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15 novembre 1983

Proclamation de la République indépendante du nord de Chypre

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Rauf Denktas

L’intervention de troupes turques dans le nord de l’île de Chypre, en juillet 1974, est suivie par la proclamation d’un État fédéré turc de Chypre, le 13 février 1975. Le 15 novembre 1983, le président Rauf Denktas et les élus vont plus loin en déclarant unilatéralement une République indépendante du nord de Chypre. Elle n’est toutefois reconnue que par la Turquie.

En juillet 1974, la crainte d’un coup d’État des militaires grecs, soutenus par Athènes, incite les Turques à intervenir militairement dans le nord de Chypre. Ils occupent un secteur correspondant à environ 38 % du territoire de l’île. Des violences et des persécutions sont commises à l’endroit de la minorité grecque dont plus de 100 000 membres quittent pour le sud. L’arrivée de plus de 100 000 colons anatoliens contribue également à l’homogénéité de la population du nord, déjà à forte majorité turque, par opposition au sud, peuplé surtout par des Grecs. Un État fédéré de Chypre est proclamé dans le nord le 13 février 1975, avec Rauf Denktas comme président. Il n’obtient pas de reconnaissance internationale, même si dans les faits il fonctionne séparément du reste de l’île. Des tentatives de négociations ont lieu afin de définir le statut du territoire occupé par les Turcs, qui ne forment que 20 % de l’ensemble de la population chypriote. Le retour de la démocratie en Turquie, où se tiennent des élections législatives le 6 novembre 1983, semble constituer une motivation pour les Turcs chypriotes à dénouer l’impasse. Le 15 novembre, leurs dirigeants proclament unilatéralement une République indépendante du nord de Chypre (RINC) devant une foule en liesse rassemblée au pied du Parlement. À l’exception de la Turquie, le geste est largement condamné, notamment par le président de la partie sud, Sypros Kyprianou, et le secrétaire général des Nations unies, Javier Perez de Cuellar, qui le considère nul sur le plan juridique. Les troupes des Nations unies, présentes à Chypre depuis 1964, sont en alerte sur la « ligne verte » séparant les parties grecque et turque. Il n’y a cependant pas d’action militaire de part et d’autre. La RINC dit souhaiter l’établissement d’une fédération sur une base égalitaire, mais à court terme, il n’y a aura pas de règlement politique à cette question épineuse.

Dans les médias...


S.A., « Fait accompli à Chypre »

«...la création de cette République qui prend la suite d’un « État fédéré turc » pourrait bien apparaître rapidement comme une simple péripétie, malgré l’indignation d’Athènes et des Chypriotes grecs, et la désapprobation mesurée de la communauté internationale. Elle ne change rien, en effet, à la situation d’un pays où les déchirements et la violence ont survécu à l’indépendance. Tiraillées entre leurs deux mères patries respectives, la majorité grecque de Chypre et la minorité turque n’ont jamais réussi à se forger une identité nationale commune. La proclamation d’une République turque indépendante ne crée pas la partition; elle en prend acte. La véritable coupure s’est produite en 1974, quand les troupes d’Ankara ont occupé, sans demander la permission à qui que ce soit, 40 % du territoire de l’île, obligeant la quasi-totalité de la population grecque, soit deux cent mille personnes, à se réfugier au Sud. La suite n’a été qu’un long ballet diplomatique, marqué de ruptures définitives et de reprises sans lendemain, sous le regard impuissant des Nations unies. La Grande-Bretagne, puissance garante, avec la Grèce et la Turquie, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de Chypre, « déplore » cette nouvelle violation des traités comme elle a déploré les précédentes. Mais il est bien clair qu’elle n’est pas plus décidée que par le passé à assumer ses obligations envers une ancienne colonie où elle conserve pourtant deux bases militaires importantes. »

Le Monde (France), 17 novembre 1983, p. 1.

