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9 septembre 1955

Visite du chancelier allemand Konrad Adenauer à Moscou

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Konrad Adenauer
Konrad Adenauer

Le chancelier de la République fédéral d'Allemagne (RFA), Konrad Adenauer, se rend à Moscou à l'invitation du gouvernement de l'Union soviétique (URSS). La libération de prisonniers de guerre allemands détenus en URSS et l'établissement de relations officielles entre les deux pays sont au coeur des discussions.

La situation de l'Allemagne d'après-guerre prend une nouvelle tournure en 1949 avec la création de la RFA, à l'ouest, et de la République démocratique allemande (RDA), à l'est. Les deux entités refusent toutefois de se reconnaître mutuellement. En mai 1955, la RFA joint officiellement l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, alors que la RDA adhère au Pacte de Varsovie. Dans les semaines qui suivent, le chancelier allemand Konrad Adenauer accepte l'invitation du gouvernement soviétique à se rendre à Moscou, une première, « afin de discuter du problème du rétablissement des relations diplomatiques et commerciales entre l'URSS et la RFA, et de traiter des questions qui s'y rattachent ». Entre le 9 et le 13 septembre, la délégation allemande discute avec le premier ministre Nikolaï Boulganine et le premier secrétaire du Comité central, Nikita Khrouchtchev. Un des sujets litigieux est la volonté des Allemands de rapatrier une dizaine de milliers de prisonniers de guerre, que les Soviétiques considèrent comme des criminels de guerre, détenus en URSS. Des discussions houleuses se déroulent avant qu'une entente ne soit conclue dans les derniers jours de la visite. En retour de l'engagement des Soviétiques à régler cette question, Adenauer accepte l'ouverture de relations diplomatiques avec l'URSS, avec ouverture d'ambassades à Bonn et Moscou. Dans un communiqué, les deux parties expriment le voeu que ces relations « contribueront (...) à la solution du problème national essentiel du peuple allemand tout entier - le rétablissement de l'unité d’un État allemand démocratique ». Les nouvelles relations ne signifient cependant pas la reconnaissance de part et d'autre de la situation territoriale existante. Les relations étroites entre l'URSS et la RDA sont d'ailleurs réaffirmées dans les semaines qui suivent lors de la visite de leaders allemands à Moscou.

Dans les médias...


E.N. Dzelepy, « Le premier dialogue germano-soviétique »

«...Le bilan de ce voyage est tellement négatif, du point de vue allemand, que les commentateurs les mieux intentionnés de la presse gouvernementale ont l'air de se demander : « Comment cela a-t-il été possible ? » La question de la normalisation des relations germano-soviétiques, sur laquelle Adenauer semblait être intraitable, et dont il entendait se servir comme d'un atout dans la discussion sur la réunification de l'Allemagne, vu l'importance qu'attachaient les Russes à avoir un ambassadeur à Bonn, lui a servi tout juste à obtenir la libération des prisonniers de guerre - de peur de voir le gouvernement de l'Allemagne orientale cueillir ces lauriers. Car tout était prêt, paraît-il, au cas où un accord ne serait pas intervenu sur ce point, pour régler cette question avec le gouvernement de Berlin-Pankow. Or - et c'est là le plus grave, du point de vue de sa politique - la normalisation des relations germano-soviétiques consacre la division de l'Allemagne - raison pour laquelle le chancelier Adenauer repoussait comme « impossible » cette idée - et plus encore le statu quo européen d'après guerre, auquel il n'a jamais voulu se résigner, et dont la révision était, et reste toujours, à la base de sa politique d'alliance avec les puissances atlantiques. »

Les Temps modernes (France), décembre 1955, p. 754-755.

