Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

Pays | Statistiques | Années | Événements | Analyses | Biographies | Vidéos | Documents | Glossaire | Notes | Valeurs | Jeux | Recherche

1 juin 2001

Massacre de la famille royale au Népal

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Birendra Bir Bikram

Lors d'un souper qui se déroule le 1er juin 2001 dans le palais royal népalais Narayanhiti, le roi Birendra Bir Bikram, son épouse, la reine Aiswarya, et plusieurs autres membres de leur famille sont abattus. Selon une enquête, le responsable serait le prince héritier Dipendra qui, une fois l'acte exécuté, s'est donné la mort par balle.

Sur le trône royal depuis 1972, Birendra Bir Bikram accepte des réformes démocratiques, dont le multipartisme, au début des années 1990. Il est encore au pouvoir le 1er juin 2001 lorsqu'il est abattu au palais royal Narayanhiti, dans la capitale Katmandou, lors d'un repas au cours duquel il est entouré de ses proches. Son épouse, la reine Aiswayra, est également tuée, de même que plusieurs membres de sa famille. L'héritier au trône, son fils Dipendra Bir Bikram, lui succède, mais il meurt après trois jours dans le coma. Selon une enquête, ce dernier aurait été éconduit du repas à cause de son comportement erratique, qui s'expliquerait par une consommation abusive d'alcool et de drogue, et y serait revenu lourdement armé. Il aurait alors abattu le roi et les autres, avant de tenter de s'enlever la vie par balle. À ce motif d'une vengeance spontanée s'en greffent d'autres. Dipendra était par exemple favorable à un retour d'un rôle plus autoritaire pour le roi. De plus, un différend l'opposait au couple royal qui contestait le choix de la femme qu'il désirait épouser, les origines de celle-ci étant jugées incompatibles avec ses fonctions. Dans le coma pendant trois jours, le nouveau roi Dipendra décède le 4 juin. C'est un des frères du roi, Gyanendra Bir Birkam, qui accède au trône. Celui-ci avait déjà été roi brièvement en 1950-1951, alors qu'il n'avait que 3 ans. Partisan du renforcement des pouvoirs royaux, Gyanendra est perçu par certains comme celui qui, même s'il n’était pas sur place, aurait planifié le massacre du 1er juin. Sa gouvernance autoritaire suscite une importante contestation qui se soldera éventuellement par la perte de pouvoirs pour le roi et l'abolition de la monarchie en 2008, après près de 240 ans de la dynastie des Shah.

Dans les médias...


François Sergent, « Le parricide royal ébranle le Népal »

«...Le prince Dipendra, 29 ans, est convoqué vendredi par le conseil de famille, mécontent de le voir fréquenter Devyani Rana, jeune femme de 22 ans, issue d'une bonne famille qui a donné de nombreux Premiers ministres au Népal, mais à moitié indienne, un anathème dans un pays soucieux de paraître indépendant de son grand voisin. Les journaux indiens rapportent que l'on voyait souvent les deux amoureux se partager en toute simplicité une pizza à l'ombre du palais. Après une discussion orageuse avec sa mère, rapportent les rumeurs népalaises, Dipendra quitte la salle des banquets, furieux et ivre. Il revient vêtu de treillis avec une ou deux armes automatiques à la main. Et décime sa famille avant de se tirer une balle dans la tempe. Bilan encore incertain du massacre, au moins huit morts. Les astrologues, très puissants comme dans toute famille religieuse hindoue, avaient averti qu'un mariage avant les 35 ans du prince héritier entraînerait sa mort et celle de son père, et qu'une nuée de malheurs s'abattraient sur le Népal. Leurs prédictions se sont apparemment vérifiées. (...) Dipendra, élevé à Eton, école de l'élite de l'Empire britannique, passait pour un prince gentil, bien qu'un peu trop porté sur la boisson, les armes et les femmes, et rien n'explique son geste de folie. Des rumeurs parlaient bien hier d'une révolution de palais et même d'une opération de la guérilla maoïste, mais rien depuis deux jours n'est venu étayer ces hypothèses. »

La Libération (France), 4 juin 2001, p. 6-7.

