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11 juillet 1995

Début d’un massacre à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après avoir assiégé la ville de Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine, l’armée de la République serbe de Bosnie l’investit le 11 juillet 1995. Même si cette ville avait été décrétée « zone protégée » par les Nations unies, les soldats se livrent à un massacre, tuant plus de 5000 personnes, en plus des milliers de morts faits par les combats.

Un référendum favorable à l’indépendance de la Bosnie-et-Herzégovine, le 29 février et le 1er mars 1992, est suivi par la partition de la minorité serbe. Celle-ci ne reconnait pas cette décision de la majorité bosniaque et croate bosniaque, de religion musulmane. Une République serbe de Bosnie, à majorité serbe, voit le jour en avril 1992. Elle contient des enclaves musulmanes, comme la ville de Srebrenica dans l’ouest, près de la Serbie. Assiégée par les Serbes de Bosnie, celle-ci est proclamée « zone protégée » par les Nations unies le 19 mars 1993. Des Casques bleus sont déployés, d’abord des Canadiens, puis des Néerlandais, au sein de la Fropronu chargée de la sécurité des Bosniaques. L’isolement de Srebrenica se poursuit néanmoins. Privée d’aide humanitaire, la population vit dans la misère. En 1995, des Casques bleus sont même pris en otage par les soldats serbes. Une offensive serbe, menée par le général Ratko Mladic, débute le 6 juillet. Il n’y a pas de résistance des troupes néerlandaises, alors que des femmes et des enfants sont déportés. Des hommes bosniaques restés sur place, ou tentant de s’échapper, sont arrêtés. Quelques milliers de personnes meurent dans des combats, alors qu’environ 5000 prisonniers sans défense sont massacrés. On considère cette tuerie comme une des pires, sinon la pire, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle sera suivie par une entente, puis des négociations menant aux accords de Dayton, le 13 décembre 1995. Dix ans plus tard, en 2005, la Cour internationale de justice conclut que la Serbie du président Slobodan Milosevic n’a pas « pris toutes les mesures en son pouvoir » pour empêcher le massacre de Srebrenica. En 2004, le gouvernement de la République serbe de Bosnie présentera même ses excuses. Les troupes néerlandaises, accusées d’avoir failli à leur mission, seront pour leur part considérées par la cour de La Haye comme « partiellement responsables » de la mort de 350 musulmans.

Dans les médias...


Jacques Julliard, « La stratégie du boa »

«...Milosevic est un brutal. Pour autant, ce n’est ni un maladroit ni un impatient. Les Occidentaux proclament cinq villes de Bosnie « zones de sécurité » pour les Musulmans? On attendra. Puis on en dévore deux, Srebrenica et Zepa, tout en achevant la purification ethnique dans la région de Banja-Luka, pourtant épargnée par la guerre. Pour des raisons obscures, les Occidentaux refusent qu’on soumette Gorazde au sort de Srebrenika? Qu’importe! En attendant, on s’occupera de Bihac. Demain, les Occidentaux lâcheront Gorazde pour Sarajevo, puis la partie est de la capitale contre la partie ouest. Milosevic sait qu’en matière de déshonneur il n’y a que le premier pas qui coûte aux Occidentaux… Face à cette parfaite stratégie du boa constricteur, les Occidentaux sont dépourvus de la moindre idée d’ensemble. Ils ne réagissent qu’à certains faits spectaculaires, considérés comme le nec plus ultra de la provocation serbe, alors que le point oméga de l’horreur est atteint depuis longtemps. Encore le font-ils avec une lenteur calculée, garante d’une inefficacité totale. On voudrait suggérer une connivence secrète avec les Serbes qu’on ne s’y prendrait pas autrement. »

Le Nouvel Observateur (France), 27 juillet au 2 août 1995, p. 32.

Jean Hatzfeld, « L’humanisme aujourd’hui, c’est armer les Bosniaques »

«...Qu'en déduire au lendemain de la chute de Srebrenica? D'abord, l'abdication onusienne, vérifiée lors de la prise d'otages, accélère, « dope » pourrait-on dire, la politique de conquête des nationalistes serbes. Ensuite, ceux-ci ont toujours proclamé leurs prétentions sur Sarajevo, et ils avancent toujours, si on ne les en empêche pas. Par conséquent la capitale bosniaque est en péril. On pensait qu'elle était seulement un objet de chantage, de marchandage, de représailles. Aujourd'hui elle est menacée, non pas, comme Gorazde ou Bihac, de conquête et de nettoyage. Mais d'une partition, ouest-est ou nord-sud - les deux cartes sont accrochées au mur du bureau de Karadzic à Pale - qui, dans les deux cas, la dévitaliserait à long terme. Que penser d'autre? Ceci. A ce jour, il n'est que deux façons d'empêcher les Serbes de poursuivre leur projet de purification ethnique. L'une est simple et utopique. Elle consiste à les stopper brutalement et rapidement, en leur faisant la guerre. L'échec de la FRR et des initiatives chiraquiennes, autant que la passivité stupéfiante des officiers des Casques bleus dans Srebrenica, au moment des scènes de tri et de rapt, ne laissent plus aucun espoir. L'autre façon est simple et réaliste. Elle consiste à aider ceux qui leur font la guerre. »

Libération (France), 20 juillet 1995, p. 4.

S.A., « Les défaites de Srebrenica »

«...en dépit du récent épisode de la crise des otages, la Forpronu n'a toujours pas pu, su ou voulu se regrouper de façon à laisser à l'OTAN, ou à une force d'appoint comme la FRR, la possibilité d'intervenir sans que les « casques bleus » ne soient les victimes désignées de représailles serbes. Le piège est complet, dans lequel les Occidentaux, à force de ne pas choisir entre l'humanitaire et le militaire, ont fini par s'enfermer. Les Bosniaques y participent. Ils disposaient de troupes à Srebrenica, elles ont fui les chars serbes; ici ou là, ils cherchent toujours à provoquer une intervention plus musclée des Occidentaux, et pratiquent souvent un jeu double ou triple pour desserrer l'étau serbe. Quand on ajoute à ce triste état des lieux une impasse diplomatique à peu près complète, il reste une seule question à poser : devant tant d'impuissance avérée, faut-il rester en Bosnie ? La décision, très vraisemblablement, sera prise en août, avant qu'il faille renouveler, courant septembre, le mandat des « casques bleus ». Elle serait l'une des plus difficiles que les Occidentaux aient eues à prendre depuis la fin de la guerre froide. Elle solderait un monumental échec. »

Le Monde (France), 13 juillet 1995, p. 12.

Gouvernance et gouvernement [ 11 juillet 1995 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Bosnie-Herzégovine
Non disponibleAlija IzetbegovicHaris Silajdzic

Serbie
FaibleSlobodan MilosevicMirko Marjanovic

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1985 - 2005



mars
1992
Référendum sur l'indépendance de la Bosnie-et-Herzégovine

mai
1992
Admission à l'Organisation des Nations unies (ONU)

juillet
1995
Début d’un massacre à Srebrenica, en Bosnie-et-Herzégovine

décembre
1995
Signature à Paris d'un accord de paix en Bosnie-et-Herzégovine

octobre
1999
Atteinte du cap des 6 milliards d'habitants sur la Terre


Dans l'actualité


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