Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

9 décembre 2018

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3 janvier 1966

Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Fidel Castro

Entre le 3 et le 15 janvier 1966, plus de 500 délégués représentant des mouvements, des organisations et des gouvernements de 82 pays sont réunis à La Havane, la capitale de Cuba, pour participer à la première Conférence de solidarité avec les peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (CSPAAA).

Dans l'élan de la Conférence internationale de Bandoeng, en avril 1955, une première Conférence de solidarité des peuples afro-asiatiques se déroule au Caire, en Égypte, en décembre 1957. Lors de la 4e édition, en mai 1965, une ouverture est faite aux membres des Amériques. Cuba, qui célèbre le 7e anniversaire de sa révolution, en est l'hôte du 3 au 15 janvier 1966. Cette première « Tricontinentale » a plusieurs objectifs, comme d'appuyer la lutte issue de la révolution socialiste et les mouvements de libération nationale. La rencontre entre ces deux courants est souhaitée par le président du Comité international préparatoire, le Marocain Mehdi Ben Barka. Ce dernier est toutefois enlevé, en décembre 1965, et supprimé physiquement avant la Conférence de Cuba. Le colonialisme portugais et l'apartheid en Afrique du Sud sont dénoncés par les participants. Il en va de même de l'impérialisme des États-Unis, notamment leur intervention au Vietnam. Les Américains sont alors qualifiés de « principaux ennemis de la paix et du progrès ». Dans certains cas, les délégués sont des représentants de gouvernements, mais en majorité ils proviennent de mouvements et d'organisations qui sont dans l'opposition ou la lutte armée. La présence de pays d'Amérique latine, particulièrement Cuba, soulève de nouveaux enjeux. En janvier, le leader cubain Fidel Castro a adressé de sévères critiques à la Chine, un des pays les plus en vue de cette CSPAAA avec l'Union soviétique. Des tensions entre Chinois et Soviétiques, qui se livrent une lutte d'influence et qui ont des approches différentes relativement à l'évolution du mouvement révolutionnaire, sont d'ailleurs perceptibles dans les propos de leurs représentants. L'Organisation de solidarité avec les peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, dont le siège et le secrétaire général seront cubains, est mise sur pied avec un exécutif comprenant des membres des trois continents concernés. On prévoit tenir une deuxième CSPAAA au Caire, en Égypte, en 1968, mais le projet restera lettre morte.

Dans les médias...


François Fejtö, « La conférence des Trois continents »

«...Ce n'est pas à la pression chinoise, déjà affaiblie par la brouille entre La Havane et Pékin, que les Russes ont cédé cette fois-ci, mais à la pression « d'en bas », à celle conjointe du Vietnam, de Cuba et des mouvements insurrectionnels d'Afrique et d'Amérique Latine. Le fait que la conférence ait eu lieu à La Havane a joué un rôle primordial dans le climat de la réunion, dans les glissements qui se sont opérés vers la fin des débats. En effet, il convient de ne pas oublier qu'une grande partie des mouvements ici représentés ne sont pas au pouvoir, souvent ils ne sont même pas dirigés par des communistes, mais émanent d'une gauche authentiquement, viscéralement révolutionnaire qui demande à être entendue et soutenue. En s'opposant au courant, les Russes auraient risqué de permettre aux Chinois de se réaffirmer comme les seuls leaders valables des groupements révolutionnaires. Ils préféraient se laisser porter par le courant, quitte à pouvoir l'enrayer un jour. (...) Le moins que l'on puisse dire, c'est que la conférence ne facilitera pas le jeu de la diplomatie soviétique. »

Esprit (France), mars 1966, p. 464-465.

