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2 septembre 2016

Décès du président de l'Ouzbékistan, Islom Karimov

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Islom Karimov

Islom Karimov, le seul président de l'Ouzbékistan depuis son accession à l'indépendance, en 1991, meurt à l'âge de 78 ans. L'emplacement stratégique de ce pays d'Asie centrale incite la presse internationale à s'interroger sur l'identité de son successeur, bien que peu d'analystes envisagent un changement d'orientation à court terme.

Au cours des années 1980, Karimov occupe plusieurs postes importants au sein de la République ouzbèke, faisant alors partie de l'Union soviétique (URSS), et du Parti communiste dont il devient le premier secrétaire entre 1989 et 1991. Il accède aussi à la présidence de l'Ouzbékistan en 1990 et continue d'exercer cette fonction lors de la proclamation de l'indépendance, en août 1991. Karimov instaure un régime autoritaire où les formes d'opposition et de dissidence sont contrôlées et réprimées sévèrement (arrestations, torture, etc.). Ces manquements au respect des droits de l'homme lui attirent des critiques, tout comme les élections que lui et son parti remportent, généralement considérées comme peu démocratiques. L'emplacement stratégique de l'Ouzbékistan, un pays de 32 millions d'habitants possédant d'importantes ressources (gaz, pétrole, uranium, etc.), lui permet néanmoins de conserver des relations avec les grandes puissances, tout en affirmant une certaine indépendance en diverses occasions. Celles-ci appuient la lutte de Karimov contre l'islamisme radical dans cette région trouble, l'Ouzbékistan partageant notamment une frontière avec l'Afghanistan. Plusieurs leaders, dont le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama, adressent d'ailleurs leurs sympathies au peuple ouzbek lorsque Karimov décède, le 2 septembre 2016, après un règne de plus d'un quart de siècle. La succession de celui qui fut le seul chef de l'État depuis l'indépendance ouvre la porte à plusieurs spéculations. Les analystes s'entendent cependant pour affirmer que peu de changements d'orientation majeurs sont prévisibles à court terme, tant en ce qui a trait à la politique étrangère qu'à l'approche autoritaire du pouvoir à l'endroit de l'opposition.

Dans les médias...


Emmanuel Grynszpan, « L'après-Karimov a commencé à Tachkent »

«...Le décès annoncé vendredi par le gouvernement ouzbek de l'indéboulonnable président ouzbek Islam Karimov représente un saut dans l'inconnu pour 32 millions de citoyens de l'un des pays les plus fermés du monde. Surnommé le « père de la nation », Karimov, 78 ans, régnait sans partage depuis vingt-six ans, emprisonnant à tour de bras opposants, hommes d'affaires, journalistes et religieux, dans un pays à majorité de confession musulmane où la jeunesse est très courtisée par l'islam radical. (...) La nature du pouvoir très fortement personnalisé rend opaque les mécanismes de transfert de pouvoir. La Constitution ouzbèke stipule que, si le chef de l'État n'est plus en mesure de remplir ses fonctions, celles-ci sont transmises pour trois mois au président de la Chambre haute du parlement. Il s'agit de Nigmatilla Iouldachev, un homme peu connu et réputé peu influent. Le dauphin le plus probable serait Chavkat Mirzaïev, 58 ans, premier ministre depuis 2003. Signe qui va dans ce sens: c'est lui qui a présidé le jeudi 1er septembre les célébrations du 25e anniversaire de l''indépendance de l'ex-république soviétique, en lieu et place d'Islam Karimov. Réputé brutal et ultraloyal, Chavkat Mirzaïev serait aussi partisan d'un régime encore plus répressif. »

Le Temps (Suisse), 3 septembre 2016, p. 3.

