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30 septembre 1959

Visite du leader soviétique Nikita Khrouchtchev en République populaire de Chine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Nikita Khrouchtchev

Après avoir effectué une tournée aux États-Unis, le leader soviétique Nikita Khrouchtchev se rend en République populaire de Chine dans le cadre du 10e anniversaire de la révolution communiste d’octobre 1949. Les discussions entre les deux géants du monde communiste révèlent des tensions de plus en plus évidentes.

La mort de Joseph Staline, en 1953, est suivie par une période de coopération marquée entre l’Union soviétique (URSS) et la République populaire de Chine. Des tensions se développent toutefois au cours de la décennie, malgré des rencontres entre les leaders Nikita Khrouchtchev et Mao Zedong. Elles sont palpables lors de visites que Khrouchtchev effectue en Chine en juillet 1958 et du 30 septembre au 4 octobre 1959. À cette dernière occasion, le premier secrétaire du Parti communiste soviétique, qui revient des États-Unis, exprime la volonté d’éviter la guerre avec ceux-ci et de favoriser la « coexistence pacifique ». Les Chinois craignent que ce discours ne révèle une volonté soviétique de les isoler et de se rapprocher des États-Unis. Ce différend s’ajoute à d’autres, comme le refus de Moscou de livrer les secrets de l’arme atomique à Beijing ou le sentiment que la Chine n’est pas considérée à sa juste valeur au sein du monde communiste, où elle aspire à un rôle de meneur. Pour leur part, les Soviétiques s’inquiètent des tensions et des initiatives chinoises avec Taïwan ou l’Inde, qu’ils perçoivent comme une tentative de remettre en question leur politique de « coexistence pacifique ». Le « grand bond en avant » lancé par Mao Zedong en 1958 est également mal vu par Moscou, de même que le culte de la personnalité pratiqué par ce dernier. Lors de la dernière visite en Chine de Khrouchtchev, en septembre-octobre 1959, les relations sont froides et marquées par une méfiance réciproque. Selon des témoignages, les différends s’exprimeraient avec force lors de rencontres dont le contenu demeure privé. C’est la dernière fois que Khrouchtchev et Mao Zedong sont réunis. Quant aux rapports entre les deux pays, ils continueront à se dégrader, notamment avec le retrait de conseillers soviétiques, en juillet 1960, qui donne une plus grande visibilité à leur différend.

Dans les médias...


S.A., « Après Washington, Pékin »

«...Le chapitre des relations sino-soviétiques est l’un de ceux qui tentent le plus l’imagination des commentateurs et qui donnent à leurs jugements le moins d’éléments solides. Indiscutablement, il existe un décalage, dans le style et dans le rythme, entre les deux voisins chinois et russe du communisme. Le règne de Pékin paraît infiniment plus austère, pus fanatique, que celui de Moscou. Alors qu’en U.R.S.S. les signes de l’embourgeoisement se multiplient et que, lentement mais sûrement, le pays s’ouvre à la contagion des mœurs, sinon des idées occidentales, la Chine, retranchée dans sa fierté et sa pureté idéologique, s’abstient résolument de tout contact avec le capitalisme « pourri ». Les expériences faites par les pays occidentaux qui ont reconnu la République populaire sont à cet égard peu encourageantes. Comment dans ce climat la visite de M. Khrouchtchev aux États-Unis a-t-elle été accueillie en Chine? Il y a bien eu un bref communiqué d’approbation. Mais n’y a-t-il pas à Pékin une vieille garde qui regarde avec méfiance toute velléité de rapprochement de ces « riches » que sont devenus les Soviétiques avec le monde occidental? »

Le Monde (France), 30 septembre 1959, p. 1.

