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16 février 1998

Tenue d'élections législatives en Inde

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Atal Bihari Vajpayee

Les électeurs indiens se présentent aux urnes pour la deuxième fois en moins de deux ans. Comme en 1996, le Bharatiya Janata Party (BJP) arrive en tête avec 25,6 % des votes et 182 sièges. Malgré les gains effectués, il doit compter sur l'appui d'autres formations pour gouverner, ce qui laisse plusieurs analystes sous l'impression qu'il y aura bientôt d'autres élections.

Au pouvoir depuis avril 1997, le premier ministre Inder Kumar Gujral a l'appui du Front uni qui regroupe une dizaine de partis. Il perd toutefois celui du Parti du congrès - Indira (CNI-I) lorsqu'il refuse d'exclure de sa coalition un parti régional, le Dravida Munnetra Kazhagam (DMK). Celui-ci est soupçonné d'avoir des liens avec les séparatistes sri lankais accusés du meurtre de l'ex-premier ministre et leader du CNI-I, Rajiv Gandhi, en mai 1991. Malgré des craintes des minorités religieuses à l'endroit du BJP, dont le discours est nationaliste et hindouiste, l'approche modérée du chef Atal Bihari Vajpayee porte des fruits. Le BJP mène dans les sondages. Cependant, l'entrée dans la campagne de Sonia Gandhi, la femme de Rajiv, permet au CNI-I d'effectuer une remontée. Même si elle n'est pas candidate, celle-ci fait des interventions remarquées. Les questions de corruption et d'économie - la roupie a subi des baisses - ainsi que les discussions avec le Pakistan sur le Cachemire sont parmi les enjeux les plus importants. La campagne est également marquée par des actes de violence qui font des dizaines de morts. Au terme du scrutin qui s'étale sur deux semaines, le BJP arrive encore en tête avec 25,6 % des voix et 182 sièges, contre 25,8 % et 141 sièges pour le CNI-I. Les formations regroupées dans le Front uni subissent les pertes les plus lourdes, soit plus d'une centaine de sièges collectivement. En quête d'une majorité, le BJP doit compter sur l'appui de plusieurs partis régionaux de moindre importance pour former un gouvernement dirigé par Vajpayee. La fragilité de ce regroupement amène les analystes à s'interroger sur sa durée de vie. Devant cet autre résultat décevant, Sitaram Kesri, le chef du CNI-I, quitte ses fonctions le 9 mars. Il presse Sonia Gandhi de lui succéder, ce qu'elle fera dans les jours qui suivent.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Georges Suffert, « Quand l'Inde s'éveillera »

«...le BJP devra choisir entre ses militants musclés et ses alliés modérés. Logiquement, les gagnants devraient être les seconds. Faut-il se rassurer pour autant ? Pas sûr. Le BJP souhaite que le gouvernement de l'Inde conquière des pouvoirs qu'il n'a jamais eus ; il veut renforcer la centralisation, renouveler l'administration. Il peut y parvenir puisque les milieux d'affaires et la haute administration lui sont en grande partie ralliés. Plus révélateur. Dans son programme, le BJP revendique pour l'Inde le pouvoir officiel de détenir l'arme atomique. C'est un souhait explicite d'être admis dans le club des Grands. Pas question de cacher ses armes, alors que la Chine brandit les siennes. En somme, il flotte dans l'atmosphère du sous-continent un parfum de redressement musclé. Comme si l'Inde voulait sortir de sa torpeur. En s'appuyant sur un nationalisme contrôlé et en exaltant les valeurs hindouistes. Ce n'est pas très étonnant. Mais, dans une nation d'un milliard de femmes et d'hommes, il faut se défier des coups de coeur. »

Le Figaro (France), 4 mars 1998, p. 2.

Philip Bruno, « L'idéal du BJP : « Un peuple, une culture »...une « nation hindoue »»

«...La question centrale qui se pose aujourd'hui est pourtant de savoir jusqu'à quel point le BJP saura garantir le droit des minorités et se prémunir contre les éventuels « dérapages » de ses franges les plus radicales. Derrière la figure avenante du débonnaire M. Vajpayee, premier ministre désigné du parti, se cachent en effet certains courants ou personnalités extrémistes peu soucieux de Realpolitik. Il ne faut pas oublier que le BJP est le bras politique de la vieille organisation panhindoue et fascisante du Rashtriya Swayamsevak Sangh ou Corps national des volontaires (RSS) dont l'un des chefs, M. S. Gowalkar, osait défendre, dans les années 40, le concept de « pureté de la race » dans l'Allemagne nazie.... Certes, le BJP tend à se distancer du RSS, même si ses chefs en sont toujours des membres plus ou moins actifs. Certes, le manifeste du parti ne réclame plus la destruction d'autres mosquées « impies » dans la vallée indo-gangétique. Certes, l'Inde se gouverne au centre et tout pouvoir doit, au pays du mahatma Gandhi, prendre en compte les diversités culturelles s'il veut survivre. À charge aujourd'hui pour le BJP de démontrer qu'il est possible de concilier les idéaux du nationalisme avec la tolérance requise pour conduire les affaires de la plus grande démocratie du monde. »

