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23 octobre 1954

Création de l’Union de l’Europe occidentale

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Logo de l'Union de l'Europe occidentale

L’échec du projet de Communauté européenne de défense (CED) est suivi par d’autres initiatives diplomatiques portant sur la souveraineté et le réarmement de la République fédérale d’Allemagne (RFA). Elles sont à l’origine des accords de Paris et de la création de l’Union de l’Europe occidentale, le 23 octobre 1954.

Dans le contexte de la Guerre froide, l’échec en août 1954 du projet de CED, prévoyant l’intégration de troupes allemandes dans une armée européenne, incite les diplomaties à s’activer. Des représentants de sept pays d’Europe occidentale, du Canada et des États-Unis se réunissent à Londres à la fin de septembre. Les puissances impliquées acceptent de cesser l’occupation de la RFA, qui retrouverait sa souveraineté malgré la présence de forces étrangères pouvant y être stationnées pour la « défense du monde libre ». Le traité de Bruxelles de 1948 modifié permet aussi l’adhésion de la RFA et de l’Italie, alors qu’un protocole prévoit l’intégration de troupes allemandes dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). On parle alors de 12 divisions et de 500 000 hommes. La RFA s’engage cependant à ne pas produire d’armes atomiques ou chimiques et à ne pas tenter de modifier ses frontières. Un point litigieux, le statut de la Sarre, est également couvert par un pacte franco-allemand prévoyant une forme d’européanisation de cette région qui obtiendrait l’autonomie politique en conservant des liens économiques avec la France. Les accords de Paris sont conclus le 23 octobre 1954 et ratifiés le 9 mai 1955. Ils créent l’Union de l’Europe occidentale (UEO), une organisation de défense et de sûreté dont le siège est situé à Londres. Les Britanniques s’engagent d’ailleurs à maintenir des troupes sur le continent, un enjeu important. L’UEO démontre surtout aux États-Unis la volonté des Européens de s’engager dans leur sécurité. Sur le plan militaire, elle ne joue qu’un rôle mineur par rapport à l’OTAN. L’Union soviétique dénonce tout de même cette initiative de réarmement de la RFA et invite les puissances à une rencontre à quatre sur la réunification de l’Allemagne. L’offre est refusée. Le 14 mai 1955, les Soviétiques et sept pays d’Europe de l’Est formeront le pacte de Varsovie prévoyant amitié, coopération et aide mutuelle entre eux. L’UEO sera dissoute en juin 2011.

Dans les médias...


Marcel Hayoul, « Autour de l’axe Paris-Bonn »

«...Après le désarroi qui a succédé au rejet par l’Assemblée Nationale Française du Traité sur l’Armée Européenne, l’Europe a donné le spectacle d’un remarquable redressement. Les démocraties occidentales ont administré une preuve que généralement les systèmes de liberté ne sont capables de produire que sous la menace de la guerre : M. Eden, M. Mendès-France et les représentants des pays qui se sont associés déjà dans la Communauté du Charbon et de l’Acier, ont mis sur pied en quelques semaines une Union de l’Europe occidentale qui remplace d’une façon très satisfaisante la C.E.D. Le nouveau système, qu’il faudra analyser en détail, constitue un très sérieux recul par rapport aux projets d’institution supra-nationale et de communauté politique qui devaient chapeauter le Traité d’Armée Européenne. Il s’agit, cette fois, d’une simple coalition et ce que l’on appelle l’assemblée ad hoc, dérivée du Traité de Bruxelles, n’est en vérité qu’un conseil d’alliés. Mais sur le plan de la défense occidentale, sur celui du retour de la République Fédérale à la souveraineté, et enfin dans le domaine de la collaboration britannique à la politique de l’Europe continentale, des progrès ont été faits qui marquent même par certains aspects une amélioration par rapport aux projets qui ont été écartés par la France. Il n’est pas exagérément optimiste de penser qu’au départ de l’Union de l’Europe occidentale, une nouvelle politique d’intégration européenne pourrait se réaliser. »

La Revue nouvelle (Belgique), novembre 1954, p. 433.

