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2 octobre 2016

Référendum en Hongrie sur le plan de répartition des immigrants de l'Union européenne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Viktor Orban

Afin de répartir l'accueil de 160 000 migrants qui s'installent sur le continent en 2015, l'Union européenne (UE) adopte un plan prévoyant un quota pour chacun de ses membres. Pour exprimer son insatisfaction, le gouvernement hongrois de Viktor Orban tient un référendum le 2 octobre 2016. Sa position est appuyée à plus de 98 %.

En septembre 2015, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dévoile un plan de quotas d'accueil par pays des migrants provenant surtout de pays en crise (Syrie, Afghanistan, etc.). Ceux-ci arrivent souvent en Europe par la Grèce et l'Italie. La Hongrie est également affectée. Dans ce plan, l'UE répartit 160 000 demandeurs d'asile, dont 1294 en Hongrie. Le gouvernement de Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010, s'y oppose, invoquant la crainte du terrorisme, la menace identitaire et celle du fardeau des migrants sur le marché de l'emploi. Surtout, il déplore l'ingérence de l'UE dans ce qu'il considère une question nationale («Bruxelles ou Budapest»). Le 24 février, Orban annonce la tenue d'un référendum sur la question suivante : « Voulez-vous que l'Union européenne puisse prescrire l'installation obligatoire en Hongrie de citoyens non hongrois sans l'approbation de l'Assemblée nationale ? » Le gouvernement du Fidesz et du Parti populaire démocrate-chrétien, qui a fait construire un mur anti-réfugiés en 2015 sur la frontière avec la Serbie et la Croatie, fait campagne pour le Non, comme les nationalistes du parti Jobbik. Pour leur part, les formations de gauche appellent à boycotter ou annuler le vote. La validité de ce référendum est reconnue juridiquement, mais seulement sur cette question spécifique. De plus, il faut une participation de 50 % des électeurs éligibles pour qu'il soit considéré comme contraignant. Or, le 2 octobre 2016, seulement 40 % de ces derniers votent. Malgré un appui écrasant au Non, à plus de 98 %, la portée de ce résultat reste donc limitée pour Orban, la presse le qualifiant de demi-victoire ou de demi-défaite. Le premier ministre, qui a gagné en popularité depuis le début de cette crise, pense maintenant à faire adopter une modification constitutionnelle qui permettrait de rendre ce vote valide juridiquement.

Dans les médias...


Anne Dastakian, « Le boomerang référendaire »

«...Face à un public acquis, celui qui se voyait en leader charismatique de la nouvelle Europe a présenté le référendum comme une victoire, et un mandat pour lui, dans son combat au niveau européen. «Bruxelles ne pourra pas imposer sa volonté à la Hongrie, en ignorant la volonté de 99,2 % des électeurs», a-t-il déclaré avant la publication des chiffres définitifs. Et d'annoncer son intention d'ancrer dans la Constitution la prévalence du Parlement hongrois sur les traités européens. À Bruxelles, comme dans les pays du groupe de Visegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie), un silence poli a accueilli ses propos. «Je pense que ses ambitions européennes vont en souffrir. Comment peut-il remporter une contre-révolution culturelle en Europe s'il ne parvient pas à valider un référendum sur son sujet de prédilection dans son propre pays ?» estime le politologue Andras Biro-Nagy. L'opposition magyare, elle, a aussitôt appelé Orban à démissionner. Y compris le parti d'extrême droite Jobbik, qui a qualifié ce référendum de «sondage très coûteux». La campagne a en effet coûté près de 50 millions d'euros au contribuable magyar. Lequel place les problèmes d'éducation et de santé au premier rang de ses préoccupations, puis la corruption des élites, avant les questions migratoires. »

Marianne (France), 7 octobre 2016, p. 43.