Marcel Hayoul, « La vie internationale : Genève-Moscou-Genève »

«...La déception que l'Allemagne fédérale a connue après Genève elle la connaîtra probablement après Moscou. Il ne peut pas en être autrement puisque les Allemands de l'Ouest rêvent romantiquement d'une réunification qui, très concevable sur le plan sentimental, se heurte dans la réalité à des difficultés à peu près insurmontables. Si M. Adenauer tient volontiers en public un langage intransigeant et réclame des élections libres dans toute l'Allemagne, il tiendra un tout autre langage à Moscou en face des réalistes du Kremlin. Mais le caractère limité des résultats que peut obtenir la diplomatie actuelle ne peut pas nous faire perdre de vue que ces résultats sont déjà des progrès très sensibles. Que désormais des relations personnelles entre des dirigeants de l'Est et des dirigeants de l'Ouest soient amicales et confiantes, que les menaces de guerre froide et de guerre chaude reculent dans l'arsenal des arguments dont on se sert au cours d'une discussion internationale jusqu'à un rang très lointain et qu'elles cessent d'être perpétuellement dans la bouche des responsables de la politique mondiale, c'est une victoire. Une victoire plus grande pour la paix que ne le serait le règlement - si heureux puisse-t-il être - de telle ou telle question actuellement en litige. »

La Revue nouvelle (Belgique), 15 septembre 1955, p. 190-191.

Jean-Joseph Baumgartner, « Réalités allemandes 1956 : coexistence sur l'Elbe ou sur l'Oder ? »

«...On ne saurait songer à une réunification qui n'unifierait pas. Il n'y a pas là simple truisme ou lapalissade. Réunification signifie harmonisation des institutions, alignement des économies. Or, comme nous l'avons vu, le contraste économique et institutionnel, sans parler du politique pur, est total entre les deux républiques. Dans ces conditions que sera la réunification ? Sera-ce l'Est qui s'alignera sur l'Ouest ? Ou l'Ouest sur l'Est ? Dans la première hypothèse, l'Union soviétique perd sa forteresse idéologique avancée vers le Rhin, au risque de voir renaître ses satellites à de nouvelles espérances de libération. Par ailleurs, l'U.R.S.S. sait fort bien qu'une Allemagne unifiée et « occidentalisée », qui échapperait ainsi à son contrôle, irait rejoindre tôt ou tard tout entière le camp politique de l'Atlantique. Il ne faut donc pas s'étonner si, à Genève et dans tous les pourparlers, elle n'a cessé de répéter que réunification ne saurait être synonyme d'abandon des structures nouvelles de la République démocratique populaire de Pankow. L'Union soviétique a pleinement conscience des conséquences d'un tel repli et en mesure toute l'importance. »

Études (France), février 1956, p. 168-169.

S.A., « New Mission to Moscow : Another Loss for West ? »

«...The great enemies of World War II - Russia and Germany - are to resume friendly relations. That has now been agreed in Moscow. Profound results can flow from such relations. Soviet Russia can bargain for German friendship. German ties with the West, rearmament, trade, the very shape of Europe itself, are all certain to be influenced by bargaining just beginning. Soviet leaders can offer tempting things to Germans. The Western Allies have made Germany sovereign, free. But only Soviet Russia can offer the Germans a united nation. Territory, markets, the return of Germans held captive, many things now can be used by Soviet rulers to woo the Germans. Germany, as a result of Chancellor Adenauer's trip to Moscow, now talks directly to the Soviet Union. Once again the future of Europe is made uncertain. »

U.S. News & World Report (États-Unis), 9 septembre 1955, p. 28.

Gouvernance et gouvernement [ 9 septembre 1955 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
ÉlevéTheodor HeussKonrad Adenauer

Russie
FaibleKliment VoroshilovNikolai Bulganine

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1950 - 1960



mai
1952
Signature à Bonn d'une entente sur le statut de la République fédérale d'Allemagne

juin
1953
Soulèvements à Berlin-Est et en République démocratique allemande

septembre
1953
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Konrad Adenauer

septembre
1953
[Résultats] Élections législatives

septembre
1955
Visite du chancelier allemand Konrad Adenauer à Moscou

septembre
1957
Élection en République fédérale d'Allemagne d'un gouvernement dirigé par Konrad Adenauer

septembre
1957
[Résultats] Élections législatives


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