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15 octobre 2003

Première mission chinoise envoyant un homme dans l'espace

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Yang Liwei

Après les États-Unis et l'Union soviétique (Russie), la Chine devient le troisième pays à mettre sur pied un programme permettant l'envoi d'un homme dans l'espace. Il s'agit du lieutenant-colonel Yang Liwei, un ex-pilote de chasse qui réussit l'exploit le 15 octobre 2003 à bord du vol Shenzhou 5.

La course à l'espace est un enjeu de la Guerre froide entre les superpuissances américaine et soviétique. En avril 1961, Iouri Gagarine (Union soviétique) devient le premier homme dans l'espace, suivi en mai par Alan Shepard (États-Unis). Un programme spatial chinois voit le jour au cours des années 1950. Il mènera à l'élaboration de missiles, capables de lancer des têtes nucléaires, ainsi que de satellites, mais le projet d'envoyer d'un homme dans l'espace n'aboutit pas. Il faut attendre avril 1992 avant qu'un programme semblable, bénéficiant d'une collaboration russe, soit mis sur pied. Des vols non habités sont effectués entre 1999 et 2002. Puis, le 15 octobre 2003, Yang Liwei, un ex-pilote de chasse âgé de 38 ans, devient le premier taïkonaute à bord d'un vol chinois, le Shenzhou 5 (vaisseau divin). Lancé de la base de Jiuquan, dans le désert de Gobi, son appareil fait 14 fois le tour de la Terre, soit plus de 500 000 kilomètres, avant de revenir sans problème 21 heures plus tard. Gardé dans le secret, l'événement est révélé avec enthousiasme au grand public. La Chine deviendra de plus en plus active à ce niveau, cherchant à profiter de son programme spatial sur les plans de l'observation et des communications. Ces progrès suscitent des inquiétudes chez les autres puissances qui redoutent un usage de ces atouts au niveau militaire. Un premier Chinois effectue une sortie dans l'espace le 27 septembre 2008, puis c'est le tour d'une première Chinoise, Liu Yang, le 16 juin 2012, de participer à un vol spatial. Bien qu'il y ait des critiques sur les coûts de telles missions, le programme chinois semble beaucoup moins coûteux que ceux des autres pays impliqués dans l'exploration spatiale. De plus, les succès de 2003 et des voyages subséquents sont présentés, à l'image des progrès économiques de la Chine, comme des reflets de la puissance de ce pays sur la scène internationale.

Dans les médias...


Jean-Jacques Mevel, « Derrière le pacifique « Vaisseau divin », une ambition militaire qui inquiète »

«...En public, beaucoup, à l'étranger, font mine de se réjouir de l'essor de la Chine symbolisé par la mise en orbite du premier taïkonaute. Autant s'en inquiètent en privé. Shenzhou V, « Vaisseau divin » d'un régime nominalement communiste, se présente comme une paisible entreprise scientifique. Derrière lui, il laissera pourtant un sillage que l'on peut juger menaçant. Les voisins de la Chine commencent à en tirer des conclusions. (...) Mais c'est aux États-Unis seule puissance que la Chine daigne encore considérer comme une rivale que les hommes politiques trouvent la force d'appeler un chat un chat : « Si l'un des motifs les plus pressants du programme (Shenzhou) est la quête du prestige politique, les efforts mis en oeuvre pour des vols habités contribueront quasi certainement au renforcement de l'arsenal militaire spatial de la Chine à l'horizon 2010-2020 », avertit le Pentagone dans son rapport 2003 sur les capacités militaires de Pékin. Vu de Washington, le vrai message du taïkonaute n'a pas grand-chose à voir avec la conquête pacifique de l'espace. Si Pékin s'intéresse de si près à la météorologie, aux vecteurs lourds, au guidage de précision et aux communications tout-temps, ce serait en vue de la confrontation à venir : celle qui dans les scénarios du Pentagone opposera inéluctablement la Chine aux États-Unis, que le prétexte en soit le sort de Taïwan, la réunification de la Corée ou encore le contrôle des couloirs de navigation en mer de Chine du Sud. »

Le Figaro (France), 15 octobre 2003, p. 3.

Caroline Puel, « L'Empire du Milieu atteint des sommets »

«...C'est à partir d'aujourd'hui, si le taïkonaute réussit son atterrissage dans la steppe de Mongolie-Intérieure, que la machine de propagande chinoise commencera à battre son plein. Le «techno-patriotisme» aide à cimenter cette énorme société d'un milliard et demi d'habitants, qui souffre de ses inégalités. Les premières réactions sur le forum Internet sina.com étaient très largement positives: «La Chine peut égaler les Etats-Unis! Patrie, je t'aime... Merci aux scientifiques... Vive la Chine...» «Ce vol spatial redonne le moral aux Chinois», commente un retraité de 67 ans interrogé par téléphone. «Le gouvernement se débrouille vraiment bien actuellement, estime une employée de 50 ans. Enfin la Chine redevient puissante!» Quelques commentaires étaient néanmoins critiques: «Ce lancement n'a aucun intérêt. J'espère seulement ne pas être au chômage demain», pouvait-on lire sur le site. «La Chine est un pays en développement. Pourquoi investir autant d'argent dans un projet qui n'apporte aucun bénéfice au peuple? Nous ferions mieux de dépenser cet argent dans l'éducation ou l'environnement!» Assurément, l'envoi de ce pionnier chinois dans l'espace aura des conséquences en politique intérieure. Le nouveau président, Hu Jintao, venu assister au lancement, est apparu lumineux aux informations télévisées, rendant hommage à son prédécesseur Jiang Zemin, étrangement absent bien qu'il préside toujours la commission militaire. L'opération a été largement bénéfique pour l'armée, qui supervise le programme spatial. »

Le Temps (Suisse), 16 octobre 2003.

