26 mars 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

30 mars 1972

Suspension du Parlement d’Irlande du Nord et entrée en vigueur de l’administration directe par Londres

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Brian Faulkner

L’incapacité des autorités d’Irlande du Nord à arrêter la violence déferlant depuis 1969 incite le gouvernement britannique à y imposer son administration directe (direct rule), le 28 mars 1972. Les années qui suivent seront marquées par des tentatives de trouver une solution politique aux divisions qui minent cette partie du Royaume-Uni.

L’opposition entre la minorité catholique, désireuse de se rattacher à l’Irlande, et la majorité protestante, qui souhaite le maintien dans le Royaume-Uni, crée de fortes tensions en Irlande du Nord. Les actes de violence se multiplient à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Le mort de 13 manifestants catholiques à Londonderry, le 30 janvier 1972 (Bloody Sunday), incite le gouvernement conservateur d’Edward Heath à agir. Le 24 mars, le premier ministre annonce que le Parlement de Stormont (Irlande du Nord) est prorogé, puis aboli, et que ce territoire passera sous l’administration directe (direct rule) de Londres pendant une année. Le premier ministre Brian Faulkner démissionne et la majorité protestante déclenche une grève d’envergure. Heath rappelle qu’il n’y aura pas de changement de statut de l’Irlande du Nord sans l’appui d’une majorité d’électeurs. Il veut toutefois adoucir la ligne dure, notamment l’emprisonnement de nationalistes irlandais qui ne constituent pas une menace. Il veut aussi des référendums pour tâter le pouls de la population et un partage des pouvoirs politiques incluant des membres de la minorité catholique. Un secrétaire d’État pour l’Irlande du Nord, William Whitelaw, est nommé, avec tous les pouvoirs. Le 8 mars 1973, on demande à la population par référendum si elle souhaite le maintien au sein du Royaume-Uni ou une unification avec l’Irlande. Le boycott de l’opposition mène à une victoire écrasante de la première option (98,9 %). Un « livre blanc », déposé le 20 mars 1973, propose l’élection des députés à la proportionnelle. Il est suivi par des élections, le 28 juin, et la formation d’un gouvernement plus inclusif, plus tard dans l’année. Malgré la création en décembre 1973 d’un Conseil de l’Irlande, établissant des consultations avec l’Irlande, la violence se poursuivra en Irlande du Nord, tant d’un côté que de l’autre.

Dans les médias...


P.A.D., « Irlande : Les militants de la peur »

«...M. Whitelaw – gentilhomme écossais, et protestant, réputé pour son bon sens – a devant lui un an en principe, et en fait quelques semaines, pour résoudre ce casse-tête : satisfaire les catholiques sans pour cela jeter l’Angleterre – et les 15 000 hommes qu’elle a engagés en Ulster – dans le cauchemar d’une révolte protestante. Si les catholiques, au moins, savaient attendre… Cela a bien commencé, lundi, à Londonderry, où, pour la première fois depuis longtemps, on les a vus offrir le thé aux soldats britanniques qui cernaient leur quartier, au lieu de leur jeter des pierres. Pour eux, la suspension du Stormont annonce déjà l’aube, et la libération prochaine de bon nombre de leurs 800 internés. En toute logique, l’Ira, l’«armée républicaine » clandestine des catholiques, devrait, elle aussi, « souffler » un peu : d’abord, parce que la masse misérable des catholiques est fatiguée de la terreur qui, en trente-deux mois, a fait près de 300 morts. Ensuite, parce que c’est sur les protestants que l’Armée britannique ouvre l’œil maintenant. Mais « logique » est-il irlandais ? De son refuge tranquille dans la république du Sud, le « chef d’état-major » des commandos de l’Ira, M. Sean MacStiofian, a dit qu’il fallait, d’abord, que les Anglais s’en aillent. Qu’il ne voulait pas d’une trêve. Et que les compromis ne valaient rien. »

L’Express (France), avril 1972, p. 63.

Jean-Pierre Carasso et Bernard Kouchner, « L’Irlande du Nord à feu et à sang »

«...La dernière initiative de Londres, qui a pris directement le pouvoir en Ulster, suspendant pour un an le Parlement de Stormont et confiant la direction des affaires au ministre Whitelaw, n’a pas détendu l’atmosphère. De part et d’autre de la fragile ligne de paix établie par les régiments anglais, les deux communautés se retranchent. Toute nuance a disparu : grèves et défilés massifs chez les protestants, poursuite des campagnes terroristes de l’IRA, les questions économiques, sociales et politiques mises entre parenthèses, la guerre tribale menace. Sans même parler de l’économie, cette situation ne saurait se prolonger sans causer des dommages irréparables à la population irlandaise. L’angoisse est le pain quotidien des Irlandais de tous âges, de toutes confessions. Chômage, misère et mort violente bornent l’horizon du pays. Sur le mur de briques noires du cimetière de Ballymurphy, on peut lire, en grandes lettres blanches : « Y a-t-il ici une vie avant la mort ? » »

Jeune Afrique (France), 15 avril 1972, p. 36-37.

