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5 juin 1975

Référendum au Royaume-Uni sur le maintien de l’adhésion à la Communauté économique européenne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Harold Wilson

Deux ans après leur adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), le 1er janvier 1973, les Britanniques sont invités le 5 juin 1975 à se prononcer par référendum sur leur volonté de demeurer ou non au sein de cette organisation. Le camp du Oui remporte une victoire convaincante avec un résultat de 67,2 %.

Un vote majoritaire de la Chambre des communes, le 28 janvier 1971, avait suffi à enclencher le processus d’adhésion du Royaume-Uni à la CEE. Il aboutit le 1er janvier 1973. En février 1974, le gouvernement travailliste d’Harold Wilson succède à celui des conservateurs d’Edward Heath. Après avoir été réélus majoritairement le 10 octobre 1974, les travaillistes donnent suite à un engagement électoral : celui de permettre aux Britanniques de se prononcer par référendum sur leur adhésion à la CEE, à la suite de nouvelles négociations. Celles-ci mènent à une entente à Dublin, le 11 mars 1975. Ce référendum, le premier sur le plan national au Royaume-Uni, n’est pas contraignant. Bien que favorable au statu quo, le premier ministre Wilson s’engage toutefois à respecter le verdict de la population. Son propre parti est profondément divisé sur la question. Sept des 23 ministres du gouvernement, dont Tony Benn (Industrie) et Michael Foot (Emploi), souhaitent sortir de la CEE. Il en va de même d’une majorité de la députation travailliste et du Comité exécutif du parti qui, le 26 avril, appuie cette idée. Ceux-ci s’inquiètent, entre autres, d’une possible hausse du prix des produits agricoles et de la perte de souveraineté du Royaume-Uni. Face à eux, d’influents ministres travaillistes, les députés de l’autre grand parti en chambre, les conservateurs de Margaret Thatcher, ainsi que les libéraux militent pour le maintien au sein de la CEE. Le 5 juin 1975, les Britanniques choisissent cette option à 67,2 %. Le soutien le plus fort vient d’Angleterre (68,7 %) et le plus faible d’Irlande du Nord (52,1 %). Seulement 2 comtés sur 68, les deux situés en Écosse, votent majoritairement pour le retrait. Wilson considère que ce résultat clôt le débat sur cette question. Il constitue aussi une victoire politique pour lui puisque, malgré quelques divisions, les opposants travaillistes se rallient au vœu de la majorité.

Dans les médias...


Olivier Todd, « Grande-Bretagne : l’Europe à la courte paille »

«...En vérité, psychologiquement, quelques citoyens ne se rendaient pas vraiment compte que la Grande-Bretagne faisait partie du Marché commun. Si le menu peuple vote « oui » ce sera aussi parce qu’il déteste le changement. On y est, on y reste. Et aussi parce qu’il a maintenant pris conscience que, pour ces foutus étrangers, those bloody foreigners, le Royaume-Uni est une espèce d’Italie – en pis. Hosannah, les Britanniques se voient à travers les miroirs des journaux étrangers, régulièrement cités par la presse et la télévision nationales. La nouvelle image de la Grande-Bretagne ? Une nation pauvre, instable, paresseuse, ingouvernable, pourrie par les grèves : une méduse échouée sur une plage de l’histoire, alors qu’en pleine mer avancent la baleine allemande et le requin français. (…) En 1975, enfin, après une dizaine d’allers et retours, Wilson a décidé de prôner, lui le « oui ». Il affirme glorieusement qu’il a « renégocié l’entrée de la Grande-Bretagne ». Comme si tout n’était pas constamment remis en discussion à Bruxelles ! Wilson espère passer à l’histoire : il sera l’homme qui a solidement relié son pays au continent – sans le tunnel sous la Manche, hélas ! »

Le Nouvel Observateur (France), 2 juin 1975, p. 38.

