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3 juillet 2016

Attentats terroristes à Bagdad, en Irak

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Attentats à Bagdad

Une série d'attentats terroristes secoue l'Irak depuis le début de 2016. Le plus meurtrier survient le 3 juillet, alors que trois déflagrations, à trois endroits différents, font 324 morts et environ 200 blessés dans Karrada, un district de la capitale, Bagdad.

Plusieurs attentats terroristes, revendiqués dans de nombreux cas par le Groupe armé État islamique (EI), surviennent autour du globe en 2016. Des États en situation de guerre civile sont frappés - Syrie, Yémen - ainsi que d'autres pays qui sont victimes d'attaques ciblées. C'est le cas par exemple de la Belgique, du Bangladesh ou de la Turquie, l'aéroport d'Istanbul étant la proie d'un violent assaut orchestré par trois kamikazes le 28 juin. Il fait 45 morts, dont les terroristes, et 239 blessés. Tenaillée par des tensions entre musulmans chiite et sunnite, l'Irak est également visé par de nombreux attentats, dont ceux qui font 324 morts dans la nuit du 2 au 3 juillet. À cette occasion, trois explosions distinctes sont déclenchées dans différents quartiers de Bagdad. Le plus meurtrier a lieu dans Karrada, un district situé dans l'est de la ville, sur une rue commerciale encore achalandée à cette heure tardive à cause du ramadan. Un camion bourré d'explosifs fait alors plus de 200 morts en plus de provoquer un incendie. Selon des analystes, ce geste revendiqué par l'EI constituerait des représailles pour la perte de la ville de Falloujah aux mains des forces irakiennes. L'EI est favorable aux sunnites dans leur lutte de pouvoir avec les chiites, mais les attentats sont dénoncés par des leaders sunnites. D'autres attaques d'envergure marquent le mois de juillet 2016, dont celle d'un résidant tunisien qui lance son véhicule à vive allure sur la Promenade des anglais, à Nice, en France, le jour de la fête nationale, le 14 juillet. Il tue 86 personnes et fait plus de 300 blessés avant d'être abattu par les forces de l'ordre. Puis, le 23 juillet à Kaboul, en Afghanistan, deux kamikazes portant des ceintures d'explosifs font 80 morts et plus de 200 blessés. Leur geste aurait été posé au nom de l'EI.

Dans les médias...


Joseph Macé-Scaron, « Le martyre irakien »

«...C'est, pour le moment, l'attentat le plus meurtrier survenu dans le monde depuis le début de 2016. Pour autant, les grandes chaînes de télévision françaises ont opté pour un traitement minimal de l'information dans leurs journaux d'inactualité. L'une d'elles a grassement consacré treize secondes à cette tragédie. Treize secondes. Service pudique, je présume. Avec au moins 250 morts et 200 blessés, parmi lesquels de nombreux enfants, l'attentat au camion piégé perpétré le dimanche 3 juillet dans le quartier chiite de Karrada, à Bagdad, est l'un des plus sanglants qu'ait connus la capitale irakienne, qui en compte des milliers depuis l'époque où Bush, Blair et consorts plastronnaient : «Mission accomplie !» Treize secondes, mais nous savons depuis longtemps que toutes les victimes ne se valent pas. C'est la fameuse et fumeuse «loi du mort- kilomètre» qui pose comme base que plus un événement est éloigné, moins il éveille notre attention et moins les victimes suscitent notre empathie. Cependant, Bagdad se trouve à 4 900 km de Paris et Orlando, par exemple, se trouve à 7 200 km. On nous parle alors d'identification. Traduction : la possibilité que ces crimes surviennent ou non dans l'Hexagone. Mais, précisément, n'est-ce pas la marque du terrorisme pratiqué par Daech et ses métastases : savoir que, désormais, nous sommes aussi vulnérables que le tisserand de Dacca ou que le pasteur de Baga ? Cruelle ironie, que le terrorisme nous révèle ainsi notre commune humanité que nous oublions trop souvent quand il s'agit de partage. »

Marianne (France), 8 juillet 2016, p. 12.

Frédéric Niel, « Daech, plus dangereux que jamais »

«...L'EI montre ainsi qu'il reste plus dangereux que jamais malgré ses revers sur les champs de bataille en Irak et en Syrie. Le groupe a en effet dû abandonner, fin juin, la ville de Falloujah, à 40 km à l'ouest de Bagdad. Le gouvernement irakien avait présenté cette prise comme une défaite majeure du groupe terroriste, censé avoir perdu ses ateliers de préparation de camions piégés... S'agit-il donc du « baroud d'horreur » d'un groupe sur la défensive, ultime convulsion avant son écrasement ? « Je ne crois pas, avertit Myriam Benraad, chercheuse à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (Iremam). Ces attaques ne viennent pas seulement en réaction aux offensives de la coalition anti-Daech, mais en application d'une stratégie de long terme visant à abattre le gouvernement irakien. » La chercheuse rappelle que l'EI a « déclaré la guerre au monde entier ». Il serait derrière les attentats de Dacca au Bangladesh (20 morts, le 2 juillet), de l'aéroport d'Istanbul en Turquie (45 morts, le 28 juin), du village libanais chrétien de Qaa (cinq morts, le 27 juin), du Yémen (43 morts, le 27 juin), de Jordanie (7 morts, le 21 juin), de Bagdad, encore (50 morts, le 17 mai)...»

