Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 août 2017

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1 juin 1984

Élection de José Napoléon Duarté à la présidence du Salvador

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

José Napoleón Duarté

Alors que le Salvador est secoué par une guerre civile meurtrière, José Napoléon Duarté du Parti chrétien démocrate (PCD) est porté à la présidence à la suite d'une élection qui se déroule le 1er juin 1984. Il obtient 53,6 % des voix contre 46,4 % pour son rival, Robert d'Aubuisson de l'Alliance républicaine nationaliste (ARENA).

Duarté a occupé la présidence de façon provisoire entre 1980 et 1982, alors qu'une guerre civile déchire le Salvador. Dirigé par des militaires, le gouvernement tente de briser la rébellion du Front de libération nationale Farabundo Marti (FLNFM) qui réunit les forces de gauche. Un gouvernement d'unité nationale est mis sur pied en 1982, mais le conflit persiste. Un climat de sévère répression règne alors que l'on annonce la tenue d'une élection présidentielle pour le 25 mars 1984. Les candidats de gauche n'y sont pas représentés. Sous la bannière du PCD, Duarté profite de l'appui des États-Unis, alors que son opposant, le major Robert d'Aubuisson de l'ARENA, est considéré comme trop radical. Même s'ils n'en voient pas l'utilité, les leaders et les troupes du FLNFM s'engagent à ne pas perturber le premier tour de l'élection auquel 8 candidats prennent part. Après être arrivés en tête, Duarté et d'Aubuisson se font face de nouveau lors du deuxième tour, le 1er juin. Duarté est alors porté au pouvoir avec 53,6 % des voix. Malgré des irrégularités commises lors du scrutin, le président américain Ronald Reagan le qualifie de « victoire de la liberté sur la tyrannie ». Le président élu s'engage à renouer le dialogue avec les leaders du FLNFM afin de mettre fin au conflit. Il dénonce aussi la corruption au sein du gouvernement, veut réformer l'agriculture et promet une enquête sur les abus observés pendant la guerre civile, notamment de la part des escadrons de la mort. Duarté verra son pouvoir renforcé aux législatives du 31 mars 1985. À cette occasion, sa formation, le PCD obtient une majorité, remportant 33 sièges sur 60. Les violences se poursuivront toutefois bien après qu'il eût quitté le pouvoir, en juin 1989.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Mario Vargas Llosa, « Salvador : le vote sous le volcan »

«...Le major (d'Aubuisson) rejette catégoriquement toute idée de négociation avec la guérilla, « car les communistes n'acceptent pas d'autre accord que la reddition ». Sa vision du communisme est caricaturale : elle englobe les libéraux, les sociaux-démocrates, et surtout les démocrates-chrétiens de Salvador et leur leader, José Napoléon Duarte. (...) Qui soutient d'Aubuisson ? Les classes aisées font corps derrière lui. Le 10 mars, on m'a montré une villa où avait lieu un dîner-collecte de fonds. Il y avait soixante convives, qui avaient payé chacun vingt mille colonnes (environ huit mille dollars). Mais ce discours ardemment nationaliste, qui offre une illusion d'ordre, de sécurité et d'efficacité, trouve aussi un certain écho dans les classes moyennes et populaires. Il attire les Salvadoriens affectés par la nationalisation des banques et la réforme agraire ou irrités par la place que les États-Unis occupent dans le pays. « L'ambassade américaine est le centre du pouvoir, et l'ambassadeur est notre vice-roi », m'a dit un directeur de journal. Le major d'Aubuisson exploite cette susceptibilité, comme il joue de l'idée ingénue selon laquelle faire preuve d'un tant soit peu de souplesse face à la guérilla représente une trahison et qu'il n'y a qu'un seul choix : le communisme ou l'anticommunisme. »

Le Nouvel Observateur (France), 30 mars 1984, p. 32.

