Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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20 novembre 2016

Élection de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Jovenel Moïse

Un an après le report du deuxième tour de l’élection présidentielle haïtienne prévu pour décembre 2015, Jovenel Moïse obtient l’appui de 55,6 % de ses concitoyens lors d’un scrutin qui se déroule le 20 novembre 2016. Ce résultat est toutefois contesté par des candidats défaits selon qui ce vote aurait été entaché par des irrégularités.

Conformément à la Constitution, le président haïtien Michel Martelly doit quitter son poste au terme de son mandat, en 2015. Pour lui succéder, il annonce son appui à Jovenel Moïse, un entrepreneur agricole impliqué dans l’exportation de bananes. Celui-ci porte les couleurs du Parti haïtien Tèt Kale et se présente dans la continuité du président sortant. Lors du premier tour de l’élection présidentielle, le 25 octobre 2015, Moïse arrive en tête des 54 candidats avec 32,8 % des voix, devançant Jude Célestin de la Ligue alternative pour le Progrès et l’Émancipation haïtienne qui obtient 25,3 % des appuis. Ces résultats sont toutefois contestés et entraînent même des violences dans les rues. Prévu pour décembre, le deuxième tour est reporté en janvier, puis en avril 2016. Élu par l’Assemblée nationale, Jocelerme Privert succède à Martelly sur une base intérimaire, alors qu’une commission qui a identifié des irrégularités dans le scrutin d’octobre 2015 annonce en mai 2016 qu’il faut reprendre le vote au complet en octobre. Après un autre report, provoqué par le dévastateur ouragan Matthew, il a finalement lieu le 20 novembre 2016. Cette fois, Moïse récolte une majorité des voix, soit 55,6 %, ce qui lui donne la victoire même si seulement 21 % des électeurs s’expriment. Il devance nettement Célestin et Jean-Charles Moïse de la Plateforme du Pitit Dessalines qui obtiennent respectivement 19,6 % et 11 % des voix. Malgré l’absence d’incidents majeurs la journée du 20 novembre, les candidats vaincus dénoncent des tricheries. Le dévoilement des résultats par le Conseil électoral provisoire (CEP), le 28 novembre, est suivi par des manifestations dans les rues, notamment dans la populeuse commune de Delmas. De plus, des dossiers de contestation officielle sont déposés par des partis d’opposition. Trois des neuf membres du CEP avaient d’ailleurs exprimé leur dissidence lors de la divulgation des résultats.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Jean-Michel Caroit, « Jovenel Moïse, « petit paysan qui réussit », nouveau président haïtien »

«…Le président par intérim, Jocelerme Privert, a lancé un appel au calme lundi, quelques heures avant la publication des résultats. « Le recours à des actes de violence ne peut que gâcher les fruits de cette belle journée que nous avons tous construite le 20 novembre », a déclaré le président. « Le pays vit des moments dramatiques, il a besoin de l'apaisement social, du calme, de la sérénité et de la tranquillité , a ajouté M. Privert. Nous ne pouvons pas compromettre la stabilité politique que nous avons instaurée depuis neuf mois. » (…) Jovenel Moïse se présente comme « un petit paysan qui réussit. Il était inconnu sur la scène politique lorsque Michel Martelly l'a choisi comme dauphin. Ce producteur de bananes est à la tête d'une plantation de mille hectares. Il veut relancer le secteur de l'agriculture, en créant dix zones de production pour l'exportation, et reconstituer l'armée, dissoute en 1995 par Jean-Bertrand Aristide. Bénéficiant de l'appui de la plupart des familles riches de l'oligarchie haïtienne et du soutien discret d'entreprises de la République dominicaine voisine, Jovenel Moïse a disposé de moyens financiers beaucoup plus importants que ses compétiteurs. Selon Pierre Espérance, militant des droits de l'homme, Jovenel Moïse a dépensé plus en publicité que les vingt-six autres candidats réunis. « Le retard pris par le processus électoral a permis à Jovenel de se détacher du clan corrompu de Martelly et de ne plus apparaître comme la créature de l'ancien président », analysait Réginald Boulos, l'une des figures les plus en vue du monde des affaires. »

Le Monde (France), 30 novembre 2016, p. 4.