Léo Stilpskin, « La paix entre deux feux »

«...Le petit noyau modéré qui survit à Belfast ne voit pas l’avenir avec confiance : « Nous sommes encore plus près de la guerre civile qu’avant », dit l’un de ses représentants. Restent les hommes d’affaires car, on l’oublie trop souvent, malgré les attentats et les bombes, les usines continuent à tourner. Je n’ai pas rencontré un seul industriel qui ne pense que la fin de Stormont aura comme ultime conséquence l’unification avec le Sud. Déjà, bon nombre d’entre eux ont pris des contacts discrets avec Dublin, mais tous envisagent aussi un retrait pur et simple, au cas où l’on en arriverait à la véritable guerre civile. Le véritable pari de Whitelaw est celui-ci : Faulkner osera-t-il, en fin de compte, lancer ses troupes de choc à l’assaut de l’armée britannique qui, pour le moment, est encore acclamée (car on fait une différence entre Heath et ses soldats) ? On n’en est pas encore là pour l’instant. On parle surtout de faire la grève de l’impôt et d’agir en justicier – c’est-à-dire d’exécuter sommairement des membres (ou présumés tels) de l’I.R.A. Ce qui ne manquera pas de susciter des ripostes et une nouvelle escalade de la violence. L’observateur impartial souhaite se tromper et cherche en vain une lueur d’espoir. Mais, pour ceux qui ont en mémoire les événements d’Algérie, il est inquiétant de voir que le symbole de l’Ulster protestant est la Main rouge. »

Le Nouvel Observateur (France), 3 avril 1972, p. 37.

S.A., « Northern Ireland : Britain Gambles on Peace - or Civil War »

«...By installing his own proconsul for Belfast, Heath instantly altered the calculations of all concerned. For the I.R.A., it was a short-run victory in its long-run struggle to bring about the reunification of all Ireland. By I.R.A. reasoning, direct rule will mean an open confrontation with Britain – a necessary step in the terrorists’ campaign to get the British out of Ireland entirely. Confirming as much, the chief of staff of the I.R.A.’s militant Provisional wing, Sean MacStiofain, promised an « even more direct conflict with the British army. » In Belfast, though, one local I.R.A. leader called for a one-month truce. Now that Ulster is governed by London, the I.R.A. could conceivably carry its terror to England in a repetition of the Aldershot army camp bombing of last February. Even though such a campaign would be sporadic at best, Faulkner called direct rule a « sinister and depressing message » to the I.R.A. that « violence can pay. If Belfast is to bow to violence today, where will it be next ? Birmingham ? Battersea ? » The answer depends in large part on Ulster’s – and the rest of Ireland’s – Catholics. »

Time (édition canadienne), 3 avril 1972, p. 24.

Gouvernance et gouvernement [ 30 mars 1972 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Royaume-Uni
ÉlevéElizabeth IIEdward Heath

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1967 - 1977



mars
1970
Proclamation de la République de Rhodésie

juin
1970
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement conservateur dirigé par Edward Heath

juin
1970
[Résultats] Élections législatives

janvier
1972
Déclenchement d'une grève des mineurs au Royaume-Uni

mars
1972
Suspension du Parlement d’Irlande du Nord et entrée en vigueur de l’administration directe par Londres

janvier
1973
Entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark dans la CEE

février
1974
Élection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

février
1974
[Résultats] Élections législatives

octobre
1974
Réélection au Royaume-Uni d'un gouvernement travailliste dirigé par Harold Wilson

octobre
1974
[Résultats] Élections législatives

juin
1975
Référendum au Royaume-Uni sur le maintien de l’adhésion à la Communauté économique européenne

juin
1976
Proclamation de l'indépendance des îles Seychelles

décembre
1977
Remise du prix Nobel de la paix à Amnistie internationale


Dans l'actualité


février
2019
Le Brexit fera t-il tomber Theresa May?

janvier
2019
Baisse du taux de chômage au Royaume-Uni : une bonne nouvelle?

janvier
2019
Glasgow, la ville trouble

octobre
2018
Après le Brexit, l'Afrique est dans la mire des Britanniques

mars
2018
Il y a 40 ans : Amnistie internationale décrochait le prix Nobel de la paix

novembre
2017
D'Hollywood à Westminster : l'internationalisation d'un mouvement

octobre
2017
Brexit : dur divorce au sein de l'Europe

octobre
2017
Des élections crève-cœur pour le Parti national écossais

mars
2017
Martin McGuinness provoque un bouleversement politique en Irlande du Nord

février
2017
20 ans plus tard : l'héritage contrasté de Tony Blair à la tête du Royaume-Uni


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour visionner la vidéo d'introduction
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 6.7.2016