Françoise Chipaux, « La folie meurtrière du prince Dipendra »

«...Le traumatisme des Népalais est aussi d'autant plus grand que la monarchie était quasiment la seule institution stable et solide dans un environnement qui ne cesse de se dégrader, avec un gouvernement impopulaire et corrompu, des partis politiques et des institutions discrédités et une situation économique qui tient près de la moitié de la population en un état de pauvreté absolue. Symbole et ciment de l'unité de la nation, dans un pays aux multiples ethnies et langues, la monarchie sous le roi Birendra avait su prendre le tournant de la démocratie et, dans l'anarchie régnant, son image était la plus brillante. Aujourd'hui, l'image est brisée et, impopulaire, le roi Gyanendra va avoir du mal à rétablir ce lien de confiance avec son peuple. Dans les campagnes reculées, les maoïstes, qui ont, depuis 1996, pris les armes pour obtenir la fin de la monarchie et l'instauration d'une république, vont sans doute accélérer leur pression. Déjà, un de leurs chefs a appelé l'armée, traditionnellement fidèle au trône, à se joindre au peuple pour en finir avec le roi Gyanendra. « Aujourd'hui, les Népalais ne veulent qu'une chose, que le désordre cesse tout autant que la corruption effrénée qui ruine le pays », affirme un analyste...»

Le Monde (France), 9 juin 2001, p. 12.

Agnès Gruda, « Les rois maudits »

«...le massacre royal révèle aussi la fragilité de la démocratie népalaise. En 1990, des manifestations violentes avaient forcé le roi Birendra à partager le pouvoir avec un Parlement élu. Mais les gouvernements qui se sont succédé depuis ont été marqués par la corruption et les querelles intestines. Ils n'ont rien fait pour sortir le pays de la dèche. Et ils ont été impuissants devant la guérilla maoïste qui a fragilisé l'une des premières richesses du Népal: le tourisme. Déçus par leurs politiciens, les Népalais ont continué à vénérer leur roi, dernier symbole de stabilité et d'engagement à l'égard du peuple. Ce symbole risque aujourd'hui de voler en éclats. En plus de s'en tenir à la thèse absurde d'un massacre accidentel, le nouveau roi est soupçonné de vouloir rétablir une monarchie pure et dure. Ce qui signerait la fin de la démocratie à la népalaise. Démocratie imparfaite. Mais démocratie quand même. »

La Presse (Québec, Canada), 5 juin 2001, p. A12.

Datta-Ray K. Sunanda, « Good reasons to worry about Nepal »

«...With political parties in Parliament as faction-ridden as the royal court, Mr. Prachanda's Communist Party of Nepal has spread its tentacles to 35 out of 75 districts, covering two-thirds of the population. Mr. Prachanda was gleeful when the government drew up a $5.33 million Integrated Security and Development Program, modeled on a failed U.S. counter-insurgency strategy in Vietnam, and deployed 10,000 troops to contain his « people's war. » Military measures would « practically end the political role of the Parliament and parliamentary groups,» he exulted. King Birendra's prestige and experience held the ship of state to some sort of course. Prince Gyanendra, 54, now takes over. This is his second stab at kingship. He was left behind in 1950 when the royal family fled to India. The current ruling clan, the Ranas, finding the 4-year-old wandering about the palace, crowned him king, but India refused to acknowledge him. India's role may be less decisive now. The Nepalese rebuffed plans for a delegation led by President K.R. Narayanan to attend Saturday's royal cremation. The prospect of instability in a land vital to India's security causes deep concern in New Delhi just as India embarks on sensitive new negotiations with its traditional rivals Pakistan and China. »

International Herald Tribune, 5 juin 2001, p. 8.

Gouvernance et gouvernement [ 1 juin 2001 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Népal
IntermédiaireDipendra Bir Bikram Shah DevaGirija Prasad Koirala

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1991 - 2011



mai
1991
Élection au Népal d'un gouvernement dirigé par G.P. Koirala

mai
1991
[Résultats] Élections législatives

novembre
1994
[Résultats] Élections législatives

mai
1999
[Résultats] Élections législatives

juin
2001
Massacre de la famille royale au Népal

avril
2008
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


octobre
2017
Népal : une histoire récente marquée par l'instabilité politique

janvier
2016
De sérieux défis pour la première présidente népalaise

septembre
2015
Un nouveau tremblement de terre dévastateur au Népal

septembre
2008
Prachanda, l'espoir du peuple népalais

janvier
2008
Manifestation de soutien à la monarchie au Népal

septembre
2007
Les moines bouddhistes manifestent dans les rues au Myanmar

février
2007
Les maoïstes intègrent le gouvernement au Népal


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016