Aude Massiot, « Haïti : des élections au bout du rouleau »

«…L'avenir de la démocratie est en jeu avec ces élections, affirme Jocelerme Privert, le président par intérim depuis le 14 février. «C'est la première fois que nous aurons une élection où toutes les chances sont égales pour tout le monde, parce que l'exécutif a choisi de ne pas s'immiscer dans le processus électoral», a-t-il affirmé à la radio. Si ces scrutins ne peuvent être menés à terme et leurs résultats validés, le pays basculera dans «l'anarchie et le chaos» , assure-t-il. (…) Ces événements illustrent le climat de plus en plus tendu dans le pays, alors qu'une partie de la population soupçonne les autorités de s'accaparer l'aide internationale. Avec les multiples ajournements électoraux et les conséquences désastreuses de la tempête Matthew, la population ne s'est pas intéressée à la campagne. L'exécutif et le CEP craignent une abstention importante qui ferait perdre toute légitimité au scrutin. « Ce vote est très important pour le pays, car il pourrait signifier une reprise en main des institutions et une prise de distances avec la communauté internationale, qui finance à 75 % le scrutin , explique Frédéric Thomas, chercheur en sciences politiques au Centre tricontinental à Louvain-la-Neuve. Pour cela, il faudrait qu'il y ait un fort taux de participation, qui en général ne dépasse pas les 30 % dans le pays.» »

Libération (France), 19 novembre 2016, p. 9.

Roromme Chantal (propos recueillis par Jean-Frédéric Légaré-Tremblay), « Dans la présidentielle, la « bataille des ex »»

«…en Haïti, les politiciens cèdent facilement à la tentation de mobiliser des slogans faciles qui flattent les instincts de l'électorat, plutôt que d'articuler leur programme suivant une ligne idéologique qui lui donnerait une cohérence et une intelligibilité propres. Jovenel Moïse, à droite sur l'échiquier politique, connu comme l'« homme de la banane », en référence à sa plantation de bananes, a fait de la relance de la production nationale la principale attraction de sa campagne. Jude Célestin, de centre gauche, ancien responsable de l'organisme gouvernemental Centre national des équipements, a acquis une certaine popularité pour avoir participé activement au déblayage des rues après le tremblement de terre de 2010 et à la restauration d'un nombre important de kilomètres de routes. Il a naturellement fait de la continuation des grands chantiers en infrastructures routières son cheval de bataille électorale. Maryse Narcisse, plus fidèle à la tradition de gauche de son parti, Fanmi Lavalas, fait miroiter des projets sociaux comme la construction de logements sociaux, d'écoles et d'hôpitaux. À bien des égards, les programmes se chevauchent. De la sorte, cette élection n'a pas été pour les candidats l'occasion d'aborder les « vraies affaires » : la laborieuse reconstruction du pays après le séisme de janvier 2010 et, depuis l'ouragan Matthew, un plan cohérent de relance économique, de renforcement institutionnel et de stabilisation politique. »

Le Devoir (Québec, Canada) 23 novembre 2016, p. A5.

S.A., « Haiti's presidential election : The banana man cometh »

«…What sort of president Mr Moïse will turn out to be is a mystery. Like his rivals, he talked a lot about boosting agriculture and manufacturing, and promised to clean up corruption, which was rife in Mr Martelly's administration. He offered few serious policy proposals. He may follow Mr Martelly in welcoming foreign investment. Some analysts think Mr Moïse, who comes from northern Haiti, will try to rebalance the economy away from Port-au-Prince, which produces two-thirds of the country's GDP. Economists hope that Mr Moïse will encourage investment in rural areas, where more than half of Haitians work, and fight deforestation, which exacerbates the effects of hurricanes and other natural disasters. Other priorities are improving infrastructure, strengthening land-ownership rights and reforming the judiciary. But the new president's first job on taking office in February, assuming that his victory is confirmed, will be to bring back a semblance of political stability. »

The Economist (Royaume-Uni), 3 décembre 2016.

Gouvernance et gouvernement [ 20 novembre 2016 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Haïti
TransitionJocelerme PrivertEnex Jean-Charles

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2011 - 2016



mars
2011
Élection de Michel Martelly à la présidence d'Haïti

septembre
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

novembre
2016
Élection de Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti

novembre
2016
[Résultats] Élection présidentielle


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