Sam Corbin, « Chypre : les fruits amers de la division »

«...Le gouvernement d’Ankara n’a pas perdu beaucoup de temps pour reconnaître diplomatiquement la nouvelle république, mais il est le seul pour l’instant. Si les militaires au pouvoir en Turquie ont, dans un premier temps, exprimé leur « surprise », chacun sait que sans le « feu vert » d’Ankara – dont l’armée occupe depuis 1974 la partie nord de l’île – , le président Rauf Denktash et les parlementaires chypriotes turcs n’auraient pas osé prendre une telle décision. Il faut signaler d’ailleurs que cette proclamation d’indépendance intervient à un moment très particulier de la vie politique en Turquie même. La décision a été annoncée peu après les premières élections législatives depuis le coup d’État de septembre 1980 mais avant l’entrée en fonctions du gouvernement civil issu de ces élections. Le parti de la Mère Patrie, dirigé par Turgut Ozal et soutenu par une grande partie de la bourgeoisie, a remporté la victoire aux urnes contre le parti favori de la junte. En donnant le feu vert à la proclamation d’une nouvelle république chypriote turque, le chef de l’État, le général Evren, aurait-il voulu marquer rapidement le coup et mettre Ozal en face d’un problème épineux de politique étrangère ? »

Afrique-Asie (France), 5 décembre 1983, p. 18.

Jacques Renard, « Un drapeau de trop »

«...Un drapeau de plus – un drapeau de trop sans doute – dans le ciel de Chypre, où l’on avait depuis longtemps renoncé à les compter tous : il y avait le grec, le turc, l’anglais sur les immenses bases militaires de la Couronne britannique, l’onusien des Casques bleus danois, finlandais, suédois, australiens, canadiens, et on en oublie, les couleurs, enfin, des innombrables ambassades de Nicosie, 100 000 habitants, la plus forte densité au monde de diplomates étrangers au pied carré. Le moins visible de tous : le chypriote. Sur fond blanc, la silhouette jaune de l’île, soulignée par deux rameaux d’olivier. Entre le grec et le turc, il n’y a jamais eu suffisamment d’espace pour un semblant de nationalisme chypriote. Chypre : le seul pays au monde à ne pas avoir d’hymne national. En vingt-trois ans d’indépendance, ses deux communautés n’ont pu se mettre d’accord ni sur les paroles ni sur l’air. Le nouveau drapeau qui vient, mardi 15 novembre, de s’élever dans un vent de tempête consacre, peut-être pour toujours, la pire désunion. Rouge, avec croissant et étoile d’or, comme le turc. S’y ajoute une grande barre verticale jaune. C’est celui de la « République turque du nord de Chypre ». Celui de la sécession. »

L’Express (France), 25 novembre 1983, p. 61.

Kim Rogal et al., « A New State of Tension »

«...For the moment, the main challenge for Denktash was to fend off his foreign critics. At the United Nations, he pounded the horseshoe-shaped table in the Security Coucil chamber and insisted that his people had been « deprived of their rights, ignored and ridiculed and held in contempt by Greek Cypriot leaders » for 20 years. All along, his (Denktash) biggest grievance has been that the world has refused to accord Turkish Cypriots – and their leaders – stature equal to that of their Greek counterparts. His latest maneuver at least gained him attention – which might serve his cause if he does ever decide to return to the bargaining table. Denktash hasn’t ruled out that possibility. He told his countrymen that his declaration would not « hinder but facilitate the establishment of a genuine federation. » As for the Greek Cypriots, they face the difficult question of whether to negociate directly with Denktash – which could be seen as an implicit recognition of his new status – or to reject talks with him and appear to be opposed to negociations altogether. Even if the two sides managed to work out a formula for getting back to the bargaining table, the chances for real progress looked slim. The Turkish Cypriot entity – whether it was a state or just a dependency of Ankara – did not seem likely to disappear anytime soon. »

Newsweek (États-Unis), 28 novembre 1983, p. 59.

Gouvernance et gouvernement [ 15 novembre 1983 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chypre
ÉlevéSpyros Achilleos Kyprianou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1973 - 1993



juillet
1974
Fin du régime des colonels en Grèce

août
1977
Décès du président de Chypre, Makarios III

novembre
1983
Proclamation de la République indépendante du nord de Chypre


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