Bernard Féron, « Le bloc soviétique devant la détente »

«...Mais en 1959, M. « K » se sentit plus sûr de lui. Après toute une série de visites bilatérales (...), le processus de la conférence au sommet était engagé, si bien engagé que pour la première fois l’U.R.S.S. se permit de « laisser tomber » la Chine dans une querelle qui intéressait au plus haut point son allié. Le 10 septembre, l’agence Tass tenait la balance égale entre l’Inde et la Chine à propos du différend frontalier et pour que nul ne se méprenne sur la portée de cette intervention, M. Kroutchev (sic) lui-même affirmait devant le Soviet suprême sa volonté de conserver à la fois l’amitié de l’Inde et de la Chine. Cette affaire est très éclairante. Ses intérêts nationaux étant en jeu, la Chine communiste s’est heurtée à l’Inde, à l’Indonésie et n’a pas craint de provoquer la méfiance des pays indépendants d’Afrique-Asie. En revanche elle soutient autant qu’elle le peut les peuples encore colonisés qui luttent contre « l’impérialisme ». Quant à l’U.R.S.S., soucieuse de garder des relations cordiales avec les pays capitalistes, elle appuye avec prudence les rebelles coloniaux et en revanche elle aide autant qu’elle le peut les nouveaux États indépendants même si leur doctrine est très éloignée du communisme. La différence s’explique peut-être tout simplement par une habile répartition des tâches entre les deux grands du camp socialiste. On peut également se demander si les deux pays ont actuellement une conception identique de la coexistence pacifique. »

Esprit (France), mars 1960, pp. 430-431.

Marcel Hayoul, « La vie internationale : Aide-mémoire à propos de l’échec au sommet »

«...Allons-nous revoir la guerre froide, la menace sur Berlin, les essais nucléaires, les pressions sur les États satellites? Il est bien malaisé de le dire. Mais il n’est pas difficile de penser que l’allié chinois de M. Khrouchtchev a marqué un point. Par le fruit de son action constante et tenace ou pas la faute des Américains, on l’ignore. Mais le point qu’il a marqué, M. Mao Tsé-Toung, ne le négligera pas. Est-il nécessaire de rappeler que, si la Chine communiste est ralliée à la politique de la coexistence pacifique, ses dirigeants ont toujours manifesté qu’il y avait à leurs yeux une différence fondamentale entre cette coexistence, situation de fait, et une sorte de collaboration des deux régimes, dans laquelle à leurs yeux, l’un comme l’autre, s’émasculent, se trahissent eux-mêmes. L’échec du rapprochement Khrouchtchev va probablement marquer la fin d’une certaine politique de détente de la part des Chinois. Le Maréchal Tchang Kaï-Chek dans son île de Formose, pourrait bien entendre à nouveau retentir bientôt le canons côtiers. L’Afrique en cours d’émancipation, qui se tourne déjà tout spontanément vers l’expérience chinoise, pourrait bien trouver dans les émissaires de Pékin le levain révolutionnaire qui manque à la plupart de ses comités de libération. »

La Revue nouvelle (Belgique), 15 juin 1960, p. 629.

Gouvernance et gouvernement [ 30 septembre 1959 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Russie
FaibleKliment VoroshilovNikita Khrouchtchev

Chine
FaibleLiu ShaoqiZhou Enlai

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1954 - 1964



juin
1954
Première centrale nucléaire liée à un réseau d'électricité à Obninsk, en Union soviétique

mai
1955
Signature du pacte de Varsovie

février
1956
Discours de Nikita Khrouchtchev sur la « coexistence pacifique »

novembre
1956
Ouverture des Jeux olympiques de Melbourne

septembre
1957
Explosion au complexe nucléaire de Maïak, en Union soviétique

octobre
1957
Lancement du satellite artificiel Spoutnik par l'Union soviétique

octobre
1958
Attribution du prix Nobel de littérature à Boris Pasternak

septembre
1959
Visite du leader soviétique Nikita Khrouchtchev en République populaire de Chine

avril
1961
Premier vol humain dans l'espace par un cosmonaute soviétique

juin
1963
Première femme à effectuer un vol dans l’espace

octobre
1964
Démission du premier secrétaire du Parti communiste soviétique, Nikita Khrouchtchev


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