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10 mars 2017

Destitution de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Park Geun-Hye

Donnant suite au vote des parlementaires, le 9 décembre 2016, la Cour constitutionnelle sud-coréenne valide la destitution de la présidente Park Geun-hye, le 10 mars 2017. Le premier ministre Hwang Kyo-ahn assumera l’intérim à la tête de l’État en attendant qu’une nouvelle élection soit tenue, le 9 mai.

Fille de l’ex-président autoritaire Park Chung-hee (1961-1979), Park Geun-hye devient députée à partir de 1998. Elle dirige le Grand Parti national, puis le parti Saenuri, une formation conservatrice, à partir de 2012. Faisant campagne sur des réformes économiques et un projet de justice sociale, elle devient la première présidente de l’histoire de la Corée du Sud à la suite de l’élection du 19 décembre 2012. Toutefois, sa popularité s’effrite rapidement. Aux législatives du 16 avril 2016, le Saenuri perd sa majorité au Parlement et arrive même deuxième derrière une jeune formation, le Parti Minjoo. La situation économique du pays et l’attitude de plus en plus autoritaire de la présidente inquiètent les électeurs. S’ajoute à cela, en octobre 2016, des révélations troublantes sur Choi Soon-sil. Cette proche de Park Geun-hye aurait utilisé son influence pour détourner des fonds de grandes entreprises vers des fondations auxquelles elle est liée. Le mécontentement s’exprime dans les sondages, où la présidente s’effondre, et dans les rues, où se tiennent d’importantes manifestations. Le 9 décembre, les élus, dont plusieurs du Saenuri, votent pour la destitution du chef de l’État à 234 contre 56. Le premier ministre Hwang Kyo-ahn assume l’intérim. Le 17 mars 2017, la Cour constitutionnelle valide la destitution qui devient effective. C’est une première en Corée du Sud. Park Cheung-hye est même arrêtée et incarcérée dans les semaines qui suivent. La lutte à la corruption, l’état de l’économie et l’attitude belliqueuse du président nord-coréen Kim Jong-un sont au centre de la campagne électorale qui suit. Le 9 mai, les candidats conservateurs, ébranlés et divisés par le scandale présidentiel, sont en net recul. Moon Jae-in du Parti démocrate, un parti de centre gauche, remporte une victoire décisive en défendant une plate-forme fondée sur la stimulation de l’économie et la création d’emplois.

Dans les médias...


Arnaud Vaulerin, « Corée du Sud : la « princesse de glace » détrônée »

«...A l'heure des bilans, le compte n'est pas très bon. Park n'en est pas entièrement responsable, mais la crise sociale est réelle avec le développement de la précarité, notamment chez les jeunes, et l'absence de projet national avec la fin de la croissance exponentielle. Et le système politique et économique reste encore verrouillé. La tragédie du ferry Sewol le 16 avril 2014, lors de laquelle plus de 300 lycéens ont péri, a d'ailleurs symbolisé toute l'incompétence, le laxisme et le mépris des autorités. Pendant sept heures, la présidente Park Geun-hye a été injoignable ce jour-là. On n'a jamais su pourquoi. «La nostalgie pour le boom des années Park Chung-hee n'est plus de mise, reprend Lim Jie-hyun. La société sud-coréenne est à un tournant : elle doit tourner la page de l'ère Park et se trouver un modèle de développement orienté vers le futur et la construction d'une réelle démocratie avec des politiques formés.» Mais la chute de la maison Park laisse une Corée du Sud profondément divisée. Pendant plus de cinq mois, des millions d'habitants sont régulièrement descendus dans la rue quand une autre Corée défendait la «princesse de glace». «C'est la fin de la crise, mais comment vont réagir les opposants à l'arrêt de la Cour ? interroge le politologue Chang Dal-joong. Je ne suis pas très confiant car nous n'avons plus de grands responsables politiques capables de peser face à une situation qui risque de rester instable.» »

Libération (France), 11 mras 2017, p. 10.

