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20 septembre 1985

Démission du ministre français de la Défense, Charles Hernu

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Rainbow Warrior

Le coulage du Rainbow Warrior, un bateau appartenant à l'organisation écologiste Greenpeace, est à l'origine d'une importante controverse politique qui entraînera la démission du ministre de la Défense français, Charles Hernu.

Le 10 juillet 1985, l'explosion d'une bombe envoie par le fond le Rainbow Warrior dans le port d'Auckland, en Nouvelle-Zélande, causant la mort d'un photographe. Propriété de Greenpeace, ce bateau devait servir à protester contre les essais nucléaires français à Mururoa, en Polynésie française. L'arrestation le 23 juillet de deux agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), chargée de l'espionnage et du contre-espionnage français, donne une dimension politique à l'affaire qui prend des proportions. Une enquête menée en août 1985 par le conseiller d'État Bernard Tricot identifie des irrégularités commises par la DGSE, mais sans mettre en cause la responsabilité des hommes politiques. Des révélations publiées dans la presse française relancent toutefois le débat, entraînant la démission du ministre de la Défense, Charles Hernu, et le limogeage du numéro 1 de la DGSE, l'amiral Pierre Lacoste. En novembre, les deux agents arrêtés écoperont pour leur part d'une peine d'emprisonnement de 10 ans.

Dans les médias...


Paul Thibaud, « La vérité jusqu'où ? »

«...Ce qui peut, en revanche, provoquer la consternation, c'est l'incapacité des politiques à assumer leurs responsabilités. On les a vus drapés dans une vertu qui est partie en lambeaux. D'abord on n'y était pour rien (en juillet). Ensuite ce n'était que du renseignement (déclarations faites à Tricot). Plus tard l'attentat, s'il avait eu lieu, ne pouvait avoir été commis qu'à l'encontre des consignes (Hernu, le 18 septembre encore). Vérité très provisoire : le 23 septembre la pose des bombes se révèle avoir été faite « sur ordre » (Fabius) et deux jours plus tard sur ordre d'Hernu, « j'en ai la conviction » (Fabius). Hernu présumé responsable : le flot de la vérité ne dépassera pas cette cote; cote d'ailleurs mal taillée, puisque si dans sa « conviction » le Premier ministre a désigné un coupable, celui-ci la veille niait tout et son silence n'a valeur d'aveu que pour ceux qui craignent d'en savoir plus. Quoi qu'on dise, les résultats de l'enquête ne démentent pas le rapport Tricot : ou bien ce ne sont pas des agents français qui ont fait le coup, ou bien ils ont agi sur ordre; ils infirment la première branche de l'alternative et confirment la seconde. Alors, les ordres de qui ? »

Esprit (France), novembre 1985, p. 2.

Josette Alia, « La semaine des longs couteaux »

«...Pâle, les yeux rougis, s'efforçant à souffrir mais n'y parvenant pas, Charles Hernu paraît à la télévision. Il est très digne, mais ferme : solidaire avec l'armée, certes il le sera jusqu'au bout. Entre les militaires et lui il n'y aura jamais aucune polémique. Solidaire avec le gouvernement et le parti...(la voix se casse un peu) oui, oui. On ne renie pas toute une vie de militantisme politique en une minute et demie. Mais responsable direct de cet acte à la fois criminel et stupide qu'a été le sabordage du « Rainbow Warrior » ? Non, mille fois non. « J'ai mon honneur pour moi », lance-t-il d'une voix enrouée devant une forêt de micros tendus. Il ne se fera pas hara-kiri, fût-ce par amour pour son prince. Pas besoin d'être romancier pour imaginer le chemin de croix qu'a dû parcourir le pauvre Charles Hernu, coupable « par conviction », comme le dit un Laurent Fabius qui a su, de toute évidence, doser ses effets et jouer des médias comme un surfeur joue des vagues. La France est-elle pour autant convaincue ? L'affaire est-elle terminée ? Sur le plan de l'opinion publique, déjà lassée d'un incompréhensible feuilleton, peut-être. Sur le plan politique, probablement pas. »

Le Nouvel Observateur (France), 27 septembre au 3 octobre 1985, p. 23.

Paul-André Comeau, « Pacifisme et raison d'État »

«...le rôle de plus en plus important joué par des groupements internationaux, pacifistes ou écologistes (...) mérite une réflexion soutenue. En Occident, on s'est habitué aux initiatives d'Amnistie internationale. Le mouvement Greenpeace constitue un autre cas d'espèce. Au cours des dernières années, plusieurs gouvernements ont eu maille à partir avec cette organisation. (...) L'avènement de ces nouveaux acteurs bouleverse bien des habitudes. Combien d'États n'ont pas déjà commandé à leurs services de renseignement, voire même à des agences spécialisées, des dossiers sur les dirigeants de ces groupements ? C'est, dans un certain sens, la notion même de raison d'État qui est ainsi remise en question par ces prosélytes de diverses causes. Est-ce à dire qu'ils sont eux-mêmes les « croisés » d'une nouvelle morale politique et qu'ils pourraient recevoir le Bon Dieu sans confession ? Impossible de répondre à cette question, surtout si l'on tient compte des rumeurs au sujet des infiltrations tentées et, semble-t-il, souvent réussies par divers services secrets dans certaines de ces associations qui ne respectent pas les frontières traditionnelles. Une chose est cependant certaine : l'insertion de ces nouveaux acteurs dans le jeu international interroge les tenants de l'ordre établi. »

Le Devoir (Québec, Canada), 24 septembre 1985.

Éditorial

«...Using explosives to sink a ship engaged in peaceful protest is a brutally unacceptable way of dealing with political opposition. But the crime itself is just part of the French scandal. The other element is the cover-up that has been going on for 2 1\2 months, during which Paris repeatedly asserted that it had nothing to do with sinking the ship. Among those humiliated is Bernard Tricot, former chief of staff for President Charles de Gaulle, whose "independent" investigation exonerated the government. (...) France is not the only government of a Western democracy to take leave of its senses and its principles in recent times. The United States itself has ignored international concepts of a rule of law on too many occasions - most recently in Nicaragua, sowing mines in waters plied by the shipping of the world. The likelihood of repetition will be minimized only if France treats this matter for what Mitterrand called it : a "crime". »

Los Angeles Times (États-Unis), 24 septembre 1985.

Gouvernance et gouvernement [ 20 septembre 1985 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireFrançois MitterrandLaurent Fabius

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1980 - 1990



avril
1981
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1981
Élection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1981
[Résultats] Élections législatives

octobre
1981
Abolition de la peine de mort en France

octobre
1983
Manifestations dans les grandes villes d'Europe contre le déploiement d'armes nucléaires

septembre
1985
Démission du ministre français de la Défense, Charles Hernu

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mars
1986
Tenue d'élections législatives en France

mars
1986
[Résultats] Élections législatives

avril
1988
[Résultats] Élection présidentielle

mai
1988
Réélection de François Mitterrand à la présidence de la République française

juin
1988
[Résultats] Élections législatives

juin
1990
Discours du président français François Mitterrand sur la démocratisation en Afrique


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