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février 1998

Début d'une guerre au Kosovo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Troupes allemandes au Kosovo

En février 1998, des tensions entre la majorité musulmane albanaise et la minorité serbe du Kosovo, une province du sud-est de la Serbie, dégénèrent en une escalade de violences. Une intervention militaire serbe entraîne une intervention internationale qui mène à un cessez-le-feu en juin 1999, suivi d'une présence importante de forces onusiennes.

Les revendications de la majorité musulmane albanaise pour le statut de République au Kosovo s'accentuent après la mort du maréchal Tito (Josip Broz), en 1980. Elles se heurtent au refus de Belgrade qui adopte même, en 1990, des amendements constitutionnels réduisant l'autonomie de cette province. L'insatisfaction s'exprime de façon pacifique, par exemple avec un référendum favorable à une République indépendante qui n'est pas reconnue. Puis, les actions deviennent plus violentes au milieu des années 1990 avec l'Armée de libération du Kosovo. Profitant d'équipements en provenance de l'Albanie, celle-ci se livre à des attaques contre des cibles d'autorité du pouvoir serbe. La violence atteint un nouveau sommet en février 1998. La Serbie y réagit en intensifiant son intervention. Des centaines de milliers d'Albanais prennent la route de l'exil, se déplaçant dans d'autres régions du Kosovo ou quittant pour des pays voisins. Des atrocités sont commises de part et d'autre, suscitant l'indignation sur la scène internationale. Les initiatives diplomatiques s'accentuent en 1999, mais l'impasse persiste. Des forces de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord interviennent en mars 1999. La décision de procéder à des bombardements massifs, s'étalant sur plus de deux mois, suscite beaucoup de controverse. Un cessez-le-feu est accepté le 9 juin 1999 avec les accords de Kumanovo. Les troupes serbes se retirent, alors qu'une Mission d'administration intérimaire des Nations unies au Kosovo est mise en place. Le bilan de cette guerre, qui varie selon les sources, est estimé par certains à environ 10 000 morts, militaires et civils, en majorité des Albanais. La situation demeurera tendue au Kosovo, notamment à l'endroit de membres de la minorité serbe. Le Kosovo proclamera son indépendance en février 2008, une décision que la Serbie refusera toutefois de reconnaître.

Dans les médias...


Muhamedin Kullashi, Véronique Nahoum-Grappe, « Kosovo : le crime annoncé »

«...Le refus catégorique du régime de Belgrade à prendre en compte les initiatives des diplomaties européenne et américaine pour ouvrir un dialogue sur la question de Kosovo et le recours systématique à la répression montrent clairement que Milosevic n'a pas abandonné le projet de la purification ethnique. Voilà plus de trois mois que plusieurs sources annonçaient une possible intervention militaire et policière de la Serbie au Kosovo. Le chef de l'État major de l'armée de la RFY, Momcilo Perisic, l'a confirmée début janvier. Et, à la fin du même mois, le président de la Macédoine, Kiro Gligorov, de retour à Moscou, affirmait dans une interview accordée au quotidien Delo de Ljubljana, avoir envisagé, "en cas de conflit au Kosovo, l'organisation des couloirs qui auraient permis l'évacuation de la population albanaise du Kosovo à travers la Macédoine vers l'Albanie". Tout indique donc que les événements encore à venir sont connus depuis longtemps mais aussi qu'ils seront acceptés avec passivité par les chancelleries. Si tous les efforts diplomatiques internationaux consistent à accorder encore un sursis d'un mois supplémentaire à Milosevic - cette sorte de pitbull qui, même la tête coupée, ne lâche pas son os sanglant - comment s'étonnerait-on du choix de la résistance armée effectué par des Albanais du Kosovo, dont la solitude se trouve paradoxalement accentuée par la médiatisation de leurs malheurs et sa prise en charge internationale? »

Libération (France), 30 mars 1998, p. 8.