Frederic Ojardias, « Corée du Sud : la « génération Sewol » fait tomber la président Park »

«...Pour les plus jeunes générations, cette affaire permet d'exprimer un malaise qui couvait depuis longtemps. (…) Les jeunes Coréens surnomment leur pays « Hell Choson », du nom de l'ancienne dynastie qui imposait une culture patriarcale et hiérarchique ultra rigide. Asphyxiés par une société conservatrice qui ne leur laisse guère voix au chapitre, ils sacrifient leur enfance pour préparer, nuit et jour, les très compétitifs concours universitaires... alors que le diplôme ne protège désormais plus d'un chômage en hausse (12,5% chez les moins de 30 ans selon le taux officiel, sans doute sous-estimé). Un des éléments déclencheurs de la remarquable mobilisation de la jeunesse a été la révélation selon laquelle Choi Soon-sil avait utilisé son influence et son argent pour faire admettre sa fille, athlète équestre mais élève médiocre, au sein de la prestigieuse université féminine Ehwa à Séoul. « Le concours d'entrée à l'université a une dimension sacrée en Corée. Il est le garant de l'égalité de notre société » , explique le sociologue Youm Yoo-sik, de l'université de Yonsei. Ce volet particulièrement dévastateur du scandale n'a pas été révélé par la presse : ce sont les étudiantes d'Ehwa, en lutte contre leur présidente (finalement poussée à la démission), qui ont découvert le traitement de faveur accordé à la fille de Choi. « Il y a déjà eu des incidents de triche dans le passé. Mais après ce cas particulièrement flagrant, la confiance très forte des jeunes Coréens en leur système éducatif a été ébranlée » , poursuit Youm Yoo-sik. »

Mediapart (France), 9 décembre 2016.

Frédéric Koller, « La « révolution des bougies » balaie Park Geun-hye »

«...« Les Sud-Coréens écrivent un nouveau chapitre de leur histoire aujourd'hui, a ainsi réagi à l'issue du vote l'ancien dirigeant du Parti démocrate de Corée, Moon Jae-in. La destitution de Park par le parlement est le début d'une grande révolution civile des bougies qui va conduire notre pays vers un meilleur avenir. » L'ampleur du désaveu vis-à-vis d'une femme qui avait affirmé, lors de son élection, qu'elle était « mariée à la nation » ne peut s'expliquer que par le retournement d'un large segment des parlementaires issu de son propre parti conservateur, le Saenuri, en particulier les plus jeunes. Ils l'ont fait sous la pression populaire dans une ambiance qui risquait de devenir insurrectionnelle en cas de reculade du parlement. Les trois partis d'opposition qui sont à l'origine de la motion de censure pour corruption et abus de pouvoir ont eux aussi longtemps hésité avant de prendre le risque d'un désaveu, une majorité des deux tiers étant nécessaire. Mais là encore, l'importance des manifestations les a convaincus d'aller de l'avant. (…) La colère des Sud-Coréens est en effet allée crescendo depuis les premières révélations, fin octobre, des relations pour le moins problématiques de Park Geun-hye avec sa conseillère de l'ombre, Choi Soonsil. Trafic d'influence, intervention sur la nomination de membres du gouvernement, relecture des discours: les interventions de la fille de l'ancien gourou de Park Geun-hye, un prêtre évangélique, ont mis au jour une présidente sous influence, y compris sur le plan politique. »

Le Temps (Suisse), 10 décembre 2016, p. 4.

Choe Sang-hun, et Motoko Rich, « Korea Vote Puts Nation in Limbo »

«...Ms. Choi has been indicted on charges of leveraging her influence with Ms. Park to extort the money from the businesses. Prosecutors have also identified Ms. Park as a criminal suspect, a first for a president, though she cannot be indicted while in office. The businessmen acknowledged giving the money, confirming that the requests had come directly from Ms. Park or her aides. Huh Chang-soo, the chairman of GS Group and the head of the Federation of Korean Industries, the pro-business lobby group that coordinated the donations, put the situation this way: « It is difficult for businesses to say no to a request from the government. That's the reality in South Korea. » Some analysts saw the vote and the huge protests as a repudiation of the entire system. « This impeachment is not only an impeachment against Park Geun-hye, » said Kim Dong-choon, a professor of sociology at Sungkonghoe University in Seoul, « but a judgment against the conservative party and the post-Cold War order that has maintained power in South Korea for so many years.» »

The New York Times (États-Unis), 10 décembre 2016, p. 1.

Gouvernance et gouvernement [ 10 mars 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Corée du Sud
IntermédiaireHwang Kyo-ahnHwang Kyo-ahn

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2012 - 2016



avril
2012
[Résultats] Élections législatives

décembre
2012
Élection de Park Geun-hye à la présidence de la Corée du Sud

décembre
2012
[Résultats] Élection présidentielle

avril
2016
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