J.B., « Le président Napoléon »

«...Ces élections ne règlent pas pour autant les problèmes. Pour beaucoup, elles ne règlent même rien du tout. L'avenir n'est pas rose pour Duarte, malgré l'assurance du soutien américain. D'abord, il lui faudra compter avec une opposition de droite et d'extrême droite qui a quand même recueilli plus de 44 % des voix - ce qui n'est pas négligeable - et qui conserve la majorité à l'Assemblée nationale. Il lui faudra aussi, et c'est là le défi majeur, trouver une solution à la guerre. Le nouveau président pourra-t-il amener les « muchachos » à entrer, un jour ou l'autre, dans le jeu démocratique ? Difficile, quand on sait que, pour eux, Duarte ou D'Aubuisson, c'est bonnet blanc et blanc bonnet... Alors que certains craignent que l'élection de « Napo », considéré comme un « rouge » par la droite, ne relance la campagne d'assassinats des Escadrons de la mort, personne ne sait quelle position adopteront les militaires à son égard. Le général Carlos Eugenio Vides Casanova, ministre de la Défense, a clairement fait savoir que l'armée sera « loyale avec le peuple et ne trahira pas sa foi dans la démocratie ». Cette foi, elle existe. Les Salvadoriens l'ont prouvé. Ces élections auront finalement fait lever un espoir et marqué un pas vers l'ébauche d'une solution. Un petit pas, mais un pas quand même. »

L'Express (France), 18 mai 1984, p. 67.

Jacques Deprez, « Élections au Salvador : On prend les mêmes et...»

«...Certains observateurs prévoient déjà le résultat probable. Grâce à l'appui des États-Unis, notamment, il semble que le Parti démocrate-chrétien (PDC) et le Parti de Conciliation nationale (PCN) soient les mieux placés. Or, le PDC a désigné comme candidat Napoleon Duarte, l'ex-président, qui n'apparaît pas comme un facteur d'unité. Il se serait aliéné l'oligarchie, qui le présente comme communiste. Les États-Unis auraient préféré l'autre leader du PDC, Chavez Mena. Le PCN aura dès lors plus d'atouts. Il n'est pas marqué à l'extrême-droite, comme l'ARENA. Et il représente la stabilité d'avant 1979. Mais le PCN, c'est aussi le parti de l'ordre militaire et de l'injustice sociale, qui reviendrait au pouvoir après cinq ans de « troubles », pour rétablir la paix. Ce raisonnement américain ne comporte qu'une faille : la paix ne dépend pas des élections, mais elle suppose la fin de la lutte populaire, résultant des profondes inégalités sociales. Ce n'est pas le PCN qui supprimera ces inégalités. Donc, il ne reste que la paix par les armes, c'est-à-dire une victoire militaire sur la guérilla. Cette solution n'est possible qu'au prix d'une aide militaire américaine accrue, et ne se réalisera pas sans durs combats. À la veille de ces élections, une seule certitude peut être avancée : le Salvador est encore loin de sortir de la violence, quelle que soit l'issue du scrutin. Ce n'est pas demain que les réfugiés connaîtront une vie meilleure ! »

La Revue nouvelle (Belgique), mars 1984, p. 356-357.

James Kelly et al., « Starting a New Chapter »

«...Duarte has said he favors a negotiated settlement with the leftist guerrillas, but he is not expected to rush into any talks. One reason is that at the moment the army enjoys the initiative on the battlefield. Duarte also has vowed not to hold discussions as long as the guerrillas still bear arms. Instead, he is likely to promote a variation of the existing amnesty program, under which rebels who relinquish their weapons are offered protection and the right to run in next year's legislative elections. « But if they are after part of the government, they can forget it,» says Oscar Reyes, private secretary to the new president. « We worked for it, and if they want some of it they will have to do the same. » Behind the brave words lie harsh realities. Duarte's room for maneuver, especially on social reforms, will be constricted by the sorry state of the national economy. Some Salvadorans recall how the Christian Democrats acquiesced to rightist demands during their last turn in power, in 1980, while others remember how abrasively contentious Duarte can be. But not the least of Duarte's estimable qualities are his courage and optimism. » »

Time (États-Unis), 11 juin 1984, p. 30.

Gouvernance et gouvernement [ 1 juin 1984 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Salvador
Non disponibleJosé Napoleón Duarte Fuentes

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1974 - 1994



mars
1980
Assassinat de l'archevêque de San Salvador, Oscar A. Romero

octobre
1980
Formation du Front Farabundo Marti de Libération nationale au Salvador

mars
1984
[Résultats] Élection présidentielle

juin
1984
Élection de José Napoléon Duarté à la présidence du Salvador

mars
1985
[Résultats] Élections législatives

mars
1988
[Résultats] Élections législatives

mars
1989
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1991
[Résultats] Élections législatives

mars
1993
Dépôt du rapport de la Commission sur la vérité au Salvador

mars
1994
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1994
[Résultats] Élections législatives


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