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20 avril 2004

Tenue d'élections législatives en Inde

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Manmohan Singh

Favori pour conserver le pouvoir, le Parti du peuple (Bharatiya Janata Party)(BJP) du premier ministre Atal Bihari Vajpayee subit une défaite étonnante. Arrivé en tête avec 145 sièges et 26,5 % des voix, le Congrès national indien (CNI) formera le gouvernement grâce à l'appui d'une coalition, l'Alliance progressiste unie (APU), et d'autres partis.

Les succès obtenus par le BJP lors des élections d'État du 1er décembre 2003 incitent le premier ministre Vajpayee à déclencher des élections nationales au printemps 2004, six mois avant l'échéance prévue. Au pouvoir depuis 1998, le BJP, dont le slogan est « India shining », profite de l'appui de l'Alliance démocratique nationale (ADN). Il mise sur ses performances économiques et l'apaisement des relations avec le voisin pakistanais. Les sondages le favorisent, devant le CNI dirigé par Sonia Gandhi. Celui-ci compte aussi sur une coalition de plusieurs partis, l'APU. Parmi eux, on retrouve des formations tirant avantage des inquiétudes face au nationalisme hindou du BJP et du mécontentement de classes pauvres en milieu rural. Le dépouillement des résultats, en mai 2004, étonne. Le CNI et le BJP répètent à peu près leurs performances de 1999, avec respectivement 26,5 % et 22,2 % des votes. La répartition géographique des appuis joue cependant en faveur du CNI. Il obtient 145 sièges, une progression de 31 par rapport à 1999, alors que le BJP, avec 138, est en chute de 44. De plus, les partis de l'ADN et ceux accordant un « appui externe » au CNI connaissent du succès. Cet éclatement des voix autour d'enjeux plus locaux aide le CNI qui, avec le soutien de ces partis, a une nette majorité des sièges. Fortement contestée, particulièrement à cause de ses origines italiennes, Gandhi refuse le poste de premier ministre. C'est l'économiste Manmohan Singh, un sikh non-élu ayant déjà été ministre des Finances, qui accède à la tête du gouvernement le 22 mai. Gandhi conserve pour sa part la direction du parti, une situation unique pour le CNI qui n'a jamais gouverné à la tête d'une coalition. À cet égard, les analystes s'interrogent sur les difficultés qu'aura ce premier ministre plutôt libéral à conserver les appuis de formations de gauche.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Joséphine Dedet, « Sonia Gandhi »

«...Tous les sondages lui prédisaient une large victoire. Le voilà congédié brutalement, à 79 ans. Certains électeurs rejettent la xénophobie de son parti et n'ont pas oublié les violences antimusulmanes qui ont entaché son mandat (deux mille morts en 2002 au Gujarat, dans l'ouest du pays). De nombreux autres n'ont pas apprécié son slogan « L'Inde qui brille » ni son apologie du profit facile. Le boom des nouvelles technologies, qui bénéficie aux élites urbaines, n'a rappelé que trop cruellement aux paysans et aux membres des basses castes que leur misère restait noire. Renouant avec la tradition socialiste du Parti du Congrès, Sonia Gandhi a su parler à ces laissés-pour-compte, parcourant sans relâche les vingt-huit États de l'Union indienne au côté de son fils Rahul, bientôt 34 ans (qui vient d'être élu député pour la première fois) et de sa fille Priyanka, 33 ans. Certes, la victoire ne tient pas au seul prestige familial. Les Indiens ont davantage voulu sanctionner la politique « capitaliste » du BJP que plébisciter le Parti du Congrès. Ce dernier n'a d'ailleurs pas obtenu la majorité absolue, et le nouveau Premier ministre aura besoin, au Parlement, du soutien d'autres formations. Mais sous les traits de la « Mona Lisa en sari », la légende continue. »

Jeune Afrique/L'intelligent (France), 23 au 29 mai 2004, p. 21.

