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2 mars 1970

Proclamation de la République de Rhodésie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Ian Smith

Cinq ans après leur déclaration unilatérale d’indépendance du Royaume-Uni, les dirigeants de la Rhodésie, un État d’Afrique australe, proclament la République le 2 mars 1970. Cette annonce est suivie par la victoire électorale du Front national (FN) d’Ian Smith qui pratique une politique discriminatoire à l’endroit de la majorité noire.

La proclamation unilatérale d’indépendance de la Rhodésie, le 11 novembre 1965, provoque des tensions avec le Royaume-Uni. Les Britanniques et plusieurs autres gouvernements ne reconnaissent pas la Rhodésie où la minorité blanche pratique une politique discriminatoire à l’endroit de la majorité noire. Malgré des négociations entre le premier ministre britannique, Harold Wilson, et son homologue rhodésien, Ian Smith, il n’y a pas d’avancée significative. Au printemps 1969, le gouvernement de Salisbury invite les citoyens à se prononcer sur un projet de Constitution et la création d’une république, mettant ainsi fin au lien avec le Royaume-Uni. Ce projet prévoit le maintien d’un système électoral discriminant contre les Noirs. Sur les 66 sièges du Parlement, 50 sont déterminés par des électeurs de descendance européenne, avec d’autres critères d’éligibilité restrictifs, comme les revenus ou les propriétés. Les 16 restants sont réservés à l’électorat africain, dont 8 choisis par un collège électoral formé de chefs de tribus. Le 20 juin, les Rhodésiens éligibles à voter se prononcent à 72,5 % pour la nouvelle Constitution et à 81 % pour la république. Celle-ci est proclamée le 2 mars 1970. Officier administrateur du gouvernement depuis 1965, Clifford Dupont devient le chef d’État de ce régime présidentiel. L’homme fort du régime demeure néanmoins le premier ministre Ian Smith. Le 10 avril, le FN de Smith balaie les 50 sièges déterminés par les électeurs de descendance européenne, les autres étant comblés par des partis d’opposition. La contestation à l’internationale se poursuit, notamment au Royaume-Uni. Le 18 mars, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte d’ailleurs une résolution favorable à la rupture des liens diplomatiques et économiques avec les Rhodésiens. Des ouvertures démocratiques ne surviendront qu’à la fin des années 1970, peu avant que la Rhodésie ne devienne le Zimbabwe.

Dans les médias...


Ibrahima Signaté, « La Rhodésie se travestit en « république »

«...En fait, la Rhodésie, depuis bien longtemps déjà, était devenue une république de facto. La dernière décision des racistes rhodésiens ne change fondamentalement rien à la situation. Elle ne constitue qu’un défi de plus. C’est comme telle, d’ailleurs, qu’elle a été accueillie par l’opinion et les responsables africains. (...) C’est de la détermination et de l’aptitude à s’organiser des nationalistes rhodésiens que dépend désormais l’issue de cette affaire. Aujourd’hui encore, le rapport des forces en Rhodésie est sans conteste, hélas, encore en faveur de Ian Smith. (…) En tout état de cause, ce nouveau et dernier défi rhodésien aura au moins ce mérite (si l’on peut dire) de placer chacun (États africains, nationalistes, grandes puissances) devant ses responsabilités. Au point où en sont arrivées les choses, aucun faux-fuyant n’est plus permis. Les nationalistes ont considéré comme un signe encourageant les conclusions de la conférence de Khartoum, groupant quatorze pays de l’Afrique centrale et orientale. Les participants ont en effet estimé que « hors la lutte armée il n’y avait point de salut pour les pays africains sous tutelle ». »

Jeune Afrique (France), 17 mars 1970, p. 25.

Roger-Xavier Lanteri, « Rhodésie : Smith Dupont & Co. »

«...À 50 ans, M. Smith a réalisé le rêve de sa vie : donner à son pays une Constitution qui garantit la suprématie blanche au moins jusqu’au XXIe siècle. (...) Pour l’instant, M. Smith songe surtout à la reconnaissance diplomatique. Londres a fait prier les treize consulats étrangers de Salisbury de fermer leurs portes. La Norvège et le Danemark obéissent, l’Afrique du Sud refuse. Les États-Unis et neuf autres pays (dont la France) font la source oreille : « C’est qu’à Washington, note un commentateur, le chrome pèse lourd. » Furieux, les pays africains réclament l’usage de la force contre M. Smith. Mais M. Richard Nixon ne leur a pas laissé d’espoir. « Bien que nous détestions le racisme des régimes blancs, a-t-il dit le mois dernier dans son message sur l’état du monde, nous ne pouvons admettre que l’évolution de l’Afrique australe se fasse par la violence. »

L’Express (France), 9 au 15 mars 1970.

S.A., « Rhodesia : Birth of a Nation »

«...Addressing a group of American newsmen, Smith declared : « Sixty years ago, these people were uncivilized-I don’t want to be unkind- savages, walking around in skins. They have made great strides but they still have a long way to go. » Smith’s remarks did not cause the slightest ripple in Rhodesia. But abroad, the birth of the new nation touched off a diplomatic tug of war that put a considerable strain on the Nixon Administration’s emerging policy toward Africa. At issue was the status of the U.S. Consulate in Salisbury, one of a dozen such outposts maintained by Western countries in the Rhodesian capital. Formerly, it had been accredited to the representative of the British Crown. But with Rhodesia’s transition to the status of a full-fledged republic, Acting President Clifford Dupont became the Chief of State. From both Britain and Black Africa came demands for a U.S. pullout. « It’s not just a matter of leaving a consulate in Salisbury, but a symptom of a deeper thing, » said a Tanzanian official. « If America wants seriously to convince Black Africa it has any community of interest with us, it will have to make some tough decisions. »

Newsweek (États-Unis), 16 mars 1970, p. 56.

Gouvernance et gouvernement [ 2 mars 1970 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIHarold Wilson

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1965 - 1975



mars
1966
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

mars
1966
[Résultats] Élections législatives

novembre
1966
Proclamation de l’indépendance de la Barbade

mars
1970
Proclamation de la République de Rhodésie

juin
1970
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement conservateur dirigé par Edward Heath

juin
1970
[Résultats] Élections législatives

janvier
1972
Déclenchement d'une grève des mineurs au Royaume-Uni

mars
1972
Suspension du Parlement d’Irlande du Nord et entrée en vigueur de l’administration directe par Londres

janvier
1973
Entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark dans la CEE

février
1974
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

février
1974
[Résultats] Élections législatives

octobre
1974
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

octobre
1974
[Résultats] Élections législatives

juin
1975
Référendum au Royaume-Uni sur le maintien de l’adhésion à la Communauté économique européenne


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