotas de réfugiés proposés par la Commission européenne : «Ils n'aiment pas l'idée que ce soit une décision de Bruxelles, une chose imposée. Pour un Polonais, un étranger, c'est d'abord un occupant, un envahisseur, soit allemand, soit russe.» S'il ne réclame pas la sortie de l'Union européenne (...) , le PiS se déclare défavorable à l'adoption de l'euro. Une des premières mesures du prochain gouvernement, a annoncé Beata Szydlo pendant la campagne électorale, sera de démanteler le bureau qui doit préparer l'entrée de la Pologne dans la monnaie unique. La PO a tenté sans succès de jouer sur la peur du retour au pouvoir du PiS. Mais les mots de la Première ministre sortante, Ewa Kopacz, prêtant au PiS l'intention de faire de la Pologne une «République confessionnelle», sont tombés à plat. Huit ans après, le PiS s'est relooké. Ses cadres sont plus jeunes - Andrzej Duda a 43 ans et Beata Szydlo 52 - et plus proches des réalités de la population. Oubliées, les thèses de la remoralisation de la vie politique au travers d'une quatrième république, les effets pervers de la lutte contre la corruption ou de la décommunisation, le PiS d'aujourd'hui ressemble à s'y méprendre à n'importe quel parti populiste européen, même s'il a une connotation chrétienne plus marquée. »

Libération (France), 27 octobre 2015, p. 12 et 13.

S.A., « La Pologne, nouveau défi européen »

«...Le PiS de Jaroslaw Kaczynski fait là son grand retour. Même s'il a pris soin de mettre en avant une personnalité moins marquée et au discours plus modéré, Beata Szydlo, appelée à devenir premier ministre, il a su exploiter ces frustrations. Il a livré à l'électorat un certain nombre de boucs émissaires, qui sont autant de clignotants rouges pour les partenaires européens de la Pologne : Bruxelles, Berlin, Paris, les grandes entreprises étrangères - notamment les banques - et, plus récemment, les réfugiés, sur lesquels M. Kaczynski et le président de la république, Andrzej Duda, du même parti, ont tenu des propos inadmissibles. Résolument atlantiste, le PiS considère que l'UE a été trop souple avec Moscou dans la crise ukrainienne; il a fait campagne sur ses valeurs catholiques et nationales; il est également critique sur les concessions faites dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce tournant idéologique et politique polonais est un fait important pour l'Europe, et potentiellement lourd de conséquences. Sixième pays le plus peuplé de l'UE, avec 38 millions d'habitants, la Pologne affiche volontiers ses ambitions européennes. Près de deux millions de ses ressortissants vivent et travaillent dans d'autres pays de l'Union, la majorité d'entre eux en Grande-Bretagne. A ce titre, les orientations que prendra le nouveau gouvernement polonais sur la scène européenne auront plus d'impact que celles de la petite Hongrie, dont le premier ministre, Viktor Orban, a donné beaucoup de fil à retordre à Bruxelles. »

Le Monde (France), 27 octobre 2015, p. 25.

Agnès Gruda, « Le paradoxe polonais »

«...Pourquoi donc des électeurs globalement satisfaits, citoyens d'un pays décrit comme la success story économique de l'Europe et dont le taux de chômage a reflué sous les deux chiffres, voteraient-ils pour un parti qui veut tout chambarder? D'abord, parce qu'ils étaient fatigués d'un gouvernement perçu comme élitiste, arrogant, loin des préoccupations des gens, note Aleksander Smolar (un analyste). À preuve: un scandale d'enregistrements secrets, effectués dans des restaurants chics de la capitale, et où l'on peut entendre des dirigeants s'exprimer avec une vulgarité sans nom au-dessus de mets hors de prix. En juin dernier, ce «waitergate» a provoqué la démission de trois ministres et du président du Parlement, ce dernier ayant été entendu comparant la relation entre Varsovie et Washington à une fellation... Mais il y a plus que ce simple mouvement de balancier politique, sur fond de scandales. Il y a aussi le fait qu'une partie de la population, loin de la capitale, n'a pas l'impression d'avoir reçu sa part du «miracle» économique polonais. Ce sont les 30% de Polonais vivant sous le seuil de la pauvreté, ce sont les travailleurs qui ont décroché des emplois de plus en plus précaires ou les jeunes qui sont partis à l'étranger parce qu'ils ne trouvaient pas d'emplois rémunérateurs chez eux. »

La Presse (Québec, Canada), 27 octobre 2015, p. A10.

S.A., « Poland lurches to right with election of Law and Justice party »

«...Poland's economy is expected to grow by 3.5% this year and next, and unemployment recently fell below 10%. Voters, however, have responded favourably to introspective rhetoric and claims that secular and gender politics in the EU, and the multi-ethnicity of western Europe, are a threat to traditional Catholic values and national sovereignty. The governing Civic Platform has never recovered from a 2014 eavesdropping scandal that discredited high-profile government ministers. The Polish electorate is also faced with a left wing that has failed to rebuild itself since the end of communism. It remains a messy mix of greens, socialists, radicals and post-communists who fell short of the 8% of the vote needed to enter parliament. After voting in the Saska Kepa district of Warsaw, the United Left leader, Barbara Nowacka, said she hoped the election would mark a breakthrough for small parties such as hers. « It looks like Law and Justice will win, but what is even clearer to me is that voters in Poland want change. You see this because of the way voters are capable of moving from one small party to another. They are looking for a credible system change. » »

The Guardian (Royaume-Uni), 26 octobre 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 25 octobre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Pologne
ÉlevéAndrzej DudaEwa Kopacz

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



avril
2010
Écrasement d'un avion transportant le président polonais Lech Kaczynski

juin
2010
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
2011
[Résultats] Élections législatives

mai
2015
[Résultats] Élection présidentielle

octobre
2015
Élection en Pologne du parti Droit et Justice

octobre
2015
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


octobre
2018
Une confrontation entre la Pologne et l'Union européenne

avril
2017
Pologne : des mouvements migratoires inégaux

novembre
2016
L'avortement en Pologne : volte-face du gouvernement

janvier
2016
Élections en Pologne : un vent de changements

septembre
2015
Une surprise lors de l'élection présidentielle en Pologne

janvier
2015
Donald Tusk : la détermination que l'Europe attendait

septembre
2014
L'héritage controversé de Wojciech Jaruzelski

janvier
2014
Le parcours d'un célèbre politicien polonais : Lech Walesa

janvier
2014
« Steadfast Jazz » de l'OTAN: un écho de la guerre froide ?

janvier
2014
Varsovie : aucun progrès mesurable lors du sommet sur les changements climatiques


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016