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13 janvier 1964

Premier sommet de la Ligue arabe au Caire

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nasser

Des représentants des 13 pays membres de la Ligue arabe sont réunis du 13 au 16 janvier 1964 au Caire, en Égypte, pour assister au premier sommet de cette organisation. Cette rencontre est convoquée à l'instigation du président égyptien, Gamal Abdel Nasser, qui chercherait à réassurer son leadership au sein du monde arabe.

La Ligue arabe voit le jour le 22 mars 1945. Elle compte 13 membres en décembre 1963, alors que le président égyptien Nasser prend l'initiative d'organiser un premier sommet au Caire, en janvier 1964. Des chefs d'État, rois ou présidents, figurent parmi les 271 délégués présents. Plusieurs enjeux sont discutés. Un des plus importants est la réponse à donner à la volonté des Israéliens de détourner de l'eau du lac Tibériade. Ce geste est interprété par la Ligue arabe comme une entrave au plan de partage des eaux proposé par le diplomate américain Eric Johnston en 1955, plan accepté par Israël, mais pas par les pays arabes qui le respectent tout de même. En réaction, les délégués évoquent la possibilité de détourner des sources du fleuve Jourdain pour en priver l'État hébreux. Une autre décision est celle d'aider les Palestiniens à se structurer afin de libérer leur territoire. Un diplomate, Ahmed Choukairy, est mandaté à cette fin. Il deviendra le premier président de l'Organisation de libération de la Palestine à sa fondation, en mai 1964. Sans le dévoiler publiquement, la Ligue arabe crée aussi un commandement militaire uni afin de s'organiser pour combattre efficacement Israël dont elle dénonce les politiques agressives. Selon plusieurs analystes, un des objectifs poursuivis par Nasser avec ce sommet est surtout de raffermir son leadership dans le monde arabe. Celui-ci a été affaibli par le retrait de la Syrie de la République arabe unie, qu'elle formait avec l'Égypte entre 1958 et 1961, ainsi que par des tensions persistantes entre cette dernière, la Jordanie et l'Arabie saoudite. Nasser redouterait aussi une offensive armée d'un membre de la Ligue arabe contre Israël, une action qu'il juge prématurée. Un suivi aux orientations de cette rencontre sera fait lors d'un autre sommet tenu dès septembre 1964 à Alexandrie, toujours en Égypte.

Dans les médias...


Pierre Rondot, « Le « Sommet arabe » du Caire »

«...D'un coup, il (Nasser) fait oublier tous les soupçons de modérantisme articulés à son encontre par les Baassistes de Syrie : le voilà en effet qui prend, à l'égard d'Israël, l'initiative décisive, celle d'un rassemblement arabe. En même temps, il fait la preuve qu'il est le seul à pouvoir réunir ces chefs arabes que tant de litiges, de malentendus et de susceptibilités opposent entre eux, et le thème qu'il a choisi force même les résistances de ceux que sa politique antérieure éloignait de lui. Le roi Hassan du Maroc, qui, pour ne pas le rencontrer, s'abstenait, en décembre, de figurer aux fêtes de libération de Bizerte, se rend au Caire, à son appel, quelques semaines plus tard; comme s'y rend le roi Séoud d'Arabie, que le Raïs accusait naguère d'avoir tenté de le faire empoisonner et qui soutenait l'imâm Badr contre les forces égyptiennes au Yémen. Ainsi Gamal Abdel Nasser restaure-t-il son mythe d'unificateur de l'arabisme, terni par la sécession de la Syrie et ses séquelles. Il fait la preuve qu'il est le seul à pouvoir rassembler les Arabes. Avant même d'avoir commencé, la Conférence arabe au Somme constitue, de la sorte, un triomphe pour le Raïs, replacé à la tête des combattants contre Israël et consacré comme le grand protagoniste de l'Union. »

Études (France), avril 1964, p. 499.

David Holden, « Le sommet du Caire »

«...La rapidité avec laquelle les dirigeants arabes peuvent faire volte-face est souvent déconcertante pour le reste du monde. Il y a deux mois, les États arabes étaient plus divisés que jamais ; il y avait une guerre au Yémen, une autre sur la frontière algéro-marocaine, une révolution en Irak et une haine tenace continuait d'opposer la Syrie et l'Égypte. Aujourd'hui, après la « conférence au sommet » qui les a réunis la semaine dernière au Caire, les dirigeants arabes semblent plus unis qu'ils ne l'ont jamais été et le monde, qui avait fini par les considérer comme des querelleurs incorrigibles, doit réviser son jugement. C'est essentiellement à Israël que revient le crédit de cette remarquable transformation. En annonçant leur intention de détourner cette année une partie des eaux du Jourdain pour irriguer le désert du Neguev, les Israéliens ont ranimé une fois de plus les sentiments de frustration, de peur et de vanité blessée qui s'emparent de tous les Arabes dès qu'ils songent aux territoires perdus de la Palestine. »

L'Express (France), 23 janvier 1964, p. 12.

Marcel Hayoul, « La vie internationale : Le vent tourne... »

«...En vérité, les observateurs les plus clairvoyants ne sont pas éloignés de penser que la conférence « des rois et des présidents » (septembre 1964, à Alexandrie), pour lui garder son titre prudent, n'eût pas pu se réunir sans que les proclamations habituelles au sujet du Yémen, du Jourdain ou d'Israël occupassent la première place de l'ordre du jour. Mais, assurent-ils, d'autres réunions infiniment plus importantes se sont tenues à huis clos à Alexandrie, réunions au cours desquelles deux problèmes majeurs ont été examinés. Le premier est l'essoufflement de l'Égypte nassérienne à la recherche de crédits commerciaux dont elle a grand besoin pour que ne s'arrête pas son expérience de « socialisme arabe ». L'autre est la possibilité, entrevue par « les rois et les présidents », d'une négociation valable au sujet des réserves pétrolières du Moyen-Orient, négociation où un vendeur arabe unique pourrait mettre en compétition l'Europe et l'Amérique. S'il en est ainsi, nous sommes vraiment devant un phénomène qui pourrait avoir dans l'avenir d'importants développements. Bien plus importants que toutes les annonces de détournement des affluents du Jourdain ou de la constitution d'un véritable commandement arabe unique. Nasser semble bien, financièrement, à bout de souffle. »

La Revue nouvelle (Belgique), 15 octobre 1964, p. 293.

S.A., « Middle East : Euphoria on the Nile »

«...Observers of the summit could scarcely believe their eyes. Arab leaders who have been actively trying to cut each other's throats were suddenly enveloped in each other's arms. (...) Though the sessions were secret, the emerging Arab strategy was not. The summit meeting placed on Jordan, Syria and reluctant Lebanon the burden of controlling the headwaters and tributaries of the Jordan River that rise in their territory. By constructing dams and canals, the Arab states can divert the flow of the Yarmuk, Banias, Hasbani and Dan rivers, and thereby reduce the water level of the Jordan far below Israel's requirements. Should this happen, it is considered almost certain that Israel will go to war and either occupy the Jordan watershed in Syria and Lebanon, or the west bank of the river. In reply, Nasser would immediately commit Egypt's armed forces in support of the Arab countries under attack. Under no illusions about Arab military inferiority, Nasser does not hope to overwhelm Israel but, instead, to call upon the U.S., the Soviet Union and the United Nations for help. »

Time (édition canadienne), 24 janvier 1964, p. 27.

Gouvernance et gouvernement [ 13 janvier 1964 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Égypte
FaibleGamal Abdel NasserAli Sabri

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1959 - 1969



janvier
1964
Premier sommet de la Ligue arabe au Caire

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum


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