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11 novembre 1965

Proclamation unilatérale d’indépendance de la Rhodésie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ian Smith

Deux ans après la dissolution de la Fédération de Rhodésie et Nyassaland dont elle faisait partie, la Rhodésie proclame unilatéralement son indépendance du Royaume-Uni le 11 novembre 1965. Cette décision du gouvernement, qui est contrôlé par la minorité blanche, n’est cependant pas reconnue par les Britanniques qui imposent des sanctions.

À sa création, le 10 août 1953, la Fédération de Rhodésie et Nyassaland (FRN) regroupe le Nyassaland ainsi que la Rhodésie du Nord et du Sud. Ces colonies britanniques d’Afrique australe ont de fortes majorités noires. Le mouvement vers l’indépendance, qui souffle sur l’Afrique, s’y affirme au début des années 1960. Après des discussions avec le Royaume-Uni, la FRN est dissoute le 31 décembre 1963. Puis, le Nyassaland devient le Malawi (6 juillet 1964) et la Rhodésie du Nord la Zambie (24 octobre 1964). La situation est plus tendue en Rhodésie du Sud. Le gouvernement du Front rhodésien, au pouvoir depuis décembre 1962, souhaite aussi l’indépendance, mais il s’oppose à la volonté de Londres de ne l’accorder que si la majorité noire, soit plus de 90 % de la population, est traitée équitablement sur le plan social et politique (No Independence Before Majority Rule). Ce qui n’est pas le cas. Ian Smith, qui accède au poste de premier ministre le 13 avril 1964, rejette cette exigence. Il veut l’indépendance, mais pas avec une intégration raciale « forcée » des Noirs. D’ailleurs, la répression à l’endroit des mouvements nationalistes noirs, qu’il qualifie de communistes, s’accentue. Une lutte armée avec eux, la Bush War ou second Chimurenga, s’engage. Un référendum, auquel ne participent à peu près que des Blancs, se solde le 5 novembre 1964 avec une majorité écrasante de 90 % en faveur de l’appui à l’indépendance (65 000 votes en tout). Réélus facilement le 7 mai 1965, Smith et le Front rhodésien font proclamer l’indépendance unilatéralement le 11 novembre 1965. Elle est suivie par une nouvelle Constitution. Ces gestes sont déclarés illégaux par le gouvernement travailliste britannique de Harold Wilson ainsi que les Nations unies qui ne les reconnaissent pas. Des sanctions économiques sont imposées sur le pétrole, mais la Rhodésie pallie avec l’appui d’autres pays. C’est le cas de l’Afrique du Sud qui pratique aussi une politique de ségrégation raciale. Des discussions auront lieu au cours des années suivantes entre Smith et Wilson, mais sans avancées majeures.

Dans les médias...


S.A., « Rhodésie : Rébellion contre la Couronne »

«...Pour les colons de Salisbury, le coup peut être rude (sanctions britanniques). Les réserves monétaires rhodésiennes, environ 23 millions de livres, sont presque uniquement placées à Londres : elles y sont désormais bloquées. Le tabac et le sucre, principales ressources exportables de la colonie, ne pourront plus être écoulés à prix préférentiels sur les marchés du Commonwealth. Et la Rhodésie se voit interdire le recours aux capitaux britanniques. Les planteurs, habitués à faire appel fréquemment à leur banque londonienne pour des prêts à court terme en attendant l’écoulement de leur récolte, seront les premiers lésés. (…) À Salisbury, l’opinion des colons blancs, ministres et hommes de la rue, est que les sanctions économiques, si dures soient-elles sur le papier, ont toujours, dans l’Histoire, démontré leur inefficacité. Et les farouches supporters du « Rhodesian Front », le parti de M. Ian Smith, mettent leurs espoirs dans la formation, en Afrique méridionale, d’un ensemble cohérent, Rhodésie, Afrique du Sud, Mozambique et Angola portugais, où l’homme blanc pourra défendre, au besoin par les armes, « l’héritage européen et chrétien ». »

L’Express (France), 15 au 21 novembre 1965, p. 37.

