Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

13 novembre 2018

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25 juin 1991

Proclamation d’indépendance de la Slovénie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Milan Kucan

Après que les Slovènes se soient prononcés très majoritairement en faveur de l’indépendance lors d’un référendum tenu le 23 décembre 1990, celle-ci est proclamée le 25 juin 1991. Cet événement est suivi par une intervention militaire serbe, puis par l’accord de Brioni, le 7 juillet, qui confirme la fin des hostilités.

Les tensions entre les États de la République fédérative socialiste de Yougoslavie s’accentuent après la mort du maréchal Tito (Josip Broz), qui a dirigé le pays de la Seconde Guerre mondiale au 4 mai 1980. Le nationalisme serbe favorisé par le pouvoir central de Belgrade accentue ces tensions à la fin des années 1980. C’est le cas en Slovénie où l’on ne compte que peu de Serbes, contrairement à d’autres États comme la Croatie ou la Bosnie-et-Herzégovine. Lors d’un référendum tenu le 23 décembre 1990, les Slovènes votent à 94,8 % pour l’indépendance. Celle-ci est proclamée le 25 juin 1991. Entre ces deux dates, le gouvernement de la Slovénie, un État de 2 millions d’habitants situé dans le nord-ouest de la Yougoslavie, se prépare en vue d’une intervention militaire possible de l’Armée fédérale yougoslave. Elle survient peu après la proclamation d’indépendance. Les Slovènes optent pour la résistance, en évitant les confrontations directes et en privilégiant une stratégie de guérilla. Après environ 10 jours de combats, qui font des dizaines de morts et quelques centaines de blessés, les hostilités cessent. Le 7 juillet, un accord est conclu à Brioni, des îles croates situées dans l’Adriatique. Le président slovène, Milan Kucan, le président du gouvernement fédéral yougoslave, Ante Markovic, et le président croate, Frnajo Tudman, s’entendent pour la suspension des actions allant vers l’indépendance au cours des trois prochains mois. Pour sa part, Belgarde accepte de retirer ses troupes de Slovénie, alors que des prisonniers de guerre sont libérés et que la souveraineté de la police et de l’armée slovènes est reconnue sur le territoire. La Slovénie réaffirmera son indépendance le 8 octobre, soit trois mois après l’accord de Briano. L’Union européenne (15 janvier) et les Nations unies (22 mai) la reconnaîtront en 1992.

Dans les médias...


Jean-Marc Gonin, « Yougoslavie : la liberté ou le chaos »

«...L’armée yougoslave a tué la Yougoslavie. En lançant une attaque brutale et disproportionnée contre la Slovénie rebelle, les généraux de Belgrade ont provoqué l’effet contraire de ce qu’ils espéraient. Pour eux, la crise se solde par une triple débâcle : militaire, politique et internationale. Le gouvernement slovène, lui, a vu son intrépidité plus que récompensée. Les responsables de Ljubljana, soudés autour de leur téméraire président, Milan Kucan, peuvent d’ores et déjà fêter la victoire : la Slovénie a virtuellement quitté l’orbite de Belgrade. Mais à quel prix ? (…) L’intervention menée dans le nord du pays rappelle au monde les pages les plus sombres du stalinisme et du brejnévisme réunis. Comme un mauvais souvenir, les images de Budapest 1956 et de Prague 1968 défilaient à nouveau sur les écrans cathodiques de la planète. Des chars de fabrication soviétique défonçant des barrages de fortune sous le regard haineux des habitants de Ljubljana; des Mig piquant sur des colonnes de poids lourds entravant les routes de Slovénie. Tout cela pour remettre au pas une population qui avait démocratiquement décidé, par référendum, de proclamer son indépendance. »

L’Express (France), 12 juillet 1991, p. 8.

