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27 octobre 2017

Déclaration d’indépendance de la Catalogne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Après un référendum tenu le 1er octobre 2017, les parlementaires catalans se prononcent majoritairement le 27 octobre en faveur d’une déclaration faisant de la Catalogne un État indépendant. Celle-ci est cependant suspendue par la Cour constitutionnelle d’Espagne, alors que la communauté internationale refuse de la reconnaître.

L’abolition du statut d’autonomie de la Catalogne, en 2010, donne un nouvel élan au mouvement indépendantiste. Un référendum non officiel, le 9 novembre 2014, est suivi par la victoire des indépendantistes aux législatives du 27 septembre 2015. Un nouveau référendum est annoncé par le président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, pour le 1er octobre 2017. À cette occasion, la population se prononce à 90,2 % en faveur de l’indépendance. Cependant, seulement 42,4 % des électeurs éligibles participent à l’exercice jugé inconstitutionnel par Madrid qui a multiplié les obstacles à la tenue de ce référendum. Le 10 octobre, Puigdemont prend acte du vote, mais suspend pour le moment une proclamation d’indépendance afin d’ouvrir le dialogue avec le gouvernement espagnol, dirigé par Mariano Rajoy. Le 27 octobre, 70 députés de la Catalogne sur 135 votent pour l’indépendance de cet État de 7,5 millions d’habitants, les autres s’y opposant, notamment en s’abstenant massivement en guise de protestation. Cette déclaration est accueillie froidement par l’Espagne. Le 31 octobre, la Cour constitutionnelle, s’appuyant sur l’article 155 de la Constitution de 1978, suspend l’autonomie de la Catalogne. Puis, le gouvernement de Madrid renvoie Puigdemont et son cabinet et annonce la tenue de nouvelles élections catalanes pour le 21 décembre. En attendant, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Saenz de Santamaria, assume l’intérim. Des membres du cabinet catalan sont incarcérés, tandis que le président de la Généralité et quatre de ses ministres quittent pour la Belgique. Des manifestations imposantes se déroulent dans les rues de la Catalogne. Elles impliquent des partisans ainsi que des opposants à la déclaration d’indépendance qui veulent demeurer à l’intérieur de l’Espagne. Cette déclaration n’est d’ailleurs pas reconnue par des piliers de la communauté internationale comme les Nations unies, l’Union européenne ou les États-Unis.

Dans les médias...


Sébastien Bauer, « La crise catalane est née à Madrid »

«...Une grande partie des forces politiques et des médias espagnols donnent l'impression de suivre M. Rajoy dans sa stratégie consistant à transformer le problème politique en un problème juridique (en s'appuyant sur les tribunaux supérieurs), et à provoquer en même temps toujours plus de tensions. L'appel à la « mobilisation permanente » de certains leaders catalans ou la récente campagne de la CUP (« Vivre signifie prendre parti ») montrent que la radicalisation enchante également d'autres acteurs du drame. (...) La stratégie de la tension de M. Rajoy répond davantage à un besoin de sauver son parti qu'au désir de régler la question catalane. De l'annulation de quatorze articles du statut d'autonomie de la Catalogne en 2010 jusqu'aux événements les plus récents, sa constance à jouer les apprentis sorciers dans un pays mal guéri des blessures de la guerre civile a contribué à légitimer une option séparatiste qui, il y a peu, n'emportait l'adhésion que de 12 % de la population catalane. Après l'échec du mouvement social de 2011 à impulser le changement politique nécessaire, après que la longue crise parlementaire de 2015-2016 s'est achevée sur la reconduction du gouvernement précédent, le défi catalan représente une menace... mais également une occasion : celle d'apaiser les tensions qui déchirent une société espagnole devenue pleinement démocratique mais entravée par une Constitution obsolète. Il faudrait pour cela lever les yeux de l'actualité immédiate... Cela reste-t-il encore possible ? »

Le Monde diplomatique (France), 1er novembre 2017, p. 1 et 12.

Dominique Moïsi, « L’Europe face au défi du repli identitaire »

«...La crise catalane a des sources historiques, politiques et sociales spécifiques. Elle ne s'inscrit pas moins dans un contexte plus global que l'on peut en Europe résumer ainsi. A l'heure de la mondialisation, comment concilier l'exigence rationnelle de souveraineté européenne et le rejet émotionnel d'une citoyenneté, plus seulement européenne mais désormais nationale ? (...) Aujourd'hui, en Catalogne, les cicatrices du passé se réveillent d'autant plus facilement que la gestion du présent s'avère contestable. Et sur ce plan, quelle que puisse être la dérive dans l'irrationalité de certains dirigeants catalans, le pouvoir espagnol porte lui aussi sa part de responsabilité. Il n'a pas su incarner et donc défendre avec sérénité et fermeté l'unité de la nation. Une chose est certaine : supprimer l'autonomie, c'est encourager l'indépendantisme. La tentation est grande, chez certains Catalans, d'en appeler à la République contre la monarchie et d'établir une forme de continuité - qui est totalement injustifiée - entre Franco hier et Rajoy aujourd'hui. Face à la montée des périls à ses frontières, l'Europe a plus que jamais besoin de nations suffisamment confiantes en elles-mêmes, pour avoir conscience de leurs limites. »

Le Monde (France), 6 novembre 2017, p. 10.

