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5 septembre 1977

Début de « l'automne allemand » en République fédérale d'Allemagne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Andreas Baader

L'enlèvement de l'homme d'affaires Hanns Martin Schleyer, l'assaut des forces spéciales allemandes contre des Palestiniens ayant détourné un avion ainsi que la mort en prison de membres du groupe terroriste Faction armée rouge (FAR) surviennent en 1977, au cours d'une période trouble que l'on appellera « l'automne allemand ».

Le groupe Baader-Meinhof, ou FAR, un mouvement terroriste d'extrême-gauche formé en République fédérale d'Allemagne (RFA) à la fin des années 1960, est décimé par l'arrestation de ses principaux leaders en juin 1972 (Andreas Baader, Ulrike Meinhof). Des jeunes prennent la relève au fil des ans, avec notamment l'objectif de faire libérer leurs camarades. En 1977, ils assassinent le procureur général fédéral Siegfried Buback (7 avril) et le banquier Jürgen Ponto (30 juillet). Le 7 septembre, la FAR enlève l'homme d'affaires Hanns Martin Schleyer, un responsable de plusieurs organisations patronales. La pression sur le gouvernement s'accentue le 13 octobre alors que des membres du Front populaire de libération de la Palestine détournent un vol Francfort-Majorque vers Mogadiscio, en Somalie, avec 87 passagers. Comme les ravisseurs de Schleyer, ils exigent, entre autres, la libération des prisonniers de la FAR. Le gouvernement refuse. Il met sur pied une opération avec des forces spéciales qui interviennent à Mogadiscio, le 18 octobre, avec l'accord du président Muhammad Siyad Barre. Les terroristes sont neutralisés et les otages libérés. Dans les heures qui suivent, Baader et deux autres leaders de la FAR sont retrouvés morts dans la prison de Stammheim. Les auteurs de l'enlèvement de Schleyer réfutent la thèse officielle du suicide et exécutent celui-ci en représailles. On retrouve son corps à Mulhouse, en France, le 19 octobre. Il y aura d'autres attentats par la suite, mais cet « automne allemand », surnom donné à cette période trouble, marque un tournant dans la lutte au terrorisme en RFA. Après des actions plus isolées et un rapprochement avec d'autres groupes terroristes (Brigades rouges, Action directe), la FAR sera finalement dissoute le 18 mars 1998.

Dans les médias...


Jean Daniel, « Détruire, disent-ils...»

«...La mystique des compagnons de Baader commence à ressembler à celle que décrivit Albert Camus dans « l'Homme révolté ». C'est celle du terrorisme rédempteur (tout comme la violence chez Franz Fanon) mais, de plus, sacrificielle et suicidaire : « Les terroristes ont décidé qu'il fallait tuer et mourir pour être, puisque l'homme et l'histoire ne peuvent se créer que par le sacrifice et par le meurtre (...) Tout idéalisme est creux, s'il ne se paie par le risque de sa vie. » Que fallait-il faire contre eux, quand ils se proposaient de « détruire, détruire, détruire » ? Ils voulaient démontrer que l'expression « démocratie bourgeoise » était un « pléonasme » : une démocratie ne peut être que bourgeoise, donc viciée, vicieuse, corrompue, à détruire. Il convient de précipiter cette corruption pour susciter l'autodestruction. Peut-on se défendre contre ses ennemis sans finir par leur rassembler ? En proclamant : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté », Saint-Just ne se doutait pas qu'il répondait non à cette question. La terreur rouge contre la terreur blanche, ce n'est jamais que la terreur. Il se pourrait bien que cela devienne aujourd'hui le drame de la démocratie allemande. »

Le Nouvel Observateur (France), 24 octobre 1977, p. 54.

Raymond Aron, « «Nous sommes tous des cochons allemands ! »»

«...Oui, la République de Bonn prend des mesures discriminatoires à l'égard des communistes qui veulent enseigner et devenir fonctionnaires. Oui, l'opinion allemande condamne avec violence les milieux intellectuels qui passent pour favorables aux activistes de la violence. Je n'approuve pas globalement la politique du régime de Bonn face à la subversion. Je souhaite qu'elle maintienne la discrimination entre ceux qui flirtent avec le gauchisme et ceux qui coopèrent avec les terroristes. Tout cela dit, présenter la République de Bonn sur la voie du totalitarisme, coupable de violer les libertés fondamentales, c'est purement et simplement mentir. Les professeurs d'opinion marxiste ou gauchiste ne sont pas en prison ou en exil, ils enseignent dans les universités. Le lendemain de la mort de Baader, les avocats, qui ne dissimulent pas leurs convictions, réunirent une conférence de presse. Ceux qui se déclarent proches du communisme ou du gauchisme exigent des démocraties une modération parfaite, un tact irréprochable dans le maintien de l'ordre ou la défense des institutions. Les démocraties, comme tous les régimes, sont un pouvoir; pourquoi leur refuser le droit de se défendre ? Ce qui est vrai, c'est que, le plus souvent, elles se défendent d'autant mieux qu'elles respectent leurs propres principes. »

L'Express (France), 24 au 30 octobre 1977, p. 56.

