Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

22 septembre 2017

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février 2003

Début d'un conflit dans la province du Darfour, au Soudan

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Conflit au Darfour

Des groupes armés entreprennent une rébellion au Darfour, une province de l'ouest du Soudan. Elle est suivie par une offensive de forces gouvernementales et de milices arabes, les jenjawids, qui dégénérera en un long conflit responsable de centaines de milliers de morts et d'exilés.

Des tensions et des conflits de longue date divisent le Soudan, un pays composé de multiples groupes ethniques. Un des différends les plus marquants est celui opposant la minorité arabe à la majorité noire, notamment au sud. Cette dernière est souvent insatisfaite du pouvoir central, à Khartoum. Le mécontentement s'exprime aussi dans la province du Darfour, à l'ouest, qui compte environ 6 millions d'habitants. Celle-ci est également affectée par des conditions climatiques difficiles ainsi qu'un accroissement de population qui est source de tensions. En février 2003, des groupes rebelles, le Mouvement/armé de libération du Soudan (MLS/ALS) et le Mouvement justice et égalité (MJE), entreprennent des actions au Darfour pour obtenir une meilleure répartition des richesses. Le gouvernement réplique avec des troupes, mais aussi en recourant à des milices arabes particulièrement violentes : les janjawids. Les atrocités sont telles que des centaines de milliers de personnes sont tuées ou décident de prendre la route de l'exil, notamment au Tchad ou en République centrafricaine. Ces crimes de guerre sont dénoncés par les Nations unies, le gouvernement des États-Unis parlant pour sa part de génocide. Des accords de paix sont conclus en mai 2006, mais ils ne sont pas observés de façon rigoureuse. En réaction, une Mission commune des Nations unies et de l'Union africaine est déployée l'année suivante afin de rétablir la paix. Les violences persistent néanmoins. Le rôle du gouvernement soudanais est dénoncé sur la scène internationale. En 2009, un mandat d'arrêt est même déposé contre le président Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale. Selon des estimations onusiennes, la guerre du Darfour, qui se poursuit dans les années 2010, fait environ 300 000 morts et 2 millions et demi de déplacés. Il s'agit d'une des grandes tragédies du début du XXIe siècle.

Dans les médias...


Gérard Prunier, « Ce qui se passe au Darfour est un génocide ambigu »

«...En un peu plus de deux ans, probablement 350 000 personnes ont été tuées : c'est presque la moitié du bilan du génocide au Rwanda en 1994. Mais ce qui se passe au Darfour est un génocide ambigu. Car selon la définition donnée par l'ONU en décembre 1948, il y a génocide lorsqu'il y a «volonté d'annihilation totale ou partielle» d'un groupe de population. Ici, on est dans un cas certain d'annihilation partielle, alors que dans les «vrais» génocides, comme celui des juifs d'Europe ou des Tutsis au Rwanda, il y a eu une volonté de disparition totale d'un groupe humain. Mais, toujours par rapport à la définition de 1948, y a-t-il «volonté» délibérée ? Dans le cas du Darfour, c'est presque impossible à déterminer. Je pense qu'on est en présence d'une contre-insurrection qui échappe à ses auteurs. Y a-t-il désir de la part de Khartoum d'anéantir tous les Africains du Darfour ? Non, mais en revanche, d'en tuer un nombre immense oui, jusqu'à les amener à résipiscence, à obéir par la terreur. Je préfère donc parler de politique génocidaire. Il faut replacer cela dans le contexte des politiques de type génocidaire que le gouvernement soudanais a eues vis-à-vis des peuples identifiés comme non arabes. Maintenant que l'on tue des «nègres», des Africains musulmans, les choses sont claires : c'est une guerre de race, pas de religion. »

propos recueillis dans Libération (France, 21 mai 2005, p. 50-51.

David Morse, « Darfour ou la guerre du futur »

«...Une guerre du futur a lieu actuellement dans une immense région désertique de l'est de l'Afrique, au Soudan. Les armes elles-mêmes ne sont pas futuristes. Les pistolets au laser ou les armées de robots qui peuplent les récits de science-fiction n'ont pas cours ici; pas plus que les drones Predator dirigés par satellite ou tout autre système d'armement de haute technologie à la pointe de l'arsenal moderne. Non, cette guerre est menée à coups de kalachnikovs, de matraques et de couteaux. Dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, les tactiques de prédilection sont les incendies et les pillages, la castration et le viol - perpétrés par des milices arabes à dos de chameau ou de cheval. Les technologies les plus sophistiquées sont, d'une part, les hélicoptères utilisés par le gouvernement soudanais pour soutenir les milices lorsqu'elles attaquent des villages et, d'autre part, une tout autre arme: les sismographes dont se servent les compagnies pétrolières pour dresser la carte des gisements de pétrole qui se trouvent à des dizaines de mètres sous la surface du sol. [...] C'est une guerre des ressources, menée par des suppléants, impliquant de grandes puissances dont les économies sont basées sur la croissance, luttant pour un réservoir limité de ressources...»

