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20 décembre 2015

Tenue d'élections législatives en Espagne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mariano Rajoy

Après un mandat difficile, le Parti populaire (PP) du premier ministre Mariano Rajoy subit la grogne de l'électorat. Il chute à 28,7 % des voix et 123 sièges, ce qui le laisse nettement à court d'une majorité. Son rival traditionnel, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), connaît aussi un creux historique avec 22 % des voix et 90 sièges.

Après deux mandats minoritaires du PSOE entre 2004 et 2011, le PP de Rajoy forme un gouvernement majoritaire. Il hérite d'un contexte difficile influencé par les contrecoups de la crise économique. Les mesures d'austérité adoptées pour relancer l'économie, dont un taux de chômage à près de 30 %, sont accueillies froidement. Le reniement de certains engagements électoraux, un projet de réforme des lois relatives à l'avortement et des tensions sécessionnistes accrues en Catalogne contribuent à un recul du PP dans les sondages. Se greffe à cela un scandale de corruption au sein de la famille royale qui alimente l'insatisfaction, malgré une baisse du taux de chômage et des déficits budgétaires. Cette situation profite au nouveau parti Nous pouvons (Podemos), né en 2014 dans le sillage du mouvement de contestation anti-austérité M-15. Il connaît du succès aux élections européennes de 2014 et s'illustre dans certains sondages en Espagne. Le PP reprend cependant un peu d'élan avant les législatives du 20 décembre 2015. Il devance alors tous les partis, mais n'obtient que 123 sièges, 63 de moins qu'en 2011. Ce désaveu pour les partis de pouvoir s'exprime aussi à l'endroit du PSOE. Malgré un nouveau chef, Pedro Sanchez, celui-ci chute à 22 % et 90 sièges, un plancher historique. Dirigé par le jeune politologue Pablo Iglesias, Podemos termine troisième avec 20,7 % des votes et 69 députés. Un autre nouveau parti, « Citoyens -Parti de la citoyenneté (Ciudadanos) », le suit avec 40 sièges. Rajoy envisage de former un gouvernement avec l'appui d'autres formations, mais les négociations s'annoncent ardues. Plusieurs analystes croient qu'une coalition de gauche, bien que fragile, pourrait éventuellement être appelée à gouverner. L'hypothèse d'un retour rapide aux urnes est également avancée, surtout à la lumière de dossiers qui s'annoncent corsés, notamment les pressions sécessionnistes en Catalogne.

Dans les médias...


S.A., « Espagne : pour Rajoy, une victoire encombrante et un échec personnel »

«...Avec ce vote pour des nouveaux partis, les Espagnols ont voulu tourner la page de la crise qui heurte le pays depuis 2009. Tout au long de la campagne, il a beaucoup été question d'«espoir», de «renouveau», de «tournant historique» et d'une «nouvelle transition», en référence à l'étape post-franquiste de la fin des années 1970. C'est là que les nouvelles formations ont trouvé leurs références, en s'érigeant en véritables héritières de la Constitution de 1978... pour mieux demander à la changer. Pablo Iglesias s'est présenté comme le Felipe Gonzalez, leader historique du PSOE devenu premier ministre en 1982, qui revendiquait el cambio («le changement»), avant de rester presque quatorze ans au pouvoir. Albert Rivera, lui, a souvent parlé d'Aldolfo Suarez, premier chef du gouvernement de la démocratie (1976-1981), chef de l'Union du centre démocratique (UCD), figure emblématique de la transition. Les scandales de corruption qui ont touché l'ensemble de l'establishment, les politiques d'austérité sans précédent, un chômage qui demeure à un niveau dramatique (21%) et qui touche particulièrement les 16-24 ans (49%) ont été autant d'éléments qui ont contribué au ras-le-bol des Espagnols. La reprise économique semble se consolider, avec une croissance de 3,1% attendue cette année, mais elle n'est pas ressentie par tous. »

Le Monde.fr (France), 21 décembre 2015.

Guillaume Bontoux, « Les conservateurs en tête, un Parlement morcelé »

«...Si le bipartisme n'est pas mort hier soir en Espagne, il ressort sérieusement affaibli de ce scrutin qui a vu le taux de participation dépasser les 72%. Conservateurs et socialistes atteignent ensemble 50% des suffrages, contre près de 80% il y a quatre ans, lors des dernières législatives en novembre 2011. Le revers est considérable, et même s'il pourra être maquillé du côté des conservateurs par la victoire électorale, l'entrée en force des partis émergents est un des principaux enseignements de la soirée. (...) Dans tous les cas, aucune majorité stable ne semblait se dégager hier soir au sein d'un parlement morcelé, qui comptera jusqu'à dix formations politiques avec, aux côtés des quatre grands, la présence des écolos-communistes d'Izquierda Unida, de plusieurs formations nationalistes et de deux partis indépendantistes catalans. Ces derniers, qui obtiennent un total de 17 députés, seront des interlocuteurs obligés pour le ou les candidats qui aspirent au poste de premier ministre, étant donné que les alliances logiques, comme celle du bloc de centre droit entre le Parti Populaire et Ciudadanos, ou celle des forces de gauche entre le PSOE et Podemos, n'atteignent pas la majorité absolue. Et qu'il faudra un accord entre une ou plusieurs formations pour diriger le pays. »

Le Soir (Belgique), 21 décembre 2015, p. 12.