Charles Haquet, Katalin Hajos, « La surenchère populiste »

«...En attendant que le flot des demandeurs d'asile se tarisse, Viktor Orban continue de creuser ce sillon nationaliste. Il veut modifier la Constitution pour y inclure des règles sur le droit de résidence des « citoyens non européens » sur le territoire. (...) Ces changements constitutionnels iront-ils à l'encontre des traités européens? « Non, réfute Lajos Bokros, ancien ministre des Finances, et président du parti Moma (La Hongrie aujourd'hui), de tendance libérale. C'est surtout, pour Orban, un moyen de détourner l'attention des vrais problèmes, tels que l'éducation, la santé ou la corruption. » Pour préserver ses chances lors des prochaines élections législatives, en avril 2018, le Premier ministre devra donc trouver de nouveaux exutoires. À défaut, il pourra toujours continuer à taper sur Bruxelles, son « punchingball préféré », selon la formule de Lajos Bokros. Jusqu'où ira-t-il? Pourrait-il, dans le sillage du Royaume-Uni, quitter le giron européen? À Budapest, personne n'y croit vraiment. « Orban sait à quel point les Hongrois sont attachés à l'Europe et il n'oublie pas non plus qu'il reçoit plus de 3 % de son PIB en subventions, rappelle un diplomate européen. Il pourrait profiter du soixantième anniversaire de l'insurrection de Budapest, ce 23 octobre, pour faire une déclaration fracassante. En comparant, par exemple, l'ingérence bruxelloise aux chars russes de 1956... » Sans doute trouverait-il en Europe des alliés pour justifier ses rodomontades. Car aujourd'hui, les dirigeants populistes ont le vent en poupe sur le Vieux Continent. Et Viktor Orban n'est plus, comme c'était encore le cas récemment, le vilain petit canard de l'Europe. »

L'Express (France), 12 octobre 1976.

François Brousseau, « Populisme et démocratie »

«...La Russie de 2016 est résolument installée dans ce cul-de-sac de la liberté d'expression et de diffusion, qui va de pair avec un pluralisme de façade et une restriction graduelle de l'espace politique. C'est vers ce modèle que la Hongrie semble aller à vive allure. Et depuis un an, certains dirigeants polonais rêvent d'emboîter le pas... même si, à Varsovie davantage qu'à Budapest ou à Moscou, subsistent des foyers de résistance : entreprises de presse privées, indépendantes, dynamiques (à l'écrit, dans l'audiovisuel, sur le Net)... et une société civile vigilante, prête à descendre dans la rue comme on l'a vu ces derniers mois. Quand on pense que, lors des révoltes démocratiques de 1956 (écrasée par Moscou en Hongrie) et celles (victorieuses) de 1989, Varsovie et Budapest étaient, en Europe de l'Est, les deux phares à l'avant-garde du progrès, de la résistance, de la libération ! Aujourd'hui, les médias publics y sont néo-orwelliens ; on intente des procès en sorcellerie aux dirigeants d'opposition ; on organise des référendums joués d'avance sur le refus des immigrants, du moindre immigrant. Budapest et Varsovie seraient-elles aujourd'hui à l'avant-garde d'une autre évolution : la décadence de la démocratie ? »

Le Devoir (Québec, Canada), 11 octobre 2016.

S.A., « Charlemagne : The wizard of Budapest »

«¸...«THE moment Hungary is no longer European,» wrote Milan Kundera, a Czech-born novelist, «it loses the essence of its identity.» In his own way Viktor Orban, Hungary's prime minister, would not disagree. Having bent the Hungarian state to his will, crushed his domestic foes and spun political gold from Europe's migrant crisis, Mr Orban now has his sights trained on the immigration-friendly elites he claims seek to destroy Europe's nations from within. Together with Jaroslaw Kaczynski, the de facto leader of Poland, he promises a « cultural counter-revolution » in Europe, based on a defence of nation, family and Christianity. Charismatic, bombastic and unembarrassable, Mr Orban squats toad-like astride the Hungarian political landscape. His Fidesz party dominates parliament. Setbacks are skated over. On October 2nd only 40% of Hungary's electorate cast valid votes in a referendum on the European Union's refugee-relocation plan, well below the 50% threshold needed to give the result force. No matter: Mr Orban saluted the « excellent result » (98% of voters rejected the EU scheme) and promised to insert it into Hungary's constitution. The formidable Fidesz spin machine manufactured sophistries to explain how an illegitimate outcome represented the inviolable democratic will of the Hungarian people. »

The Economist (Royaume-Uni), 8 octobre 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 2 octobre 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Hongrie
ÉlevéJanos AderViktor Orban

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



avril
2014
[Résultats] Élections législatives

octobre
2016
Référendum en Hongrie sur le plan de répartition des immigrants de l'Union européenne


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