Marie-France Calle, « Le retour sur scène du clan Gandhi »

«...Car au fond, et c'est à porter au crédit de cet immense pays, c'est la démocratie qui a gagné. Non pas la « Hindutva », la politique des nationalistes hindous basée sur la religion ; ni même le système des castes, comme on a trop souvent tendance à le dire. Ceux qui l'ont remporté hier, ce sont tout simplement les citoyens qui ont eu à coeur de protester contre ce qui leur paraissait outrancier : la richesse pour une minorité, la misère pour les autres, de loin les plus nombreux. Avec, en tête, les paysans qui l'ont fait savoir haut et fort. Parce qu'il ne faut pas l'oublier, les campagnes ne sont plus isolées du reste du monde. La télévision est partout, avec ses spots publicitaires aguichants. Des images qui ne font plus rêver les imbéciles, et que certains ont probablement vues comme une provocation. L'Inde qui gagne, les complets vestons les mieux coupés, les systèmes d'air conditionné silencieux, les voyages à l'étranger... Pour qui ? Pas pour tous, et les laissés-pour-compte l'ont compris. Le message a été reçu cinq sur cinq dans les milieux les plus défavorisés où l'on meurt piétiné pour récolter un sari à trois francs six sous offert par un parti politique, le BJP en l'occurrence, mais cela aurait pu être son rival. »

Le Figaro (France), 14 mai 2004, p. 2.

Agnès Gorissen, « Emmené par Sonia Gandhi, le parti du Congrès effectue un retour surprise au pouvoir à New Delhi »

«...Méthodique et appliquée, sa campagne a finalement fait la différence. À commencer par son discours: Sonia Gandhi a constamment souligné que le boom économique de l'Inde, dont se flattaient le premier ministre sortant et ses alliés, était une insulte pour les 250 millions d'Indiens qui vivent sous le seuil de pauvreté. Infatigable, elle a parcouru tous les États de l'Union indienne. À chaque meeting, elle rappelait que le mandat de M. Vajpayee, associé à son parti nationaliste hindou, le BJP, était entaché par les massacres anti-musulmans du Gujarat de 2001. Et de réaffirmer, dans un discours égalitaire et tolérant, la philosophie du parti du Congrès, défenseur de toutes les identités religieuses. Jouant la carte dynastique, elle a enfin lancé dans l'arène politique ses deux populaires rejetons, Rahul, 33 ans, élu député au parlement indien, et Priyanka, 32 ans, qui s'est contentée de soutenir la campagne. «La magie des Gandhi» a ressurgi comme par miracle, auprès d'un électorat indien sensible à la tradition familiale, gage du don de soi et de savoir-faire. Reste le vote féminin, qui a été un facteur crucial dans le succès du Congrès. Car les Indiennes s'identifient à l'extraordinaire destin de Sonia Gandhi, romanesque et dramatique. «Tout ce que j'avais, je vous l'ai donné. Mon joyau le plus précieux était mon mari, qui a donné sa vie pour sa patrie. Je n'ai plus rien à perdre», a-t-elle déclaré à des foules émues. »

Le Temps (Suisse), 14 mai 2004.

Christophe Jaffrelot, « « Les basses castes montent en puissance »»

«...Le scrutin traduit la montée en puissance des basses castes qui, traditionnellement, votent plus, et plus à gauche. Depuis quelques années, les chiffres nous montrent qu'une femme analphabète d'un village perdu de l'intérieur de l'Inde a plus de chances de voter qu'un médecin spécialiste de New Delhi. La plèbe indienne a compris que son vote pouvait changer les choses. Les bons résultats électoraux du parti des intouchables et du parti des basses castes le confirment. Le taux de participation, plutôt moyen, de l'ordre de 50 %-55 %, montre, à l'inverse, que l'électorat du BJP - celui des hautes castes et des classes moyennes et supérieures - s'est peu mobilisé. Il s'intéresse plus aux affaires qu'à la politique et cultive un certain antiparlementarisme, sur le mode : «Tous pourris, ça ne vaut pas la peine de se déplacer pour voter.» (...) pour gouverner, le Congrès va avoir besoin de l'appoint des deux partis communistes indiens, qui «pèsent» une cinquantaine de sièges au Parlement. Le centre de gravité de la politique indienne va se déplacer vers la gauche, avec des implications sur la politique économique du pays. Mais il devrait davantage s'agir d'une inflexion (par exemple avec le ralentissement des projets de privatisation des compagnies pétrolières) que d'un changement de cap. Les grands acquis du gouvernement sortant de Vajpayee, comme l'ouverture sans précédent aux capitaux étrangers, la baisse des tarifs douaniers ou le démantèlement de la planification économique, ne devraient pas être remis en cause. »