S.A., « Une page tournée »

«...Une nouvelle page de l’histoire de l’Europe et du monde a été tournée samedi. Après quatre ans de discussions parfois dramatiques, de mises en demeure, de velléités d’indépendance et de promesses non tenues, un accord a été conclu sur le réarmement de l’Allemagne. À la différence de la C.E.D., qui comptait des partisans fanatiques, il ne soulève l’enthousiasme de personne, pas même des Allemands. Une partie de l’opinion outre-Rhin n’a en effet qu’un désir très modéré de reprendre les armes. Toute la gauche redoute les conséquences sur la politique intérieure du retour en force des militaires, et les nationalistes de tous bords déplorent l’ampleur des concessions faites sur la Sarre par le chancelier Adenauer. Dans les autres pays, et plus particulièrement en France, ce n’est pas sans appréhension que l’on voit, neuf ans après la capitulation sans conditions du Reich hitlérien, une nouvelle Wermacht renaître des cendres de l’ancienne. Aux risques spécifiques du militarisme allemand s’ajoute par surcroît le fait que l’Allemagne demeure divisée et que personne ne peut prédire avec certitude l’usage qu’elle fera des armes et de l’autorité qu’on lui restitue. Ces risques n’ont cependant pas échappé aux négociateurs des accords de Paris, et il est juste de reconnaître que le chancelier n’a pas été le dernier à désirer des liens dont son pays ne puisse se défaire et des contrôles destinés à éprouver en permanence la solidité de ces liens. »

Le Monde (France), 26 octobre 1954, p. 1.

B. Girod de l’Ain, « Réflexions allemandes »

«...L’opinion allemande apparaît actuellement partagée entre la satisfaction, l’inquiétude et la perplexité. Satisfaction du fait que ces longues négociations entre l’Allemagne et l’Occident semblent toucher à leur fin, inquiétude devant les réactions soviétiques, embarras devant ces divisions qu’on lui jette comme un os alors qu’elle n’a pas l’impression de les avoir jamais demandées. Cette réaction me paraît celle de la majorité des Allemands, c’est-à-dire de la grande masse de la population qui a littéralement plébiscité le chancelier Adenauer lors des élections générales de septembre 1953. Cette attitude paraît d’autant plus intéressante que la fraction des opposants de principe à tout réarmement allemand reste très faible : une seule organisation importante, les jeunesses syndicales défend une telle position. Et c’est seulement depuis quelques mois que le parti socialiste a abandonné petit à petit sa proposition du réarmement de l’Allemagne occidentale dans le cadre du N.A.T.O. en faveur de sa thèse actuelle. C’est à la veille d’avoir ses soldats que l’Allemand se demande s’il en a réellement besoin et si d’autres tâches ne sont pas plus urgentes comme la consolidation de la démocratie et la réunification de son pays. »

Esprit (France), décembre 1954, p. 798.

Marcel Péju, « Pierre Mendès-France ou les ambiguïtés »

«...Vous voulez réarmer l’Allemagne mais vous ne m’aimez pas ? dit Mendès-France (le président du Conseil) à ses adversaires : mettez-moi donc entre parenthèses et votez les accords de Paris. Vous m’aimez bien, dit-il à ses partisans, mais ne voudriez pas réarmer l’Allemagne : oubliez un instant ce réarmement et accordez-moi la confiance. Cette bonne volonté trouve bientôt sa récompense. Aux yeux du Figaro, Pierre Mendès-France apparaît vite, sinon récupérable, du moins utilisable. Et, faisant passer le réarmement allemand grâce à l’abstention de ses ennemis, il accepte de se livrer à eux, en disant que ses amis lui reviendront comme à un moindre mal, le préférant encore au retour de Bidault (président du Conseil en 1949-1950). Reste à voir les arguments invoqués pour défendre cette politique et les conséquences qu’on en peut attendre. Les partisans des accords de Paris ont parfois des aveux étranges. Les Américains, si l’on en croit Mendès-France, furent « à deux doigts » de décider unilatéralement le réarmement de l’Allemagne. Et L. G. Robinet, léger, n’hésite pas à écrire qu’en cas de refus des accords, les Alliés l’eussent réarmée « sans nous ou même contre nous ». Rassurants alliés. Et si on leur prête si aisément l’intention de renier leur signature, quelle confiance méritent-ils lorsqu’ils garantissent ce contrôle que nos négociateurs se flattent d’avoir imposé ? »

Les Temps modernes (France), janvier-février 1955, p. 966-967.

Gouvernance et gouvernement [ 23 octobre 1954 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
ÉlevéRené CotyPierre Mendès France

Allemagne
ÉlevéTheodor HeussKonrad Adenauer

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIWinston Churchill

Italie
ÉlevéLuigi EinaudiMario Scelba

Belgique
ÉlevéBaudouin IAchille Van Acker

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1949 - 1959



mai
1949
Parution du premier tome du livre « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir

avril
1951
Signature du traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier

juin
1951
Tenue d'élections législatives en France

juin
1951
[Résultats] Élections législatives

mai
1952
Signature du traité sur la création d'une Communauté européenne de défense

octobre
1954
Création de l’Union de l’Europe occidentale

octobre
1955
Référendum sur le statut de la Sarre

janvier
1956
Tenue d'élections législatives en France

janvier
1956
[Résultats] Élections législatives

mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives


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