Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

14 décembre 2018

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10 avril 1975

Visite en Algérie du président français Valéry Giscard d’Estaing

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Houari Boumédiène

Un an après son entrée en fonction, Valéry Giscard d’Estaing devient le premier président français à effectuer une visite officielle en Algérie depuis que celle-ci a obtenu son indépendance, en 1962. Il est accueilli par celui qui préside le Conseil de la révolution algérienne depuis 1965, Houari Boumédiène.

Depuis l’indépendance de l’Algérie, en 1962, aucun président français n’a effectué une visite officielle dans ce pays. Plusieurs sujets restent brûlants, dont l’insatisfaction des Français ayant quitté l’Algérie à cette occasion qui considèrent les indemnisations reçues insuffisantes. D’autre part, la situation de l’intégration des Algériens en France, que ce soit en matière de logement, de conditions de travail ou même de violences à leur endroit, fait également l’objet de revendications. Le 27 février 1975, Valéry Giscard d’Estaing effectue d’ailleurs une visite surprise dans un bidonville de Marseille afin de démontrer la préoccupation du gouvernement pour ces problèmes. Le 10 avril suivant, il tient la promesse faite alors qu’il était ministre des Finances et se rend en Algérie à l’invitation du président du Conseil de la révolution algérienne, Houari Boumédiène. Au cours d’une réception, le président français déclare : « La France historique salue l’Algérie indépendante. » Boumédiène réagit en affirmant que « la page est tournée; l’Algérie est fille de son histoire ». D’abord tiède, l’atmosphère se réchauffe alors que les deux hommes circulent dans les rues d’Alger, Constantine et Skikda. Dans un communiqué, ils manifestent leur volonté de rapprochement et d’échanges sur le plan culturel et économique ainsi qu’un intérêt commun pour une redéfinition de « l’ordre économique international ». Dans ce communiqué, on fait savoir que « les conditions d’un dialogue fécond sont réunies pour dégager des perspectives à la mesure des potentialités et des volontés politiques de l’Algérie et de la France. » Plus tard dans l’année, Giscard d’Estaing effectuera aussi des visites au Maroc et en Tunisie. Il invite également Boumédiène à venir à Paris à une date à déterminer, mais les relations entre la France et l’Algérie ne tarderont pas à se tendre autour de la question du Sahara occidental.

Dans les médias...


Paul Bernetel, « Giscard : le choc algérien »

«...Giscard avait préparé ce voyage en professionnel. Restait toutefois l’inconnu. Le plus important : le contraste physique. Avec l’Algérie, avec les Algériens et, surtout, avec le président Boumedienne. Ça n’était pas facile. Réalistes, les Algériens n’étaient certes pas insensibles à cette première visite d’un chef d’État français, treize ans après l’indépendance. Lucides, ils en attendaient surtout un éclaircissement sur la vision politique de Giscard. Curiosité d’autant plus justifiée que, contrairement à ses prédécesseurs à l’Élysée, le président français, par nature et par tempérament n’est pas l’homme des positions tranchées. À la rencontre de Beyrouth entre le ministre Sauvagnargues et Yasser Arafat avait succédé le rendez-vous de la Martinique avec le président Ford. À l’adhésion apparente à la thèse algérienne de l’« instauration d’un nouvel ordre économique mondial », adhésion confirmée à Bangui début mars, succédait la position française dans la première phase de la conférence tripartite de Paris. Il y avait enfin le gros dossier de l’émigration. Il semble qu’on n’ait réalisé que tout récemment à Paris l’importance accordée par les autorités et le peuple algérien au sort réservé à la communauté algérienne en France. Ainsi qu’en témoignait la multiplication des banderoles, en français et en arabe, condamnant le racisme sur tous les parcours empruntés par le cortège officiel. »

Jeune Afrique (France), 25 avril 1975, p. 18-19.

Josette Alia, « Giscard et les Algériens »

«...ce n’était pas Giscard qu’elle aurait voulu. C’était de Gaulle. Ah ! de Gaulle, ç’aurait été l’éclat, le triomphe, la grande, la vraie, la seule réparation ! Difficile d’échapper à cette ombre immense et à ces réminiscences écrasantes. Lorsqu’ils se sont approchés, tendus, l’un vers l’autre – Giscard, mince et frileux dans son costume gris ; Boumediene, sobrement drapé dans les plis flottants de son burnous noir – , tous deux si différents et pourtant étrangement semblables, ils avaient en vérité le même poids sur les épaules : le poids bien lourd de l’histoire. La rencontre s’annonçait officielle, raide et guindée. Le déclic s’est produit à midi, rue Didouch-Mourad, l’ex-rue Michelet. (…) Brusquement, Alger est redevenue Alger. Des enfants ont applaudi. Les femmes ont crié. Les jeunes gens ont sauté les barrières. Et, dans un poudroiement de soleil, la foule a envahi la chaussée, bousculant policiers, motards et voitures officielles, pour s’agglomérer autour de Giscard et de Boumediene qui marchaient, enfin détendus, souriants, ravis : la partie était gagnée. Oh ! ce n’était pas la grande fête de 1962, ni le grand délire de l’accueil à Nasser, ni l’enthousiasme fou de l’accueil à Castro – depuis bien longtemps le temps des enthousiasmes est passé. Mais c’était une flambée de chaleur, une gaieté retrouvée. »

Le Nouvel Observateur (France), 14 au 20 avril 1975, p. 52.

Gouvernance et gouvernement [ 10 avril 1975 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Algérie
FaibleHouari Boumédièneinformation non-pertinente

France
IntermédiaireValéry Giscard d'EstaingJacques Chirac

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1970 - 1980



janvier
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Implantation d'une réforme agraire en Algérie

septembre
1973
Tenue d'une conférence des pays non-alignés à Alger

avril
1975
Visite en Algérie du président français Valéry Giscard d’Estaing

février
1979
Élection de Chadli Bendjedid à la présidence de l'Algérie

avril
1980
Début du «printemps berbère» en Algérie


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