Paul Dehem, « Stammheim »

«...Cette fiction - « je fais cela pour l'amour de l'humanité » - Baader et ses compagnons avaient un tel besoin d'y croire qu'ils ont dû se faire violence pour y parvenir. Mais c'était tellement invraisemblable qu'ils ne peuvent pas ne pas avoir douté. Et ce sont peut-être les défaillances de leur foi qui inspiraient et inspireront leurs actes les plus fous. Ils ont été maintes fois en situation d'imposer les plus invraisemblables exigences. Ils n'ont jamais exigé quoi que ce soit qui ait pour effet de rendre moins injuste cette société qu'ils disent exécrer; ils n'ont, lors de chaque enlèvement, tenté d'obtenir en contrepartie de la vie de leurs otages que de quoi poursuivre le jeu - de l'argent et la restitution de leurs combattants. Le jeu des terroristes consiste justement à rendre le gouvernement répressif. Et celui-ci joue leur jeu. Il a ses otages : ne pouvant se venger efficacement de ceux qui lui ont déclaré une guerre ouverte, qui ont choisi la prison et la mort, il met dans un ghetto ceux qu'il suspecte d'une opposition légale d'ailleurs, et motivée politiquement. Il les exclut du jeu démocratique et finit par rendre crédible le jeu des terroristes. Le Monde écrit (19.10.77) que « le chancelier Schmidt s'est appuyé sur l'unanimité des Allemands de l'Ouest ». C'est faux. Il s'est appuyé sur l'union sacrée des partis et des médias. Une partie de la jeunesse s'identifie aux terroristes; quelques-uns même à leurs actes. »

Esprit (France), décembre 1977, p. 12.

S.A., « War Without Boundaries »

«...With their skyjackings, bombings and assassinations, terrorists are dangerous, desperate people. Repellent as their use of often indiscriminate behavior is, they are, undeniably, heroes to some. That may be understandable - though scarcely excusable - in the case of revolutionaries who claim to represent the aspirations of persecuted or neglected minorities. But many West Germans are furious that leftist papers in Europe have glamorized Baader and other gangsters of the Red Army Faction as selfless radicals acting on behalf of an ideological cause. In fact many of the alienated youths who join radical underground groups in Western democracies lack any coherent ideological or political goals. Violence is the attraction - the end, not the means. Notes Brian Jenkins, an associate director at Rand Corp. : « The act of terror itself is an ideology. » Harvey Schlossberg a psychiatrist who trains the New York City Police Department's anti-terrorist unit, contends that many urban terrorists are compensation for inadequate personalities. « If they cry and stamp their feet, no one pays attention. But by taking hostages, in a matter of minutes the whole world is watching. This helps overcome their ego deficit. » What motivates many terrorists, observes University of Munich Political Scientist Kurt Sontheimer, is « a deep hatred of present society. They talk vaguely of socialism, but they offer no political theory. Nobody really knows what kind of society they envision. »»

Time (États-Unis), 31 octobre 1977, p. 25.

Gouvernance et gouvernement [ 5 septembre 1977 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
ÉlevéWalter ScheelHelmut Schmidt

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1972 - 1982



septembre
1972
Attentats terroristes pendant la tenue des Jeux olympiques de Munich

novembre
1972
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Willy Brandt

novembre
1972
[Résultats] Élections législatives

décembre
1972
Signature d'un Traité fondamental entre les deux Allemagnes

septembre
1973
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

mai
1974
Démission du chancelier de la République fédérale d'Allemagne, Willy Brandt

mai
1975
Début du procès de la Bande à Baader

octobre
1976
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Helmut Schmidt

octobre
1976
[Résultats] Élections législatives

septembre
1977
Début de « l'automne allemand » en République fédérale d'Allemagne

octobre
1980
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Helmut Schmidt

octobre
1980
[Résultats] Élections législatives

octobre
1981
Manifestation contre les missiles nucléaires en République fédérale d'Allemagne


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