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25 août 1993

Tenue d’une élection présidentielle au Togo

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Gnassingbé Eyadéma

Le vent de démocratisation qui souffle au début des années 1990 atteint le Togo où un Haut conseil de la République est formé en 1991 afin de préparer la transition vers des élections multipartites. Boycotté par les principaux partis d’opposition, le scrutin du 25 août 1993 est toutefois remporté facilement par le président sortant, Gnassinbe Eyadéma.

Arrivé au pouvoir en 1967 après un coup d’État, le président Eyadéma règne de façon autoritaire sur le Togo, les élections le reportant dans ses fonctions n’étant pas considérées démocratiques. Le climat de changement du début des années 1990 et des pressions françaises contribuent à faire bouger les choses. Une Conférence nationale, tenue en août 1991, mène à la formation d’un Haut conseil de la République chargé d’assurer la transition vers le multipartisme et des élections démocratiques. Un activiste des droits de l’homme, Joseph Kokou Koffigoh, accède au poste de premier ministre qui n’existait plus depuis 1961. Il lui procure davantage de pouvoirs que le président Eyadéma. Des soldats favorables à ce dernier interviennent en décembre 1991 et forcent Koffigoh à former un nouveau gouvernement de transition incluant des partisans d’Eyadéma. Des tensions apparaissent, mais la contestation est réprimée. Le 25 janvier 1993, des soldats ouvrent le feu sur des manifestants rassemblés à la place Fréau Jardin, dans la capitale Lomé. Cette intervention armée est suivie d’autres qui, en plus de faire des morts, incitent des centaines de milliers de Togolais à quitter pour des pays comme le Ghana et le Bénin. L’accord de Ouagadougou, conclu le 11 juillet 1993, vise à rétablir la sécurité et assurer le bon fonctionnement des élections. L’absence des principaux candidats de l’opposition enlève néanmoins toute crédibilité à la présidentielle du 25 août 1993 qu’Eyadéma remporte avec plus de 96 % des voix, avec un taux de participation estimé à 36 %. Les résultats seront plus contestés aux législatives de 1994. Arrivé deuxième, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Eyadéma, l’ancien parti unique, profitera d’une division au sein de ses opposants pour conserver son influence, avant de reprendre la majorité à la suite d’élections partielles, en 1996.

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Mamadou Coulibaly, « La forfaiture »

«...Qu’Eyadéma se livre à un hold-up électoral, on ne pouvait s’attendre à autre chose de sa part. Mais que la France, l’Égypte et le Burkina, qui s’érigent en garants du processus démocratique, restent de marbre face au sabotage du jeu électoral a de quoi scandaliser. De même que le manque initial de solidarité à l’égard d’Olympio de la part des autres candidats. Se rendant compte finalement du piège tendu par le dictateur de Lomé, le COD 2 a décidé de retirer de la course son candidat Edem Kodjo. Mieux vaut tard que jamais. En vérité, ce qui se passe au Togo constitue un banc d’essai de la politique africaine de la droite française revenue aux affaires. Ces milieux se méfient des changements et aiment les bons vieux serviteurs. À Lomé, cela devrait donner le schéma suivant : on favorise la victoire d’Eyadéma, quitte à lui conseiller de s’adjoindre un Premier ministre opposant « modéré » et le tour est joué. Mais l’opposition a tourné au fiasco, avec le boycottage des observateurs américains et allemands. Cela, ajouté à la très faible participation électorale, a ridiculisé Eyadéma et ses parrains. Le peuple, demain dira son mot. »

Le Nouvel Afrique-Asie (France), septembre 1993, p. 17.

Francis Kpatindé, « Le système Eyadéma »

«...Eyadéma a plusieurs fois rebondi. Alors qu’on le disait fini. Petit à petit, il a fini par recouvrer l’essentiel des prérogatives dont l’avait dépossédé, il y a moins de deux ans, la conférence nationale souveraine. Sans oublier qu’il a excellé dans le recours au stratagème du pompier pyromane. Depuis dix-huit mois, en effet, tel un chef d’orchestre clandestin, le « timonier national » a inspiré les différents coups de force qui ont déstabilisé ses adversaires, tout en se tenant en retrait. Au mieux, il apparaît aux yeux de la communauté internationale comme une victime. Au pire, comme un arbitre, tiraillé entre une armée réfractaire à toute démocratisation et une opposition « irresponsable ». Il a lui-même organisé le désordre, pour démontrer qu’il est finalement le seul à pouvoir maintenir l’ordre; au besoin, dans un environnement démocratique ; une technique de la mise en scène parfaitement rodée. »

Jeune Afrique (France), 4 au 10 janvier 1993, p. 22.

Jean-Karim Fall, « Le tension reste vive à Lomé »

«...L’opposition togolaise a décidé de jouer la carte de la réprobation suscitée à l’étranger, pour presser la communauté internationale d’intervenir. Les jeunes radicaux du MO5 invitent les pays occidentaux à « user du droit d’ingérence humanitaire » pour éviter à notre pays la répétition des exemples somalien et libérien ». Il faut que la communauté internationale nous envoie une force d’interposition, après on pourra discuter, renchérit le président du Collectif de l’opposition démocratique, M. Léopold Gnininvi, ce n’est pas un problème politique, c’est un problème paramilitaire. Dans ce contexte, la reprise du dialogue entre les partisans de la « sensibilité présidentielle » et ceux de l’opposition est plus que compromise, du moins dans l’immédiat. Les radicaux du MO5, fer de lance de la contestation, ont envoyé mardi un avertissement clair. « nous n’allons pas accepter qu’un leader de l’opposition aille négocier avec Eyadéma , nous les avons mis en garde », a déclaré un responsable de ce mouvement. Un avertissement adressé aux modérés de l’opposition qui, comme M. Agboyibor, du Comité d’action pour le renouveau, estiment que « la voie du dialogue n’est pas définitivement compromise. » »

Le Monde (France), 28 janvier 1993, p. 3.

Jacques Girardon, « La démocratie et ses parrains »

«...Que signifient, dans ces conditions, les récentes élections ? La fermeté en Centrafrique permet de se donner bonne conscience à peu de frais : qu’importe le président, le pays n’a rien à offrir, si ce n’est le site d’une base militaire qui n’intéresse que les Français. Au Togo, ceux-ci étant déjà solidement implantés auprès du pouvoir, les Américains ont pris parti pour l’opposition. Et se sont donc indignés des irrégularités flagrantes d’une période d’élection qui a permis à Gnassingbé Eyadéma de se maintenir. Ainsi, en appuyant systématiquement les opposants, Washington pousse les Français à la faute, les contraignant à soutenir des dictateurs pour préserver leurs positions. Pour le malheur des populations, le petit jeu risque de durer : les Américains se donnent une image de démocrates qui peut payer un jour. Et à bon compte : leur budget d’aide à l’Afrique reste six fois plus faible que celui de la France. »

L’Express (France), 9 septembre 1993.

Gouvernance et gouvernement [ 25 août 1993 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Togo
TransitionGnassingbé EyadémaJoseph Kokou Koffigoh

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1983 - 2003



août
1993
Tenue d’une élection présidentielle au Togo


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