Jean-Baptiste Naudet, « Catalogne : l’audacieuse stratégie juridique de Puigdemont pour faire plier Madrid »

«...Dans un jeu subtil à fleurets mouchetés, Madrid et Barcelone tentent, chacun à son tour, d'enfermer le camp adverse dans ses contradictions. Le gouvernement espagnol souligne que le président catalan, qui se veut « légaliste », viole les lois d'une démocratie européenne alors que celle-ci assure toutes les garanties juridiques que doit offrir un pays de l'UE. Madrid dénonce ainsi la « stratégie de victimisation » de Puigdemont et de ses alliés. Une « victimisation » jugée sans justification et uniquement destinée à marquer des points sur le terrain politique ainsi que dans les opinions publiques catalanes, espagnoles et européennes. Puigdemont, lui, veut faire la démonstration inverse. Dans une Union européenne construite sur l'État de droit, où celui qui enfreint la loi perd politiquement, l'étrange « rebelle » Puigdemont tente de faire la difficile preuve, avec des manifestations pacifiques, des discours, des bulletins de vote ainsi qu'une bataille juridique qui s'annonce ardue, que la Catalogne peut prétendre à l'indépendance. Et alors que cette indépendance fait peur à des leaders européens effrayés par une contagion, une « balkanisation » de l'Europe. Puigdemont doit faire une démonstration indispensable, difficile, mais qu'il a réfléchie en détail. »

L’Obs (France), 6 novembre 2017.

Lysiane Gagnon, « La pire des politiques »

«...ne pleurons pas sur le sort de ces leaders irresponsables qui ont semé, soit par inconscience, soit par cynisme, la désolation dans la patrie qu'ils prétendaient aimer. Plaignons plutôt les indépendantistes catalans, qui ont cru au mirage qu'on leur dessinait dans les nuages, et qui, l'autre jour, s'enlaçaient dans les rues en croyant fêter l'avènement de la République catalane. Ils croyaient même – c'est ce que leurs leaders leur promettaient – que l'Europe les accueillerait à bras ouverts ! Ils seront retombés de haut. Plaignons aussi les non-indépendantistes – les unionistes, majoritaires en Catalogne – , qui se sont vus menacés, pendant quelques semaines, de perdre leur identité espagnole à cause du coup de force d'une minorité. Tous les Catalans, indépendamment de leurs convictions politiques, se retrouvent aujourd'hui dans une Catalogne humiliée. Près de 2000 entreprises ont déménagé leurs sièges sociaux hors de Catalogne, de la banque Caixa au Gas Natural en passant par le producteur de cava Cordoniu. Elles n'y reviendront pas, car elles ne voudront pas reprendre le risque de se voir coupées de l'Espagne et du marché commun européen. Barcelone, la brillante et prospère métropole, vient de voir son avenir gravement hypothéqué, pendant que d'innombrables Catalans se retrouvent privés de leur emploi. Voilà où mène la politique du pire… qui est toujours la pire des politiques. »

La Presse (Québec, Canada), 4 novembre 2017.

S.A., « Catalonia : the man who wasn’t there »

«...Must Spain « live with » an unresolvable Catalan problem? On paper, it is not hard to sketch a new solution: Catalans would probably settle for a bit more money, guarantees for the Catalan language and symbolic recognition of Catalonia as a nation. Another approach would be federalism, which would clarify responsibilities. Since change to the constitution and Catalonia's statute requires a referendum, it could offer the vote the nationalists want. But is any of this politically doable? In return for Socialist support over Article 155 Mr Rajoy agreed to a congressional committee to discuss constitutional reform. Mr Mas-Colell (cosneiller économique dans un ancien gouvernement catalan) is sceptical that it will produce anything useful. In the past two months, Catalan nationalism has awakened its dormant Spanish counterpart. Many Spaniards see Catalans as tight-fisted whingers. Supporters of the PP and of Ciudadanos, formed to oppose Catalan nationalism, want to roll back decentralisation. The underlying task is the restoration of mutual trust between Catalonia and the rest of the country. « This is an emotional problem, and the solution has to be emotional, » says Javier Vega de Seaone of the Circulo de Empresarios, a business group. »

The Economist (Royaume-Uni), 4 novembre 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 27 octobre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Espagne
ÉlevéPhilippe VI (Felipe VI)Mariano Rajoy Brey

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2012 - 2016



juin
2014
Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

novembre
2014
Tenue d'une consultation sur l'auto-détermination de la Catalogne

septembre
2015
Élections régionales au Parlement de Catalogne

décembre
2015
Tenue d'élections législatives en Espagne

décembre
2015
[Résultats] Élections législatives

juin
2016
[Résultats] Élections législatives


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2016
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