Henri Edme, « Révolution en Amérique latine ? »

«...comment « dégeler « la situation en Amérique latine au moment où les États-Unis sont capables de faire ce qu'ils font au Viet-nam ? Voilà le problème que doit résoudre la solidarité anti-impérialiste internationale. C'est pourquoi la récente conférence de La Havane a tant d'importance ici, dans la mesure où elle peut être un grand pas fait sur la voie d'une solution réelle à ce problème. Cette conférence affirme d'abord avec éclat, contre l'isolement dans lequel l'impérialisme et les organisations réformistes tentent de la maintenir, la solidarité de l'Amérique latine avec les pays d'Afrique et d'Asie. Mais sa signification est encore plus profonde et plus universelle, à cause de la participation de l'U.R.S.S. à cette conférence. Pour la première fois depuis longtemps, en effet, la première puissance socialiste du monde a engagé sa responsabilité dans une réunion internationale en soutenant non plus seulement des États, dont la politique est jugée plus ou moins « positive », mais en s'adressant directement aux mouvements révolutionnaires eux-mêmes, engagés dans une lutte directe contre l'impérialisme nord-américain; et ceci - la diversité politique des mouvements représentés le montre - tout en reconnaissant en fait l'autonomie réelle du mouvement latino-américain. (...) C'est sans doute la plus grande nouveauté intervenue dans la politique internationale depuis l'époque de la « guerre froide ». Elle ouvre de grands espoirs, et bien au-delà du nouveau continent. »

Les Temps modernes (France), mai 1966, p. 2036-2037.

Édouard Bailby, « Quarante-trois Chinois impuissants »

«...Les Soviétiques, pourtant, ne se font guère d'illusions sur les possibilités de ces mouvements insurrectionnels. (...) Parce qu'ils ont conscience de la faiblesse idéologique des mouvements révolutionnaires dans le tiers monde, spécialement en Afrique noire, les Soviétiques cherchent à les reprendre en main. « À la violence impérialiste, disent-ils, répondons par la violence révolutionnaire. » Oui, mais une révolution contrôlée et localisée, qui ne ferait pas flamber le monde comme un fétu de paille. À la stratégie globale de la lutte armée, ils préfèrent « l'escalade locale », et, partout où c'est possible, le combat politique. À La Havane, les Chinois ont compris qu'ils perdaient une grande bataille. En voyant Cuba leur échapper, ils ont essayé par tous les moyens de torpiller la création du comité permanent de la Tricontinentale qui ferait mourir de mort lente l'organisation de solidarité afro-asiatique dont la prochaine conférence est prévue l'année prochaine à Pékin. Ils n'y sont pas parvenus. »

L'Express (France), 17 au 23 janvier 1966, p. 26.

S.A., « Cuba : The Rice Bomb »

«...Everywhere praise was lavished on « the heroic Vietnamese, » meaning, of course, the Viet Cong, and the delegates voted unanimously to condemn « American imperialistic policies. » But nothing could conceal the Sino-Soviet quarrel. Scarcely bothering to cloak his statements in diplomatic niceties, the chief Chinese Communist delegate accused the Soviets of collaborating with the U.S. in Vietnam. The Soviet delegate drew a standing ovation (from all except the Chinese) by rejoining that he refused to « sustain polemics. » The showdown came over the question of whether a body known as the Afro-Asian Peoples' Solidarity Organization should be broadened to include Latin Americans. The Russians favored the move because most Latin American Marxists are pro-Soviet, and, for the same reason, the Chinese opposed it. No one won because Castro's rice bomb unleashed enough dissension to postpone the day of decision until another conference. If anyone pulled out any sort of plum, it was Castro, himself, when the delegates, to paper over their indecision, voted to set up a separate tricontinental solidarity body with headquarters in Havana. Thus the Afro-Asians found out, as have so many before them, that when one plays games in Cuba, the only winner allowed is Castro. »

Newsweek (États-Unis), 24 janvier 1966, p. 50.

Gouvernance et gouvernement [ 3 janvier 1966 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Cuba
FaibleOswaldo Dorticós TorradoFidel Castro

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1961 - 1971



janvier
1962
Exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains

octobre
1962
Dévoilement par le président américain de la présence de missiles soviétiques à Cuba

janvier
1966
Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara


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