Pierre Chauleur, « La Rhodésie se proclame indépendante »

«...Ce qui est grave, c’est que les Européens de Rhodésie ont bonne conscience. Ils témoignent, d’ailleurs, aux Africains une certaine bienveillance qui rappelle celle des planteurs de la Louisiane, au temps de la case de l’Oncle Tom. Mais l’homme ne vit pas seulement de pain. Le cercle dans lequel ils s’enferment empêche les Rhodésiens d’écouter la rumeur qui, peu à peu, s’élève des foules. L’instruction que le gouvernement rhodésien dispense dans ses écoles et ses universités fera germer, sans qu’il s’en aperçoive, les ferments d’une rébellion. Et un jour, brusquement, une révolution aveugle détruira un édifice qui semblait inébranlable. (…) Ce n’est pas à dire que, du jour au lendemain, il soit possible et souhaitable de mettre en application en Rhodésie une démocratie de type occidental. L’instauration d’un régime démocratique sur la base que réclame M. Josuah Nkomo – « One Man, One Vote » - est une vue de l’esprit qui, si elle était traduite sans délai dans les faits, serait une erreur politique et conduirait à un désastre économique. Le niveau de vie des Africains eux-mêmes en serait affecté sérieusement. Mais il faut prépare méthodiquement, dans un temps raisonnable, l’accès des Africains à l’exercice des droits politiques. Cela exige en priorité une campagne d’éducation, sans laquelle la coexistence des races serait impossible, car la cause essentielle de l’anarchie dans les pays sous-développés qui sont promus à l’indépendance est l’ignorance des masses. Il y faudrait une aide technique et financière importante et aussi un examen de conscience des Européens.»

Études (France), janvier 1966, p. 58.

Guy de Bosschère, « Le pari rhodésien »

«...Le pouvoir « légal » de Londres et le gouvernement « rebelle » de Salisbury ne sont pas seuls en présence, et un grand nombre de puissances ou de collectivités s’estiment concernées, à des titres divers, par « l'affaire » rhodésienne : les oppositions blanche et nationaliste africaine en Rhodésie, les gouvernements africains, l’O.U.A., l’O.N.U., ainsi que les outsiders américain et soviétique, voire français. Il est visible que la Grande-Bretagne tente de conserver le contrôle de la situation. Ses rejets successifs de la proposition ivoirienne à l’O.N.U. et de l’ultimatum de l’O.U.A., ainsi que sa décision d’envoyer des formations militaires (de l’air et de terre) en Zambie, pour protéger le barrage de Kariba (situé à la frontière, en territoire rhodésien), indiquent clairement qu’elle n’entend tolérer, dans ce conflit « privé », ni l’intervention stratégique des États africains, ni celle d’une éventuelle force armée des Nations-Unies. Les intérêts miniers en jeu constituent l’une des raisons de son intransigeance. Londres ne tient guère, manifestement, à brusquer les choses. Washington partage ce point de vue, estimant prématuré, vu l’état d’effervescence actuel de l’Afrique, de faire sauter à la dynamite le « verrou de sécurité » rhodésien. »

Esprit (France), janvier 1966, p. 7.

S.A., « Independence Day? »

«...The step that was taken in Salisbury, Rhodesia, last week seemed so rash, so contrary to the course of modern history that few believed the government would go through with it. Yet as Rhodesians, black and white, gathered around radios in stores and bars, in villages and detention camps, on rich farms, in towns and cities, they heard the flat, droning nasal voice of the British colony’s Prime Minister Ian Douglas Smith declare their African land independent of mother Britain. The last time a British colony made such a move was in 1776, and Ian Smith tried to give a tone of high morality to the decision by borrowing blatantly from the American Declaration of Independence. « Whereas, in the course of human affairs, » began Smith …but at this point the fiction collapsed. He did not declare « that all men are created equal, » or « that they are endowed by their Creator with certain inalienable Rights…» He could not. For there was no trace of idealism in the seizure of power by Smith and his supporters. Their aim was to perpetuate the restrictive rule of a white minority population of 217,000 over a 4 million black majority and they made their decision in outright defiance of the British Government and of the opinion of almost every other nation in the world. »

Newsweek (États-Unis), 22 novembre 1965, p. 50.

Gouvernance et gouvernement [ 11 novembre 1965 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Zimbabwe
Intermédiaireinformation non-pertinenteinformation non-pertinente

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIHarold Wilson

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1955 - 1975



novembre
1965
Proclamation unilatérale d’indépendance de la Rhodésie


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