Michel Marian, « Slovénie : le temps des responsabilités »

«...La Slovénie a fourni l’occasion de la première reconnaissance solennelle, quoique indirecte, de nations hier encore privées de personnalité diplomatique. Il y a eu un accélérateur slovène dû, très simplement, au choix assumé par les autorités de Ljubljana, en faveur de la confrontation armée. Ce choix, que la Lituanie avait refusé, a privé l’Occident des ambiguïtés et des paris optimistes sur des calendriers de transition étirée, auxquels l’autorisait la stratégie balte de résistance passive. Un frémissement romantique a pu parcourir pour la première fois depuis longtemps les opinions publiques. Un sentiment de solidarité s’est exprimé vis-à-vis d’une résistance armée, mais de la résistance d’un gouvernement élu face à une armée de l’ancien système. L’image d’une lutte d’émancipation nationale était d’autant plus nette que la Slovénie est homogène, qu’elle n’est pas contiguë à la Serbie ni tourmentée vis-à-vis d’elle d’un lourd contentieux historique. La pureté du modèle, au-delà des gains immédiats obtenus par les Slovènes en termes de garantie internationale, a crédibilisé les thèses indépendantistes présentes dans les pays de l’Est et les a élevées en dignité, au-delà du simple droit à la méfiance devant les incertitudes de la politique gorbatchévienne. »

Esprit (France), septembre 1991, p. 118.

Pierre Blanchet, « Le baptême sanglant de la Slovénie »

«...si l’armée yougoslave avait envahi en bloc la Slovénie, il est vraisemblable que les 30 000 hommes de la défense territoriale slovène n’auraient pu résister. Seulement voilà : ce n’est politiquement pas possible. Et les généraux de Belgrade pensaient que quelques milliers d’hommes et quelques dizaines de chars suffiraient à entrer dans la petite république come dans du beurre. Surprise : équipés d’armes légères toutes nouvelles et de lance-roquettes antichars britanniques, les territoriaux de la République slovène ont résisté, avec la complicité de toute la population. Résultat : les troupes yougoslaves ont été prises dans une véritable nasse. Durant trois jours, nous avons sillonné la Slovénie de part en part : chaque route, chaque carrefour, chaque pont était bloqué par des dizaines de camions que leurs conducteurs avaient prêtés. (…) Ainsi, dans un premier temps, les militaires ont dû assister, impuissants, à ce qui restera dans les mémoires, quoi qu’il arrive, comme la véritable naissance de la République slovène. La petite Slovénie indépendante avait besoin d’un baptême : elle l’a eu avec cette guerre qui l’oppose à l’armée yougoslave. »

Le Nouvel Observateur (France), 4 au 10 juillet 1991, p. 44.

Marcel Péju, « Adieu Yougoslavie? »

«...En proclamant unilatéralement leur indépendance, le 25 juin, la Slovénie et la Croatie n’ont pas seulement signé l’arrêt de mort de la Yougoslavie, telle qu’elle existait depuis soixante-treize ans. Elles ont allumé, dans des Balkans qui en avaient perdu l’habitude, la mèche d’un chapelet de bombes que seule une nouvelle formule d’association pourrait retenir d’exploser. Même si, formellement, les « rébellions » simultanées de ces deux républiques sont du même ordre, le cas de la Slovénie doit être distingué de celui de la Croatie. Périphérique et ethniquement homogène, sans conflits intérieurs, la première, en partant, ne pose au reste de l’ex-fédération qu’un problème économique : avec seulement 8 % de la population yougoslave, elle assurait 25 % de son produit national brut et 30 % de ses exportations en devises fortes. Mais elle entend d’autant moins rompre ses liens commerciaux avec les autres républiques que celles-ci constituent son marché principal. Sauf blocus décidé par le « centre » (mais lequel?), qui ne serait de l’intérêt de personne, un compromis devrait donc être trouvé. Dans cette perspective, les dirigeants slovènes se sont d’ailleurs déclarés prêts à assumer une part de la dette extérieure yougoslave proportionnelle au revenu national de leur république. »

Jeune Afrique (France), 3 au 9 juillet 1991, p. 32.

Gouvernance et gouvernement [ 25 juin 1991 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Slovénie
ÉlevéMilan KucanLojze Peterle

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1981 - 2001



juin
1991
Proclamation d’indépendance de la Slovénie

mai
1992
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