Christian d’Éperoux, « L’échéance de M. Wilson »

«...La bataille n’a pas seulement coûté des millions de livres, elle a paralysé la vie politique du pays et empêché son gouvernement d’administrer le traitement de choc indispensable. Fastidieuse litanie de ses infirmités prolongées : la livre au plus bas, l’industrie affaiblie par les conflits sociaux, la hausse vertigineuse des salaires, les exigences soutenues des syndicats, le mécontentement des classes moyennes à la traîne ont créé une situation semi-anarchique dont ne pourront se satisfaire les partenaires de la Grande-Bretagne, aujourd’hui décidée, semble-t-il, à accepter une discipline commune. Les connaisseurs ont apprécié les finesses de M. Wilson, ils attendent aujourd’hui qu’il donne sa vraie mesure. La défaite des « antis » - dont les chefs de file étaient aussi les avocats de la société socialiste – lui laisse à peu près les mains libres. Le « oui » à l’Europe est un refus des extrêmes, alliés contre nature sur les tréteaux du « non » : non à M. Benn et aux rebelles du cabinet travailliste, non aux ultra-nationalistes de M. Enoch Powell et à l’extrême droite du National Front. »

L’Express (France), 9 au 15 juin 1975, p. 44.

Dominique Lagarde, « Dire oui, est-ce trouver le bonheur ? »

«...Ceux qui sont favorables au maintien de la Grande-Bretagne dans le Marché commun – c’est le cas notamment des industriels les plus modernes – espèrent aussi que les nécessités d’une concurrence plus directe obligeront les industriels britanniques à renouveler leur matériel pour être plus compétitifs. Mais c’était déjà la thèse des pro-Européens avant la première adhésion au Marché commun et, au lieu du boom attendu sur les investissements, on a vu la finance britannique s’intéresser, par exemple, à l’industrie alimentaire française ou la grande chaîne d’habillement Marks and Spencer s’installer boulevard Haussmann à Paris. Cela ne signifie pas que l’Europe n’aura pas un impact positif sur l’économie britannique. Elle pourra en particulier bénéficier du fonds de développement régional ainsi que de tarifs plus avantageux pour ses importations de céréales, les cours européens étant plus bas que les cours mondiaux. Mais, sans une réforme des structures, cet effet ne sera pas décisif. »

Jeune Afrique (France), 20 juin 1975, p. 39.

S.A., « Saying ‘Yes’ to Europe »

«...For Prime Minister Harold Wilson, who had staked his political future on the referendum, the vote was a resounding personal triumph. Indeed, London’s pro-Labor Daily Mirror suggested that Wilson may now become « the most powerful peacetime Prime Minister of the century. » (…) The Prime Minister tried to keep the national temper cool by his deliberately low-key championship of the Common Market cause; he almost seemed intent on boring his countrymen into voting yes. The referendum campaign nevertheless caught fire in its final days, generating as much confusion as clarity. Pro- and anti-Marketeers continued to engage in what the Duke of Edinburgh called a « bout of statisticuffs. » Each side drew upon the same meager data to make contradictory claims about the impact of EEC membership upon the British economy. While anti-Europeans argued that a yes vote would be the death knell for British sovereignty, former Prime Minister Edward Heath, a tireless pro-Europe campaigner, hailed the EEC as a peace bond between France and Germany; he appeared to imply that if Britain withdrew, Europe’s traditional archfoes might soon have another go at one other. »

Time (édition canadienne), 16 juin 1975, p. 27.

Gouvernance et gouvernement [ 5 juin 1975 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIHarold Wilson

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1970 - 1980



mars
1970
Proclamation de la République de Rhodésie

juin
1970
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement conservateur dirigé par Edward Heath

juin
1970
[Résultats] Élections législatives

janvier
1972
Déclenchement d'une grève des mineurs au Royaume-Uni

mars
1972
Suspension du Parlement d’Irlande du Nord et entrée en vigueur de l’administration directe par Londres

janvier
1973
Entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark dans la CEE

février
1974
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

février
1974
[Résultats] Élections législatives

octobre
1974
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

octobre
1974
[Résultats] Élections législatives

juin
1975
Référendum au Royaume-Uni sur le maintien de l’adhésion à la Communauté économique européenne

juin
1976
Proclamation de l'indépendance des îles Seychelles

décembre
1977
Remise du prix Nobel de la paix à Amnistie internationale

mai
1979
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement conservateur dirigé par Margaret Thatcher

mai
1979
[Résultats] Élections législatives

août
1979
Attentats contre des cibles britanniques revendiqués par l'ARIP


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