Traduit de l'’anglais dans Le Temps (Suisse), 6 septembre 2005.

Alain Délétroz, « Au Darfour, la diplomatie limitée »

«...Malgré « les messages forts » de nos diplomaties et l'appel à une résolution de l'ONU brandissant des sanctions envers Khartoum lancé le 26 juillet par les ministres des affaires de l'Union européenne, il reste navrant de voir à quel point les membres du Conseil de sécurité se sont repliés sur une attitude attentiste. Comme s'ils espéraient que le gouvernement de M. El-Bashir tienne enfin des promesses qu'il ne s'est pourtant pas empressé d'honorer depuis dix-huit mois. Et, tandis que l'adoption à l'unanimité par le Congrès américain d'une résolution qualifiant de « génocide » les atrocités au Darfour suscite bien des émois, rien sur le terrain ne s'est amélioré à ce jour. Après les cérémonies émouvantes autour du génocide rwandais à l'occasion desquelles d'aucuns se sont écriés : « Plus jamais ça ! », la situation au Darfour place la communauté internationale et le Conseil de sécurité face à leurs responsabilités. Le sacro-saint principe de la souveraineté des États dans une situation où un gouvernement commet des monstruosités est devenu caduc dans un monde où prévaut « la responsabilité des États de protéger » les populations sous leur administration. »

Le Monde (France), 31 juillet 2004, p. 1.

François Brousseau, « Un Rwanda au ralenti »

«...Regardez une carte de l'Afrique... Vers le haut, deux pays immenses et largement désertiques. Au milieu, le Tchad, et puis à droite, le Soudan - presque deux fois le Québec - à cheval entre le monde arabe et l'Afrique noire, mais aussi entre espace musulman et non-musulman. Alors donc: Noirs contre Arabes ? Et musulmans contre non-musulmans ? C'était vrai de la lutte Nord-Sud, qui a déchiré le Soudan pendant des années. Mais ce n'est pas tout à fait ça au Darfour. Musulmans contre non-musulmans... En schématisant de cette manière, on tombe dans le simplisme d'un Oussama ben Laden qui - hier, lors de sa nouvelle sortie - a cité le Darfour comme l'un des hauts lieux de la lutte inexpiable entre «croisés sionistes» et «combattants de l'Islam». Façon pour lui de soutenir le régime islamiste «dur» du président al-Bachir, contre tous ceux qui - en Afrique et en Occident - le dénoncent pour ses crimes au Darfour. Il y a un hic dans le raisonnement du célèbre terroriste: c'est que la plupart des 300 000 victimes des massacres au Darfour... sont des musulmans. L'appui donné à Khartoum par Ben Laden revient donc à soutenir le massacre de musulmans! »

Le Devoir (Québec, Canada), 24 avril 2006, p. B1.

William Wallis, « Darfur's Darkest Chapter (part three) »

«...So far, no thorough independent investigation has been carried out to determine the true intent behind Darfur's ruin. If it was indeed "genocidal", as the US Congress decided in a vote last month, the "genocide" may have been arrested early in its tracks by foreign pressure. US secretary of state Colin Powell was more cautious after the Congress vote, saying the administration would examine the issue. But, addressing the Khartoum government, he said that "since they turned it on, they can turn it off". Back in Khartoum, I visited a former close collaborator of El- Bashir at his home. He shared Powell's view, and named a cabal of hardliners within the regime who have promoted the Janjaweed, channelling support for them through the security services. He was more circumspect, however, about their ability now to control the monster they helped unleash. They are driven, he suggested, not only by the politics of Darfur. There is the wider prospect that their power base will continue eroding if foreign and domestic pressure leads, eventually, to a more pluralist and open style of government in Khartoum. "When a political movement is weakened, people resort to the most primitive allegiances," he said. In Darfur's case, these were tribe and race. »

Financial Times (Royaume-Uni), 21 août 2004, p. 16.

Gouvernance et gouvernement [ 0 février 2003 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Soudan
FaibleUmar al-Hasan Omar el-BechirSadiq al-Mahdi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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février
2003
Début d'un conflit dans la province du Darfour, au Soudan

janvier
2011
Tenue d'un referendum sur l'indépendance du Soudan du Sud


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