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19 juillet 1980

Boycott des Jeux olympiques de Moscou par des pays occidentaux

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jimmy Carter
Library of Congress

Une autre controverse politique éclabousse le mouvement olympique alors qu'une cinquantaine de pays refusent d'envoyer leurs athlètes à Moscou pour protester contre l'intervention militaire de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en Afghanistan, en décembre 1979.

Après la tuerie de Munich, en 1972, et la décision des pays africains de boycotter les Jeux de Montréal, en 1976, la présentation des olympiques est à nouveau obscurcie par une polémique à caractère politique. Au début de 1980, le président américain Jimmy Carter demande au Comité olympique de son pays de ne pas envoyer d'athlètes aux Jeux d'été de Moscou afin de protester contre l'intervention militaire de l'URSS en Afghanistan. Le Comité approuve le président par une forte majorité au mois d'avril. Une cinquantaine de pays se joindront aux Américains et décideront, eux aussi, de ne pas envoyer de délégation à Moscou (Japon, République fédérale d'Allemagne, Canada, etc.). Lorsque les Jeux débutent, le 19 juillet, seulement 81 pays sont au rendez-vous. Quatre ans plus tard, l'URSS rendra la pareille aux États-Unis en refusant de participer aux Jeux d'été de 1984, à Los Angeles. Le geste sera imité par une quinzaine d'autres pays, la plupart du bloc de l'Est. L'amélioration du climat politique permettra aux Jeux de Séoul, tenus en 1988, de réunir les grandes nations du monde.

Dans les médias...


Jacques Julliard, « Les marchands du stade »

«...Les Soviétiques peuvent être satisfaits : le mur du silence a tenu. Les intimidations dirigées préalablement contre les journalistes ont parfaitement joué leur rôle. La presse occidentale est un tigre de papier quand elle se heurte à une police consciencieuse et dotée des moyens convenables : je n'ai lu nulle part, tandis que se déroulaient les grandes liturgies du muscle, d'interview de Sakharov ou d'enquête approfondie sur les circonstances de la mort de Mme Borissov. Dommage : pour une fois que la presse était sur place. Bref, tous ceux qui nous ont expliqué que la participation aux Jeux était le meilleur moyen de ne pas abandonner les dissidents à leur isolement et le peuple russe à ses policiers doivent reconnaître leur erreur : les Jeux ont bel et bien servi le prestige de l'U.R.S.S. À défaut de la médaille de la liberté, elle a gagné celle de l'efficacité en matière d'ordre public. Dans le monde où nous vivons, c'est l'une des plus appréciées par les chefs d'État. »

Le Nouvel Observateur (France), 9 août 1980, p. 18.

Daniel Vernet, « Moscou : la décision de Washington est ressentie comme un affront »

«...Les commentateurs soviétiques, qui s'efforcent de montrer que M. Carter est isolé, n'en sont pas moins inquiets. (...) Les Soviétiques ont beau répéter la déclaration de lord Killanin, selon qui les Jeux auront lieu à Moscou ou n'auront pas lieu, ils craignent pour leurs objectifs. Que l'affaire d'Afghanistan soit un prétexte ou non, elle risque de relancer d'autres campagnes de boycottage menées avec d'autres objectifs, par exemple en signe de protestation contre les violations des droits de l'homme en U.R.S.S. Non seulement les Soviétiques ont investi des centaines de millions de roubles dans l'entreprise, mais ils voulaient faire des Jeux une vaste opération de propagande, de publicité presque, en montrant la « patrie du socialisme » sous un jour ouvert, accueillant, pacifique. L'opinion intérieure, très friande de manifestations sportives, considérait les Jeux olympiques comme une consécration. La menace de M. Carter ne peut être ressentie que comme un affront, car elle implique que les Soviétiques ne sont pas dignes de les organiser. Les Jeux olympiques devaient avoir lieu pour la première fois dans un pays socialiste et ne pouvaient donc pas être un échec. »

Le Monde (France), 23 janvier 1980, p. 6.

Guy Cormier, « Jeux et guerre ne se marient pas »

«...comment imaginer que les Russes vont accepter à l'avenir de participer à une manifestation sportive aux États-Unis quand leur propre fête aura été gâchée ? L'abstention certaine des États-Unis enlève déjà beaucoup d'intérêt aux compétitions de cet été. Le reste du programme risque de s'effilocher. Comment les Russes ont-ils pu imaginer que, dans les 6 ou 7 premiers mois de l'année 1980, ils pouvaient faire la paix et la guerre, se lancer à la fin de décembre 1979 à la conquête de l'Afghanistan et convier à Moscou en juillet 1980 tous les peuples à une grande fête de l'amitié ? Telle est la question fondamentale. Le comportement des maîtres de la Russie révèle soit une ignorance complète des sentiments des peuples, soit une indifférence totale vis-à-vis de ceux-ci. L'annulation des Jeux de Moscou ne signifierait pas nécessairement la guerre. Mais comme les Jeux olympiques sont un succédané à la guerre, le sport de compétition entre nations exigeant les mêmes vertus que la guerre, ce ne sont pas seulement les athlètes qui ont beaucoup à perdre dans le gâchis présent. »

La Presse (Québec, Canada), 15 avril 1980, p. A6.

Éditorial

«...It is obvious that the Moscow Olympics are fatally infected by politics, and that would have been true with or without Afghanistan and the U.S. boycott. For the Soviets, there is no such thing as a non-political event - including sports and certainly including international sports contests. If the United States had participated, there is no doubt that our presence would have been trumpeted by Soviet-propaganda as implicit acquiescence to their invasion of Afghanistan, to their oppression at home, and to their militant ideology abroad. Events in Moscow underscore how important it was to refuse to play along with the Soviet sham. Even more clearly, such events emphasize the need to give the Olympics a permanent, non-political setting - such as Greece - to avoid repeating this prostitution of the games to nationalism and ideology. »

The Detroit News (États-Unis), 27 juillet 1980.

Gouvernance et gouvernement [ 19 juillet 1980 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
FaibleLeonid BrejnevAleksei Kossyguine

États-Unis
ÉlevéJimmy Carter

Afghanistan
TransitionBabrak KarmalBabrak Karmal

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1975 - 1985



juillet
1978
Premier championnat du monde aux échecs entre Anatoly Karpov et Viktor Korchnoi

juillet
1980
Boycott des Jeux olympiques de Moscou par des pays occidentaux

novembre
1982
Décès du leader soviétique Leonid Brejnev

février
1984
Décès du leader soviétique Iouri Andropov

mars
1985
Accession de Mikhaïl Gorbatchev à la tête du Parti communiste soviétique

novembre
1985
Ouverture du Sommet de Genève entre Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan


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