Pierre Avril, « Le décès de l'inamovible Karimov ouvre la guerre de succession en Ouzbékistan »

«...les États-Unis font preuve d'une « patience stratégique » à l'égard de Tachkent, selon les propres mots du département d'État. Frontalier de l'Afghanistan, l'Ouzbékistan est vu comme un rempart aux infiltrations de groupes talibans, dont certains ont prêté allégeance à l'État islamique, tout comme de djihadistes issus du Tadjikistan et du Kirghizstan et transitant par la vallée de Fergana. En 2015, Washington a renforcé sa coopération militaire avec l'Ouzbékistan, lui livrant notamment plus de 300 véhicules blindés, soit le plus large transfert d'armes effectué par les États-Unis à un pays d'Asie centrale. Par ailleurs, la Chine investit massivement en Ouzbékistan, tout en lui achetant du coton et du gaz naturel. Enfin, la Russie a effacé une dette de 865 millions de dollars contractée par le pays en 1990. Traditionnellement puissante, la diaspora ouzbeke en Russie - des migrants non qualifiés - a été réduite d'un million de personnes en 2016 sous la pression de la crise économique. Malgré son rôle stratégique, Tachkent s'est toujours tenu à égale distance de ses parrains et entretient des rapports ombrageux avec ses voisins immédiats. Karimov a fait sortir son pays de l'ODKB, l'organisation de défense collective qui rassemble les ex-pays soviétiques et refuse d'adhérer à l'Union eurasiatique fondée par Vladimir Poutine. « Karimov a toujours tenu son pays fermé et navigué entre la Russie, les États-Unis et l'Europe et sa grande crainte était de perdre son indépendance » , explique Charbatoullo Sodykov, expert à l'université MGIMO. Ni Moscou, ni Pékin, ni Washington ne pourront prétendre jouer les faiseurs de roi. »

Le Figaro (France), 3 septembre 2016, p. 7.

Agence France-Presse, « La succession du président ouzbek, un test pour l'Asie centrale »

«...Les questions qui se posent à l'occasion de la succession de Karimov valent pour toute l'Asie centrale, où les régimes durs sont la norme. Au nord de l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, aux vastes réserves d'hydrocarbures, reste le dernier pays de la région dirigé par un chef de l'époque communiste, Noursoultan Nazarbaïev, 76 ans, lui aussi sans successeur officiel. Au Turkménistan, le fantasque président à vie Saparmourat Niazov, mort en 2006, a été remplacé sans heurts par Gourbangouly Berdymoukhamedov qui maintient depuis un contrôle quasi absolu sur les médias et la société civile. « La stabilité des voisins (de l'Ouzbékistan) dépend aussi en grande partie de la pression artérielle de leurs présidents », a relevé dans une tribune Alexandre Baounov, du centre Carnegie à Moscou. « Il est certain que le changement viendra en Ouzbékistan comme dans le reste de l'Asie centrale. Ce qui reste incertain, c'est quel changement et quelle forme de succession attendent ces pays », a-t-il ajouté. Peu d'experts s'attendent à des progrès spectaculaires en termes de démocratie et de respect des droits de l'Homme dans le pays après la mort de Karimov. Face aux critiques, ce dernier a su louvoyer au fil du temps entre la Russie, allié traditionnel avec lequel il avait pris ses distances, la Chine à l'influence économique croissante, et des Occidentaux qui ont parfois profité de sa position stratégique. »

Boursorama (France), 4 septembre 2016.

S.A., « Uzbekistan's president : an ailing despot »

«...Torture is « endemic in the criminal-justice system », says Human Rights Watch, a New York-based monitor, which describes the country's record under Mr Karimov as « atrocious ». Tales of prisoners being boiled alive surfaced in 2002. Political opposition and independent media are banned. Some 10,000 political prisoners languish in jails. Though most Uzbekistanis are secular-minded and practise an easy-going brand of Islam, extremism is festering thanks to the repression of any form of religious opposition. Hundreds of Uzbeks are thought to be fighting for Islamic State in Syria and Iraq. A citizen of Uzbekistan is among those suspected of attacking Istanbul airport in June. Uzbekistan's clans have been jockeying over the succession for years, eager to preserve the economic spoils amassed during Mr Karimov's long rule. Unless it has been secretly settled already, a power struggle is likely to intensify. Outside powers will also be manoeuvring. Russia, the former colonial master, will be eager to assert its interest in what the Kremlin sees as its backyard. China, with its more mercantile approach, will want to secure its gas imports. And the United States will continue to woo Uzbekistan as an ally in the war against terrorism, mindful of the country's border with Afghanistan. »

The Economist (Royaume-Uni), 3 septembre 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 2 septembre 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Ouzbékistan
FaibleIslam KarimovShavkat Mirziyoyev

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

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2016
Décès du président de l'Ouzbékistan, Islom Karimov


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