Benoît Pellistrandi, « L'Espagne ingouvernable et bientôt la menace indépendantiste »

«...la capacité du Parti Populaire à attirer les députés centristes de Ciudadanos dans une majorité parlementaire est quasi nulle malgré leur proximité dans la défense du modèle constitutionnel de 1978. Mais même en le réussissant, cette coalition ne pourrait pas rallier de voix nationalistes. Autrement dit, alors que le défi catalan est sans doute le problème majeur pour la stabilité des institutions et la démocratie espagnoles, le PP n'est pas en mesure d'articuler un vrai projet politique de sortie de crise. Quant au PSOE, comme groupe parlementaire le plus nombreux d'une gauche plurielle victorieuse, il va devoir, s'il entend gouverner, dire quel est son modèle d'État espagnol. Or, le PSOE a été l'un des architectes de la démocratie espagnole et près de 22 ans de gouvernement (1982-1996 puis 2004-2011) l'attestent! Mais ce parti est profondément divisé sur la question territoriale. D'un côté, la vieille garde qu'incarnent Felipe González et les socialistes andalous favorables à la dimension nationale du parti et de l'autre, la trace laissée par José Luis Rodríguez Zapatero qui avait plus que flirté avec les nationalistes. Une alliance PSOE-Podemos et nationalistes catalans arriverait à la majorité absolue... mais elle signerait l'éclatement politique du PSOE. Et de toute façon, cet hypothétique gouvernement ne pourrait prétendre réformer la constitution. »

Le Figaro.fr (France), 21 décembre 2015.

François Brousseau, « Ambiguïtés espagnoles »

«...La droite souligne bien entendu les progrès (relatifs) enregistrés depuis 24 mois, tandis que la gauche dite radicale de Podemos - assagie et recentrée après la désastreuse expérience de Syriza en Grèce - promet de s'en prendre à l'austérité et la pauvreté... mais tout en douceur, sans attaquer de front le système. Et bien entendu, en s'alliant à d'autres forces, à sa droite. Et sur le front des nationalités ? Où en sont les formations autonomistes ou indépendantistes, au Pays basque et en Catalogne ? Là aussi, l'ambiguïté ! Dans la portion catalane de ce scrutin espagnol, on a vu hier la formation du président Artur Mas, à Barcelone, subir un net recul, tandis que les indépendantistes de la Gauche républicaine se maintenaient difficilement. Mais la nouvelle voix catalane qui porte, c'est une coalition de « Podemos » locaux et d'autonomistes favorables au « droit à décider » pour les Catalans (comme la mairesse de Barcelone Ada Colau), même s'ils ne sont pas forcément indépendantistes. Car si l'extrême droite (celle qui s'affiche) n'existe pas dans l'Espagne électorale de 2015, le prurit autoritaire et centralisateur, intolérant face aux différences, existe toujours à Madrid. »

Le Devoir (Québec, Canada), 21 décembre 2015.

S.A., « Spanish elections : national newcomers end era of two-party dominance »

«...If the PP can manage to find enough support or abstentions to survive a vote of confidence, the conservatives could attempt to rule with a minority government. The option is fraught with instability, as the party will be forced to negotiate demands, ranging from constitutional reform to a referendum in Catalonia, that run counter to their electoral platform. Many analysts point to a pact between the PP and Socialists - an option rejected by the leaders of both parties during the campaign - as the most viable option moving forward.Such a pact would be unprecedented for Spain and likely cripple the Socialists' prospects in future elections. Another alternative, echoing developments in Portugal, would be a coalition of the Socialists, Podemos and Ciudadanos. However, Rivera said this week his party would not support what he called a "grouping of losers", diminishing the likelihood of this option. Such a coalition would clash over issues like Catalan independence - with Ciudadanos opposed to any talk of a referendum and Podemos promising it would allow Catalans a vote on the issue - and contradict Podemos' promises to do away with the regime that has governed Spain since the return to democracy. »

The Guardian (Royaume-Uni), 21 décembre 2015.

Gouvernance et gouvernement [ 20 décembre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéPhilippe VI (Felipe VI)Mariano Rajoy Brey

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



novembre
2011
Élection du Parti populaire de Mariano Rajoy en Espagne

novembre
2011
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

novembre
2014
Tenue d'une consultation sur l'auto-détermination de la Catalogne

septembre
2015
Élections régionales au Parlement de Catalogne

décembre
2015
Tenue d'élections législatives en Espagne

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
[Résultats] Élections législatives


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