Jean-Jacques Mevel, Isabelle Lasserre, « Kosovo : le jeu trouble de Milosevic »

«...Les Yougoslaves jouissent d'infiniment plus de liberté que les Irakiens. Mais entre les deux pays les parallèles ne manquent pas. Comme Saddam Hussein, Milosevic est un indéboulonnable homme à poigne. Il a survécu à l'effondrement des conquêtes militaires serbes, aux sanctions internationales et au mécontentement croissant de son peuple. Il est régulièrement soupçonné des intentions les plus noires, afin de se maintenir au pouvoir, coûte que coûte. Et pour finir, les États-Unis le menacent d'un improbable recours à la force, au cas où il se hasarderait à rallumer au Kosovo la poudrière des Balkans. Dans son jeu, le président yougoslave dispose d'une carte qui manquait à Saddam Hussein : les Américains et les Européens ont besoin de lui. Précisément pour maintenir le calme et un semblant d'unité en Bosnie, où l'Otan maintient une armée de 30 000 hommes. Derrière la vigueur du langage diplomatique entendu depuis quarante-huit heures, c'est cette ambiguïté qui complique singulièrement la tâche des diplomates occidentaux. »

Le Figaro (France), 6 mars 1998, p. 3.

Denis Hautin Guiraut, « Les Occidentaux veulent contraindre Slobodan Milosevic à négocier au Kosovo »

«...La détermination des dirigeants occidentaux se heurte cependant toujours à une double difficulté : la première tient à l'inflexibilité du président Slobodan Milosevic, depuis longtemps rompu aux manoeuvres dilatoires face aux pressions extérieures. Et cela d'autant plus que, sur la question du Kosovo, l'unanimité des partis politiques serbes n'est battue en brèche, dans l'opposition, que par la seule petite Alliance civique de Vesna Pesic. La deuxième difficulté provient de la quasi absence de moyens de pression efficaces dont peut disposer la communauté internationale. La RFY, est toujours écartée des instances financières internationales, et les quelques assouplissements accordés récemment par Washington concernant des droits d'atterrissage de sa compagnie aérienne JAT aux Etats-Unis ou l'augmentation du nombre de ses diplomates à l'ONU ont déjà été supprimés, jeudi, par le gouvernement américain. Dans ce contexte la réunion du Groupe de contact apparaît d'importance. Car même si le président Slobodan Milosevic annonce très prochainement, comme il est possible, la fin de l'opération de police au Kosovo, la situation de la province serbe à majorité albanaise ne sera pas réglée pour autant. La campagne de répression violente des autorités serbes prouve, s'il en était besoin, que Belgrade n'envisage pas la moindre concession à une population albanaise de plus en plus séduite par le radicalisme. Une situation qui peut conduire à un embrasement de cette région oubliée par les accords de Dayton. »

Le Monde (France), 10 mars 1998, p. 2.

Louis Bélanger, « Kosovo ou Kosove ? »

«...Car il ne doit faire aucun doute que le problème vient de Belgrade et non de Pristina, capitale du Kosovo. D'abord, Milosevic s'est toujours entêté à considérer le problème du Kosovo comme une question exclusivement serbe. Même avant 1989, la Serbie refusait d'accorder à la province le statut qu'elle réclamait de République au sein de la fédération yougoslave. Cette semaine encore, c'est du gouvernement serbe et non de celui de la fédération yougoslave que sont venues les propositions de dialogue de Belgrade. Ensuite, plus fondamentalement, le revanchisme nationaliste serbe qu'entretiennent les dirigeants yougoslaves pour se maintenir au pouvoir a fait du Kosovo un lieu mythique de reconquête, une terre sainte que les Serbes orthodoxes auraient mission de se réapproprier après cinq siècles d'occupation musulmane. On imagine mal comment pareille rhétorique nationaliste pourrait s'accommoder d'une quelconque forme d'autonomie pour le Kosovo. Sans un radical changement de régime à Belgrade, les chances d'en arriver à une solution négociée de la question kosovare dans le cadre des frontières yougoslaves existantes sont à peu près nulles. »

Le Devoir (Québec, Canada), 17 mars 1998, p. A8.

Gouvernance et gouvernement [ 0 février 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Kosovo
IntermédiaireFatmir SejdiuHashim Thaçi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1988 - 2008



février
1998
Début d'une guerre au Kosovo

février
2008
Déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo


Dans l'actualité


février
2019
Le passage du président serbe au Kosovo remémore les années sombres des Balkans


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