Pierre Haski, « Une ambition mise en scène »

«...après l'obtention des JO 2008 par Pékin, puis l'accession à l'Organisation mondiale du commerce l'an dernier, l'envol du premier taïkonaute donne un nouveau signe du grand retour de la Chine sur la scène internationale, après l'isolement qui avait suivi la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989. (...) Pékin affiche également son ambition stratégique, d'abord sur son continent, l'Asie, mais aussi et surtout face à la super puissance américaine. L'envol du Vaisseau divin ne marque certes pas le début d'une «guerre des étoiles» avec la Chine, épouvantail qu'agitent certains experts occidentaux, mais il lui permet de marquer son statut sur la scène internationale, à l'égal des plus puissants. Cela risque également au passage d'alimenter le lobby anti-Pékin aux États-Unis, qui donne de la voix actuellement face à une concurrence économique jugée inégale. Au total (si l'opération est couronnée de succès jusqu'au bout), ce sera une très bonne affaire pour le régime chinois, remarquable survivant dans le monde post-communiste. En 1970, le premier satellite chinois envoyé autour de la Terre diffusait un chant révolutionnaire : L'Orient est rouge. Cette fois, le message est différent et dépourvu d'idéologie : il signifie simplement au monde qu'il va désormais falloir compter avec la Chine. »

Libération (France), 16 octobre 2003, p. 3.

Mario Roy, « La Chine en orbite »

«...Ce n'est certes pas un grand pas pour l'humanité: l'URSS et les États-Unis ont fait pareil il y a plus de 40 ans, en 1961. Mais ce pourrait être un bond en avant non négligeable pour la Chine sur les plans politique, commercial et peut-être militaire. Ce n'est pas un hasard si l'événement a été prévu en même temps que se terminait, à Pékin, une réunion plénière du Parti communiste chinois. De sources officielles, on indiquait que l'instance a manifesté la volonté d'aller plus avant dans la construction d'une "économie socialiste de marché" - suave expression. Ce qui implique, par exemple, la reconnaissance constitutionnelle du droit de propriété et, jusqu'à un certain point, de la libre entreprise. Et ce qui, pour en revenir à l'espace, serait compatible avec une volonté chinoise d'entrer en compétition avec les grandes puissances sur le marché des lanceurs commerciaux. Car, en marge des spectacles sons et lumières que sont les vols habités, l'aérospatiale est surtout devenue un commerce auquel s'adonnent les nations maîtrisant cette technologie de pointe. »

La Presse (Québec, Canada), 15 octobre 2003, p. A22.

Joseph Kahn, « Milestone for China : Dragon has landed »

«...The Shenzhou mission is part of a broader push for international recognition that also prompted China's prolonged and highly emotive campaigns to play host to the Olympics and join the World Trade Organization, which were also successful. Unlike those efforts, though, putting a man into space gives China bragging rights to a scientific achievement that only two other nations have equaled. European countries and Japan have discussed manned space programs but never followed through. India has space ambitions but lags behind China in both rocket and satellite technology. (...) Shenzhou 5 is just the most recent in a string a technological achievements that have in fact made China a regional power, if still not yet a true peer of the United States. China has had nuclear weapons for nearly 40 years. It has had its own satellites in orbit since the early 1970's. It has intercontinental ballistic missiles that can reach America's heartland. Its main strategic focus is relatively modest, to eventually regain full sovereignty over Taiwan. China also seeks to maintain regional stability so that it can continue to develop its economy. But in the longer term the military is seeking to project force beyond its shores and into the heavens. A big motivation for spending billions of dollars on manned space flight, Chinese scientists say, is to develop the ability to fight outside the Earth's atmosphere, which could be critical in the competition with the United States, especially if Washington deploys space-based missile defenses. »

The New York Times (États-Unis), 16 octobre 2003, p. A10.

Gouvernance et gouvernement [ 15 octobre 2003 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleHu JintaoWen Jiabao

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1998 - 2016



décembre
1999
Rétrocession de Macao à la Chine

décembre
2001
Adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce

novembre
2002
Ouverture du XVIe Congrès du Parti communiste chinois

mars
2003
Alerte au SRAS par l'Organisation mondiale de la santé

octobre
2003
Première mission chinoise envoyant un homme dans l'espace

octobre
2007
Ouverture du XVIIe Congrès du Parti communiste chinois

mars
2008
Montée de la violence dans les rues de Lhassa au Tibet

août
2008
Ouverture des Jeux olympiques de Beijing

novembre
2012
Ouverture du XVIIIe congrès du Parti communiste chinois

septembre
2014
Mouvement de protestation populaire à Hong Kong

octobre
2015
Fin de la politique de l'enfant unique en Chine


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