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12 mai 1974

Référendum sur le divorce en Italie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Amintore Fanfani

Trois ans et demi après que les élus italiens eurent adopté une loi permettant le divorce sous certaines conditions, la population est appelée à se prononcer sur son abrogation lors d’un référendum qui se déroule le 12 mai 1974. C’est par une forte majorité de 59,3 % que les Italiens votent pour maintenir la loi.

En 1970, les parlementaires italiens se prononcent sur un premier projet de loi (Fortuna-Baslini) permettant le divorce, mais après un long processus pouvant durer 5 ans et plus. Le Sénat vote pour à 164 voix contre 150 (9 octobre), et la Chambre des députés à 319 contre 286 (1er décembre). Le pape Paul VI exprime sa déception pour cette législation, dans un pays où le catholicisme est la religion d’État depuis les accords du Latran, en 1929, et où la quasi-totalité de la population se dit catholique. Ceux qui la désapprouvent se mobilisent afin d’obtenir les 500 000 signatures nécessaires à la tenue d’un référendum national sur la question. En tout, 1,3 million de citoyens appuient cette démarche. La hiérarchie de l’Église souhaite l’abrogation, de même que des politiciens de la Démocratie chrétienne (DC), le parti au pouvoir depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et du Mouvement social italien, d’extrême droite. Pour leur part, les autres formations représentées à la Chambre, dont le Parti communiste, le Parti socialiste et le Parti socialiste démocratique, ainsi que des voix dissidentes au sein du clergé militent pour le maintien de la loi. Entre 1970 et 1974 on aurait enregistré près de 70 000 divorces en Italie, un nombre inférieur à ce que plusieurs anticipaient. Le référendum tenu le 12 mai 1974 se solde par la victoire du Non à 59,3 %, donc des partisans du maintien de la loi. Même si celle-ci est encore une des plus restrictives en Europe, il s’agit d’une défaite importante pour la DC et son secrétaire, Amintore Fanfani, ainsi que d’un recul pour la hiérarchie catholique. Au fil des ans, les dispositions de la loi seront modifiées à plusieurs reprises, notamment pour réduire les délais précédant l’obtention d’un divorce. En 2011, près de la moitié des mariages en Italie se terminent par une séparation (31 %) ou un divorce (18 %). L’Irlande sera le dernier pays européen à légaliser le divorce en 1996.

Dans les médias...


Roger-Xavier Lantéri, « Une victoire posthume de Jean XXIII »

«...Pendant toute la campagne, les maréchaux de la démocratie-chrétienne, serrés autour du centriste Mariano Rumor, qui représente la masse du parti, ont laissé la rampe à M. Fanfani, le mini-de Gaulle, comme ils disent avec un mélange de crainte et de mépris. Aujourd’hui, ils peuvent sortir de la réserve. Ou ouvrir leurs portes aux chefs dissidents de l’Action catholique, souvent des syndicalistes, qui ont fait campagne avec la gauche. Ensemble, ils peuvent songer à donner enfin à l’État la stabilité qui lui fait défaut pour le sauver de la banqueroute économique, de la criminalité politique, des scandales à répétition. Et ils peuvent songer à réviser le Concordat et atteindre le but fixé par Cavour dans son testament : une Église libre dans un État libre. Mais, pour y parvenir, il faudrait que le clergé se dépouille des vêtements idéologiques du XIXe siècle et mette à l’index le vieux « Syllabus » de Pie IX. Et il faudrait que Paul VI se souvienne qu’il est le successeur de Jean XXIII, et non plus le secrétaire de Pie XII. »

L’Express (France), 20 au 26 mai 1974, p. 71.