Pèlerin (France), 7 juillet 2016, p. 14.

Christophe Barbier, Thierrey Dupont, Élise Karlin, Agnès Laurent, Corinne Lhaïk, Marcelo Wesfreid, « L'horreur »

«...Les spécificités de la tragédie niçoise augmentent l'angoisse qui étreint la France depuis dix-huit mois : un terroriste au profil psychologique indéterminé, sujet à une étrange « radicalisation flash » - donc très difficile à repérer; un mode opératoire rudimentaire, sans technologie ni grosse intendance, proche du degré zéro du kamikaze; une déflagration d'émotion populaire où la colère concurrence la tristesse, une polémique partisane qui détruit d'entrée toute union nationale et ne fait même pas silence le temps du deuil officiel. Car l'effet de souffle du massacre de la promenade des anglais est profondément politique, en quatre temps. D'abord, le gouvernement est vertement critiqué pour son inefficacité, notamment la figure, hier encore intouchable, du ministre de l'Intérieur; ensuite, chaque présidentiable de droite cherche dans la surenchère antiterroriste l'argument différentiel pour progresser dans la primaire; puis c'est le procès de l'état qui est dressé; enfin, c'est la politique étrangère française qui est sur la sellette. Quatre puissants mouvements qui divisent l'opinion et forment la plus grave crise politique des dernières décennies, parce qu'elle fissure l'unité du pays, interroge la crédibilité de la force publique et remet en question le rôle de la France dans le monde du XXIe siècle. »

L'Express (France), 20 juillet 2016.

Luc Mathieu, « La stratégie de la guerre civile »

«...Daech dispose d'un territoire, son califat autoproclamé en Syrie et en Irak. Il l'a bâti en suivant les préceptes d'un autre manuel du djihad, Administration de la sauvagerie. Signé d'Abou Bakr Naji, il s'agit probablement d'un collectif de djihadistes, dont le gendre d'Abou Moussab al-Zarqaoui, le fondateur de ce qui deviendra l'organisation État islamique. En 300 pages, le traité, réputé pour avoir été lu par la plupart des dirigeants de l'organisation, explique comment générer le chaos pour prendre le pouvoir avant d'administrer un territoire. « Les sionistes et les croisés doivent être [attaqués] partout dans le monde musulman, et si possible ailleurs [...] pour épuiser au maximum les ennemis. » (...) C'est ce précepte qui est aujourd'hui à l'oeuvre. Tous les moyens sont bons : des attaques à la kalachnikov dans les rues, des prises d'otages dans les boîtes de nuit, des kamikazes dans des aéroports ou devant un restaurant en Allemagne, des meurtres à la hache. Personne ne mérite d'être épargné, pas plus les enfants qui reviennent d'un feu d'artifice qu'un prêtre âgé qui célèbre une messe. C'était le message d'Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole du groupe EI, en septembre 2015 : « Si vous pouvez tuer un incroyant [...], alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière. » »

Le Devoir (Québec, Canada), 27 juillet 2016, p. A2.

Sinan Antoon, « Living with death in Baghdad »

«...The site of the attack in Karrada, a shopping center, spontaneously became a space for public mourning. Baghdadis came to light candles and pray for the martyrs. There was mourning and expressions of solidarity all over the country; momentarily grief transcended sectarian divisions and tensions. But within three days, the site was appropriated and occupied by the dominant sectarian parties and militias. They staged their own mourning ceremonies and flooded the facade of the burned building with banners. Angered by the hypocrisy and the political exploitation of the dead, the families of the martyrs held a news conference and released a statement. Their demands included removing all partisan banners from the site of the bombing, ending mourning rituals, rebuilding the site, and compensating the martyrs' families. « We are all corpses, waiting to die, » said one man standing at the site the day after the attack. A friend wrote to let me know that he survived by sheer luck. He had planned to go to Karrada the night of the bombing, but was delayed by traffic. When I shared my own recollections about walking in the neighborhood years ago, he responded, « In Baghdad, taking a walk these days could take you to the cemetery. » »

New York Times (États-Unis), 21 juillet 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 3 juillet 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Irak
IntermédiaireFouad MassoumHaïder al-Abadi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



avril
2014
[Résultats] Élections législatives

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak


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