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29 janvier 1994

Dissolution du parti de la Démocratie chrétienne en Italie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Arnaldo Forlani

Le parti de la Démocratie chrétienne (DC), celui qui assume le pouvoir de façon quasi permanente en Italie depuis la Seconde Guerre mondiale, est officiellement dissout le 29 janvier 1994. Cette nouvelle survient à la suite de scandales ainsi que de bouleversements politiques majeurs, dont la disparition du Parti communiste italien (PCI).

La DC, le PCI et le Parti socialiste italien (PSI) sont les formations qui dominent la scène politique italienne à la fin des années 1980. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et celle de plusieurs régimes communistes accélèrent la réflexion au sein du PCI. Des divisions s’expriment lors d’un congrès tenu à Bologne, en mars 1990. Le 18 janvier 1991, le PCI disparaît et ses membres se retrouvent au sein de différents partis. Pour sa part, le DC poursuit sa baisse dans les intentions de vote lors des législatives du 5 avril 1992, se contentant de 29,7 % des voix et de 206 sièges sur 630. Cette tendance se confirme aux élections locales de décembre 1992. Celles-ci surviennent alors que les révélations de l’enquête « mains propres » révèlent une succession de scandales, dont l’affaire Enimont. Ils démontrent la collusion et la corruption entre le monde des affaires, plusieurs politiciens bien en vue et, dans certains cas, le monde du crime organisé. En 1993, des figures de proue de la DC, comme Arnaldo Forlani et l’ex-président du conseil Giulio Andreotti, ou du PSI, comme l’ex-président du conseil Bettino Craxi, sont dans la mire des enquêteurs. Des centaines d’arrestations sont effectuées. De profondes remises en question se font au sein des principales formations concernées. Après plus de 50 ans d’existence, la DC est dissoute le 29 janvier 1994. Ses membres se retrouveront dans différents partis. Le même sort attend le PSI qui disparaît le 12 novembre 1994, après 100 ans d’histoire. Cette situation profite à d’autres formations qui obtiennent du succès dès les législatives du 27 mars 1994. C’est le cas de la Ligue du Nord, une formation de droite plus radicale. Mais cette nouvelle donne favorise surtout Forza Italia, un parti de droite qui a vu le jour dans ce contexte turbulent, le 18 janvier 1994. Les résultats permettent à son chef, le milliardaire Silvio Berlusconi, d’accéder à la présidence du conseil. Celui-ci s’engage à mettre de l’ordre dans la situation politique et économique de l’Italie.

Dans les médias...


Philippe Marlière, « Les conflits d’intérêt de Berlusconi »

«...Encore récemment, grâce à la vigueur des valeurs héritées de la Résistance et de la lutte partisane contre le régime fasciste, le terme de « droite » restait marqué d’une tache indélébile de sang. Pendant le demi-siècle de gouvernement démocrate chrétien, le terme a été récusé. La notion de « centre » a ainsi prévalu dans les discours. Dans la pratique, la démocratie chrétienne a toujours été soucieuse de ne pas totalement isoler le PCI, l’associant aux institutions autant que possible. En dépit de la rhétorique centriste utilisée au cours de sa campagne électorale – l’emploi, par exemple, de la notion de « pôle des libertés » opposée à l’«extrémisme » de l’«idéologie communiste » - , Berlusconi a en réalité favorisé l’émergence et la fusion des droites italiennes. Bien plus qu’une simple alliance électorale, le leader de Forza Italia est parvenu à légitimer le pôle droit du spectre politique italien. C’est, à ce sujet, un véritable tour de force idéologique, accompagné d’une rupture culturelle profonde au sein de l’électorat, qui doit être ici souligné. »

Esprit (France), mai 1994, p. 170.

Jean-Marc Gonin, « Italie : en avant pour la IIe République »

«...Rarement démocratie aura connu tel bouleversement. On pense à l’agonie de la IVe en France. Mais, au moins, les Français disposaient d’un recours, le général de Gaulle, qui attendait son heure dans sa retraire de Colombey. Au-delà des Alpes, il n’y a pas de grande figure historique, de rédempteur incontesté. Les hommes qui se voudraient providentiels n’en ont pas la carrure. Achille Occhetto, leader de la gauche, brave soldat du défunt Parti communiste, artisan de la bifurcation vers la social-démocratie. Silvio Berlusconi, empereur de la télévision privée, président du Milan AC, sur le point de lancer un parti sous un slogan très « foot » : « Forza Italia » (Allez l’Italie). Dans les sondages, un seul personnage domine : Antonio Di Pietro. Mais, voilà, il est juge, et son rapport à la politique se résume à une activité : expédier derrière les barreaux tous les corrompus d’Italie. Faute de sauveur, il y a des formations politiques aux passés divers : peu compromises pour certaines, à peu près vierges pour d’autres ou totalement nouvelles pour quelques-unes. Les Italiens devront leur destin sans trop savoir de quoi demain sera fait. »

L’Express (France), 13 janvier 1994, p. 16 et 17.

Marcelle Padovani, « Italie : le grand jour des charlatans »

«...Comment tout cela a-t-il été possible? La presse de mardi matin continuait de s’interroger sur les raisons de cette incroyable victoire, mitonnée en trois mois mais programmée de longue date. La volonté confuse de changement? Le ras-le-bol de Tangentopoli (le scandale des pots-de-vin)? La fin du système clientélaire démo-chrétien – qui attirait au centre un électorat qui ne rêvait que de droite musclée? La campagne émotive, peu rationnelle, qui a été menée? Le type de scrutin – l’uninominal majoritaire à un seul tour – qui a balayé le débat politique au profit des duels personnels ? (...) Malgré ses débuts électoraux spectaculaires, l’ère Berlusconi pourrait donc très vite ressembler à une réédition des pires moments de la Iere République, marqués par l’instabilité, la fragilité et l’intolérance. Quant aux progressistes, ils « feront une opposition dure », comme dirait Occhetto. C’est tout ce à quoi les autorisent leurs 33 % de suffrages (...) »

Le Nouvel Observateur (France), 31 mars au 6 avril 1994, p. 22-23.

Gouvernance et gouvernement [ 29 janvier 1994 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Italie
ÉlevéOscar Luigi ScalfaroCarlo Azeglio Ciampi

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1989 - 1999



juin
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

avril
1992
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Giuliano Amato

avril
1992
[Résultats] Élections législatives

janvier
1994
Dissolution du parti de la Démocratie chrétienne en Italie

mars
1994
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi

mars
1994
[Résultats] Élections législatives

avril
1996
Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Romano Prodi

avril
1996
[Résultats] Élections législatives


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