Ettore de Giorgis, « L’Italie : fin d’une chrétienté »

«...La victoire du 12 mai, à laquelle ils ont apporté une contribution décisive, a été accueillie par les « catholiques démocratiques » sans triomphalisme, mais avec une satisfaction légitime. Au-delà du résultat, le succès de leur mouvement, qui a été l’événement le plus important de la vie italienne ces dernières années, a démontré que le ferment du Vatican II, après une période d’hibernation de presque dix ans, a donné ses fruits, et qu’à côté d’un catholicisme de parade qui va s’effaçant, il y a un nouveau style, plus exigeant et plus cohérent, d’être chrétien, un style biblique, moins monolithique, plus ouvert sur les réalités du monde. Si la France a eu son Mai 68, l’Italie a eu son 12 mai 1974 ; cela est vrai pour tous ceux qui ont mené cette bataille de la liberté, mais cela est doublement vrai pour les catholiques qui, après les espoirs du Concile et les désillusions de l’après-Concile, ne peuvent que ressentir la fierté d’être sortis d’un état de minorité. D’autant plus que l’affirmation des « catholiques démocratiques » a précipité au sein de la D.C. une crise d’identité qui couvait depuis longtemps. »

Esprit (France), septembre 1974, p. 295.

Marcelle Padovani, « La prise de la Bastille »

«...Avec ce référendum, un monde vient de s’achever ; la fille privilégiée de l’Église s’est rebellée contre l’Église et contre sa « prepotenza », sa volonté de pouvoir ; le parti des catholiques, enfin, a perdu le fondement de son unité (quel leader démo-chrétien pourra désormais dire qu’il parle au nom des catholiques ?). Les chrétiens du « non » sont légion, en effet, et on peut dire que, puisqu’ils ont pris position publiquement pour le divorce, ils ont sauvé l’honneur d’une Église qui n’avait pas su se rendre compte que le pays et les temps avaient changé. Certains pensent qu’il faudra maintenant réviser les accords du Latran de 1929, qui établissent un concordat entre le Vatican et l’État italien. Le 13 mai 1974, c’est vraiment le début d’une révolution. C’est aussi le début d’une crise politique à l’intérieur de la coalition gouvernementale. À quelles conditions les socialistes, les social-démocrates, les libéraux pourront-ils continuer de collaborer avec cette démocratie chrétienne qui a cruellement mordu la poussière ? Un déplacement à gauche du gouvernement est désormais prévisible, comme est prévisible la définition d’une nouvelle politique économique. »

Le Nouvel Observateur (France), 21 mai 1974, p. 42-43.

S.A., « Victory for Modernity »

«...Throughout the heated campaign, the moral and legal issue of divorce was often overshadowed by the political battle between the two sides. In an odd amalgam of forces, the Christian Democrats found themselves aligned with the neo-Fascist M.S.I. in opposing divorce. Just as awkwardly, the Socialists, Social Democrats and Republicans (who have been partners with the Christian Democrats since 1963 in Italy’s string of center-left Cabinets) sided with the Communists in support of the law. Because of this lineup, the issue, for many voters, evolved into a classic contest of right v. left. The referendum vote was a disaster for the neo-Fascists and a major setback for the church-backed Christian Democrats. The election results will likely weaken the already fragile two-month-old coalition government (Italy’s 36th since the war) headed by Christian Democratic Premier Mariano Rumor. Though Rumor himself kept clear of the referendum, he will now be susceptible to pressures from his Socialist coalition partners. They might try to exploit their victory on divorce – the 1970 law was proposed by Socialist Deputy Loris Fortuna – by demanding more low-cost housing, better schools and hospitals, and increased investment in Italy’s underindustrialized south. »

Time (édition canadienne), 27 mai 1974, p. 42.

Gouvernance et gouvernement [ 12 mai 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéGiovanni LeoneMariano Rumor

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1969 - 1979



octobre
1970
Création des Brigades rouges en Italie

mai
1972
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giulio Andreotti

mai
1972
[Résultats] Élections législatives

mai
1974
Référendum sur le divorce en Italie

juin
1976
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giulio Andreotti

juillet
1976
[Résultats] Élections législatives

juin
1977
Annonce d'un accord entre les principales formations politiques italiennes

mars
1978
Enlèvement d'Aldo Moro à Rome

août
1978
Décès du pape Paul VI

juin
1979
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Francesco Cossiga

juin
1979
[Résultats] Élections législatives


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