propos recueillis par Judith Rueff dans Libération (France), 14 mai 2004, p. 3.

Guy Taillefer, « « Sonia l'Italienne » l'emporte contre toute attente »,

«...Stupéfaits par l'ampleur de la défaite du BJP, les experts tentaient hier d'y voir clair. Il semble que le BJP ait commis une énorme erreur tactique en déclenchant des élections six mois plus tôt que prévu. Le parti a cru pouvoir planer sur l'ascendant de M. Vajpayee, sur son initiative de paix lancée auprès de son voisin pakistanais en janvier dernier et sur des politiques de réformes économiques qui ont donné lieu à une croissance galopante de 8 % - mais qui a surtout profité aux élites urbaines. Mettant un bémol à son hindouisme militant, ce qui a par ailleurs déçu une frange de son électorat fondamentaliste hindou, le BJP a martelé son slogan, «L'Inde qui brille». Mais pour qui? Le slogan aura été entendu comme une cruelle plaisanterie dans un pays où 300 millions de personnes vivent avec moins de un dollar américain par jour. À ignorer ce qui se passait à l'extérieur de Bangalore et d'Hyderabad, les deux villes phares de l'industrie des nouvelles technologies en Inde, le BJP «a accompli beaucoup de choses sur le plan économique mais s'est aliéné un large segment de l'électorat, bien trop pauvre et marginalisé pour en profiter», estime le politologue Pran Chopra, de New Delhi. »

Le Devoir (Québec, Canada), 14 mai 2004, p. A1.

Amy Waldman, « Vajpayee's tenure gave India a sense of renewed confidence »

«...That Vajpayee's final gesture should be one of convenient passivity speaks much to his legacy. In the six years that he led the country, some of the fundamental paradigms that had defined India for decades shifted. On some shifts, Vajpayee, a 79-year-old poet whose political career spans a half-century, clearly set the course. On others, he opted for inaction that proved its own form of course-setting. (...) For a Congress assuming power for the first time since 1996, « the India that they left is not theIndia they have inherited, » said Ashley Tellis, a senior associate at the Carnegie Endowment for International Peace in Washington. « It is very different in many ways, some for the better and some for the worse. » If, as some have argued, Vajpayee was a visionary, of what sort? Was he like Jawaharlal Nehru, the country's first prime minister, who actively defined many of the ideas challenged in the past six years? Or more like Ronald Reagan, who set a broad ideological course but largely left the details to others? In truth, many of the initiatives Vajpayee is given credit for, whether in foreign or economic policy, were started under previous Congress governments. But Vajpayee in some cases effectively used his party's orientation to continue those policies, and in others used his political talents to overcome the resistance of the Hindu nationalist ideologues within or allied to his party. »

International Herald Tribune (France), 22 mai 2004, p. 3.

Gouvernance et gouvernement [ 20 avril 2004 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Inde
ÉlevéAvul Pakiri Jainulabdeen Abdul KalamAtal Bihari Vajpayee

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1999 - 2016



septembre
1999
Tenue d'élections législatives en Inde

octobre
1999
[Résultats] Élections législatives

janvier
2001
Tremblement de terre dévastateur à Gujarat, en Inde

avril
2004
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
2004
[Résultats] Élections législatives

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

avril
2009
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
2009
[Résultats] Élections législatives

avril
2014
Élection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Parti Bharatiya Janata de Narendra Modi

mai
2014
[Résultats] Élections législatives


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