Le Monde (France), 4 mars 1998, p. 2.

François Musseau, « Déferlante hindouiste sur les urnes indiennes »

«...Dans les jours à venir, si les nationalistes devaient former le prochain gouvernement, que peut-on attendre d'eux? La seule référence concrète tient dans la cinquantaine de pages de leur manifeste électoral, publié début février, qui ne renie rien de ses convictions idéologiques: construction d'un temple hindou sur les ruines de la mosquée à Ayodhya, mais dans la légalité; suppression de l'article 370 de la Constitution qui accorde un statut d'autonomie à l'État du Jammu et Cachemire; mise en place d'un code civil uniforme qui sonnerait le glas des prérogatives des minorités; fermeture des abattoirs, tenus pour l'essentiel par des musulmans... Pour autant, on voit mal le BJP, soucieux de respectabilité, appliquer dans l'immédiat ce programme, encore moins d'instaurer une « théocratie» - comme on l'accuse souvent - et un protectionnisme à tous crins dans un contexte de libéralisation économique. Ses leaders ont d'ores et déjà annoncé que les réformes économiques seraient poursuivies et que le capital étranger serait toujours le bienvenu, pour peu que les industries nationales soient protégées. En revanche, l'avènement du BJP pourrait marquer un changement radical dans la politique nucléaire du pays. Le président du parti, L. K. Adjani ne soulignait-il pas récemment que « l'Inde doit s'affirmer comme une puissance nucléaire »? Une position agressive de nature à irriter les puissances occidentales et à relancer la tension avec le Pakistan, le «grand frère ennemi ». »

Libération (France), 4 mars 1998, p. 8.

Guy Taillefer, « L'Inde des divisions »

«...Peu enclin à jouer les deuxièmes violons, le parti du Congrès a décidé de brasser les cartes: en retirant au Front uni son appui en décembre dernier sous le prétexte utile qu'un parti membre de la coalition gouvernementale était impliqué dans l'assassinat de Rajiv Gandhi en mai 1991, il a fait le pari que les résultats des élections qui viennent de commencer lui permettront, sinon de reprendre le pouvoir, ce qui est improbable vu l'effritement de sa base électorale, alors de sceller des alliances qui l'autoriseront peut-être à imposer le choix du prochain premier ministre. La conjoncture lui paraît favorable: l'entrée en scène de Sonia Gandhi, la veuve de Rajiv que l'establishment du parti du Congrès est parvenu à faire sortir de sa discrétion, a donné une poussée de popularité au parti du Congrès. L'influence morale de la dynastie Nehru-Gandhi dont elle est l'héritière a produit des bénéfices électoraux immédiats: une influence sans doute insuffisante pour donner sur un plateau la victoire au parti, mais probablement assez grande pour bloquer une majorité parlementaire pour le BJP, devenu le principal parti indien avec quelque 20 millions de militants. Si bien que ces élections risquent de renvoyer le pays à la case départ: Mme Gandhi ressuscitera momentanément le parti du Congrès, mais cela ne pourra pas faire oublier que le message d'harmonie religieuse et d'unité ne tient plus très bien la route auprès d'un électorat indien qui se définit de moins en moins en fonction d'un projet national laïc qui les rassemble et de plus en plus sur la base de ce qui les divise aux plans ethnique et religieux. »

Le Devoir (Québec, Canada), 17 février 1998, p. A6.

Gouvernance et gouvernement [ 16 février 1998 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
ÉlevéKocheril Raman NarayananInder Kumar Gujral

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1993 - 2003



avril
1996
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
1996
[Résultats] Élections législatives

février
1998
Tenue d'élections législatives en Inde

mars
1998
[Résultats] Élections législatives

septembre
1999
Tenue d'élections législatives en Inde

octobre
1999
[Résultats] Élections législatives

janvier
2001
Tremblement de terre dévastateur à Gujarat, en Inde


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