Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 novembre 2018

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14 février 1950

Conclusion d'un pacte entre la République populaire de Chine et l'Union soviétique

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Mao et Staline

Quelques mois après la proclamation de la République populaire de Chine par les communistes de Mao Zedong, le 1er octobre 1949, un traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle est conclu avec l'Union soviétique (URSS) le 14 février 1950. Des accords économiques ainsi que sur des différends territoriaux sont également obtenus à cette occasion.

La prise de contrôle de la Chine par les communistes de Mao Zedong, le 1er octobre 1949, marque une nouvelle étape dans l'évolution des relations avec l'URSS. Un traité avait été conclu le 14 août 1945 avec les nationalistes de Tchang Kai-chek, mais dès la victoire des communistes, l'URSS s'empresse de reconnaître le nouveau gouvernement et non l'ancien, en exil à Taïwan. Le nouveau chef de l'État chinois entreprend sa première visite à l'étranger à Moscou, le 16 décembre 1949, avec quelques-uns de ses ministres. Il rencontre alors le leader soviétique Joseph Staline, la figure de proue du communisme sur la scène internationale. Des discussions, auxquelles le premier ministre Chou En-lai participe à partir du 20 janvier, se déroulent pendant près de deux mois. Un traité d'amitié, d'alliance et d'assistance mutuelle est conclu le 14 février 1950. D'une durée de 30 ans, il prévoit une aide réciproque en cas d'agression du Japon ou de l'un de ses alliés contre l'un des signataires. Un autre volet du pacte porte sur la rétrocession par l'URSS du chemin de fer de Changchun ainsi que le retrait éventuel des ports de Dairen et Port-Arthur, tous en Mandchourie, une fois un traité de paix fixé avec le Japon. Enfin, une aide économique de l'ordre de 300 millions de dollars, avec des conditions de remboursement avantageuses, est allouée par Moscou. La Chine vise par ce pacte à satisfaire ses besoins en sécurité, mais aussi à renforcer son économie après les conflits qui ont divisé le pays. D'autres accords de coopération sont d'ailleurs complétés dans les semaines qui suivent. Les relations entre la Chine et l'URSS, berceau de la révolution socialiste et détenteur de l'arme économique, demeurent néanmoins tendues. Des divisions apparaîtront graduellement au cours de la décennie, culminant en 1960 avec le retrait de l'aide économique et des conseillers soviétiques présents en Chine.

Dans les médias...


Marcel Hayoul, « En Asie : Un rideau de fer ou un abcès de fixation? »

«...À quel accord est-on finalement parvenu à Moscou ? Nous l'ignorons. Et il y a gros à parier que nous l'ignorerons longtemps encore. Si le Kremlin, pour s'assurer la fidélité de Mao, lui a abandonné « l'espace grand-asiatique » qu'Hitler avait laissé à Tojo, on peut dire que la communisation de l'Asie sera lente et que des barrages précaires pourraient s'élever là où nous avons vu qu'aucune résistance frontale n'avait la moindre chance. Mais comme il est plus vraisemblable, le Kremlin a maintenu Mao dans la discipline; si Staline n'a pas accepté de partager les autels du marxisme mondial avec ce petit Chinois ridé et ricaneur, tout est à craindre. Car, jouant seul ou jouant en association, Mao est seulement redoutable. Mais jouant dans les mains habiles des maîtres du Kremlin contre les dispositifs mal commandés et mal coordonnés des américano-occidentaux, il pourrait bien se révéler invincible. Et nos enfants reparleraient, alors, du péril jaune...»

La Revue nouvelle (Belgique), 15 mars 1950, p. 286.

S.A., « L'énigme chinoise »

«...La durée insolite du séjour de Mao à Moscou et la longueur des négociations prennent du relief. À tout prix, Mao voulait revenir à Pékin avec une autorité grandie pour dominer ses adversaires ou ses rivaux éventuels. Avec la patience inusable du paysan chinois, il attendit autant de semaines qu'il fallut. Quel que soit le poids des articles secrets du traité (lourd contingent de travailleurs ou de soldats chinois « prêtés » à la Russie, avantages consentis aux Russes au Sinkiang ou ailleurs...), la signature du pacte a grandi devant son peuple la « face » de Mao Tse-toung, puisqu'il a obtenu des conditions meilleures que Tchang Kai-shek en 1945 (retrait russe des ports, de certains chemins de fer, etc.). Pendant ce temps Liu Shao-chi n'était point inactif et l'on peut penser qu'il a mis à profit ces deux mois et demi pour installer ses créatures aux postes-clés. Ainsi tout le monde trouvait son compte dans l'opération, le pacte n'était qu'une trêve, la lutte continue. »

Études (France), avril-mai-juin 1950, p. 118.

S.A., « Le jeu russe en Chine »

«...Dans les importants accords sino-russes signés le 14 février à Moscou c'est l'Union soviétique qui a fait des concessions à la Chine communiste, et non pas le contraire. Quelles qu'aient pu être les contreparties offertes par le gouvernement de Pékin, la générosité qu'a voulu afficher Staline à l'égard de son partenaire Mao Tsé Toung aura un profond retentissement auprès du peuple chinois. Le Kremlin a voulu démontrer que dans le camp de l'Internationale communiste le système des « traités inégaux » n'a pas cours. Et c'est bien en effet en donnant à la Chine nouvelle le sentiment de sa pleine indépendance, en la libérant des hypothèques territoriales d'une époque révolue, que la Russie peut solidement s'attacher la Chine dans l'alliance qu'elle vient de conclure. (...) Que le gouvernement soviétique se donne aujourd'hui une nouvelle tâche de resserrer plus étroitement les liens sino-russes, cela est certain. Mais il s'est bien gardé de se départir de ce qui avait fait jusqu'ici le succès de sa politique : un souci constant de prudence, une volonté de ne pas intervenir de façon directe dans les affaires chinoises, un soin toujours attentif à flatter le nationalisme ombrageux des Chinois. »

Le Monde (France), 16 février 1950, p. 1.

S.A., « The Kremlin is willing »

«...It was hard for the Western world to believe that Mao had spent 60 days in the Kremlin merely to negociate a variation of the customary treaty between the Soviet Union and its satellites elsewhere. Washington and London wondered what other agreements might have been sealed in secret codicils, a ceremonious exchange of handshakes, or nods of the head between the Russians and the Chinese. « We know something about Mr. Mao Tse-tung and Mr. Chou En-lai, » observed a British Foreign Office spokesman, « but, frankly, the gentleman we are most interested in is Mr. Quid Pro Quo. » (...) It was no guess that, on the face of the Sino-Soviet pact, world Communism could cheer another notable diplomatic and propaganda triumph in Asia. On the platform of Moscow's Yaroslav station just before he took the train back to Peking, China's Mao made a not unreasonable prediction : « This (treaty) will inevitably influence not only the flourishing of the great powers, China and the Soviet Union, but also the future of all mankind. »»

Time (édition canadienne), 27 février 1950, p. 14.

Gouvernance et gouvernement [ 14 février 1950 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chine
FaibleMao ZedongZhou Enlai

Russie
FaibleNikolai ChvernikJoseph Staline

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1945 - 1955



avril
1945
Ouverture du VIIe Congrès du Parti communiste chinois

octobre
1945
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

octobre
1949
Proclamation de la République populaire de Chine

février
1950
Conclusion d'un pacte entre la République populaire de Chine et l'Union soviétique

octobre
1950
Invasion du Tibet par la Chine


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