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21 novembre 2017

Démission du président du Zimbabwe, Robert Mugabe

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Robert Mugabe

Robert Mugabe, la figure politique la plus importante du Zimbabwe depuis son accession à l’indépendance, annonce qu’il quitte la présidence du pays le 21 novembre 2017. Cette décision fait suite aux fortes pressions de l’armée et de ses opposants politiques, tant au Zimbabwe qu’à l’extérieur.

Soit comme premier ministre (1980-1987) ou comme président (1987-2017), Robert Mugabe est le leader politique le plus influent du Zimbabwe depuis son accession à l’indépendance, en 1980. Perçu positivement au début, son règne devient au fil des ans la cible de nombreuses critiques, à la fois pour les insuccès économiques de ses gouvernements, dont une réforme agraire désastreuse, le traitement fait à des membres de la minorité blanche et l’attitude autoritaire de Mugabe devant l’opposition. Des sanctions économiques de la communauté internationale sont d’ailleurs appliquées contre le Zimbabwe. Mugabe et son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe/Front patriotique, sont néanmoins réélus à plusieurs reprises lors de scrutins marqués par différentes irrégularités. La course à la succession du président est la goutte qui, à l’automne 2017, fait déborder le vase. Voulant favoriser la candidature à la présidence de sa deuxième épouse Grace, Mugabe limoge un de ses dauphins présumés, le vice-président Emmerson Mnangagwa, le 6 novembre. Il considérait que celui-ci complotait contre lui. L’armée réagit fortement. Dans la nuit du 14 au 15 novembre, elle prend le contrôle de la situation sans violence. Puis, elle destitue Mugabe qui, le 21 novembre, annonce finalement sa démission. Ce geste est suivi par des célébrations dans les rues de Harare, la capitale, et salué à l’internationale. À 93 ans, Mugabe était le plus vieux chef d’État au monde. Il obtient l’immunité alors que Mnangagwa est désigné président intérimaire. Celui-ci promet une « nouvelle démocratie », mais des doutes sont exprimés à l’endroit de l’homme que l’on surnomme « le crocodile ». Dans le passé, ce proche de Mugabe et de l’armée a assumé des fonctions importantes lorsque des actes répressifs ont été commis. Il s’engage néanmoins à relancer l’économie, compenser les fermiers blancs pour la réforme agraire de Mugabe et tenir des élections en 2018.

Dans les médias...


Pierre Haski, « Comment Mugabe le héros est devenu Mugabe le tyran »

«...Comment Robert Mugabe le héros de 1980, le "combattant de la liberté" victorieux, s'est-il transformé si vite en bourreau des 37 années suivantes ? Dans son livre "Dinner with Mugabe" (1), la journaliste Heidi Holland, qui a bien connu et soutenu Mugabe avant 1980, avant d'être elle aussi obligée de fuir le pays en 1982, s'interroge aussi : "En regardant le passé, je réalise qu'avec beaucoup d'autres individus bien intentionnés, j'ai peut-être contribué à faire de Robert Mugabe l'homme qu'il est devenu aujourd'hui. Si nous avions réagi différemment à ses premiers signes de paranoïa, le Zimbabwe aurait-il pu éviter cette descente aux enfers ? Si les Blancs de ce pays avaient été plus réalistes et reconnu l'impossibilité de passer en douceur de l'Etat policier qu'ils avaient créé à la démocratie de leurs fantasmes, peut-être auraient-ils été plus respectueux, moins provocateurs ? Ou Robert Mugabe est-il simplement un exemple de la manière dont le pouvoir corrompt ?" Sa conclusion est banalement humaine : "Mugabe pensait qu'il était spécial, différent, né pour être grand"... "On se souviendra surtout de lui comme un tyran, certains s'en rappelleront comme d'un personnage triste qui a souffert et a subi des sacrifices. Il a ruiné son pays, le Zimbabwe, ce qui est réellement une tragédie parce qu'il n'avait pas à subir ce sort."»

L’Obs (France), 20 novembre 2017.

Hacen Ouali, « Après 37 ans de règne : Mugabe lâche le pouvoir »

«...C'est la chute finale. La fin sans gloire d'un autocrate. Il conquiert le pouvoir en héros libérateur admiré par tout un peuple, il le quitte en despote honni. Après 37 ans de règne de fer et sans partage, Robert Mugabe a démissionné hier de son poste de président du Zimbabwe, au terme d'une semaine d'agitation politique à rebondissements. Non pas par gaieté de coeur, mais contraint et forcé par les événements qui ont secoué Harare ces derniers jours. C'est un jour historique pour les Zimbabwéens, qui tournent ainsi la page des années de plomb marquées essentiellement par des violations massives des droits de l'homme et de misère sociale. (…) Lâché par son propre parti, son sort est définitivement scellé. Avec son départ du pouvoir, Robert Mugabe clôt une longue nuit dictatoriale qui a entraîné tout un pays vers l'abîme et un peuple dans la souffrance. «Mugabe s'est maintenu au pouvoir en écrasant ses opposants, violant la justice, piétinant le droit à la propriété, réprimant la presse indépendante et truquant les élections», assure Martin Meredith, un de ses biographes. Pris dans l'ivresse de la victoire et l'aveuglement du pouvoir, Robert Mugabe est passé de vaillant résistant à la colonisation à un des despotes les plus féroces du continent africain. (...) Il est devenu l'homme qui incarne le despotisme jusqu'à l'absurde. Il aura été jusqu'au bout le contre-exemple de Nelson Mandela. »

El Watan (Algérie), 22 novembre 2017.

Fanny Pigeaud, « Zimbabwe : Mugabe s’en va, son système reste »

«...Grace et Robert Mugabe désormais hors du jeu, Emmerson Mnangagwa, qui s'est volatilisé à l'étranger depuis sa propre éviction, est donc a priori de nouveau en pole position pour la suite. Toutefois, « il ne faut pas s'imaginer qu'il y a une adhésion populaire en faveur de Mnangagwa dans les grandes villes. Pour l'instant, il apparaît comme un moindre mal » , analyse Daniel Compagnon, chercheur au centre Émile-Durkheim à Bordeaux et auteur de A Predictable Tragedy: Robert Mugabe and the Collapse of Zimbabwe. « Pour s'imposer aux prochaines élections présidentielle et législatives, il aura recours certainement aux techniques éprouvées de manipulation de la Zanu-PF. S'il doit composer un temps avec l'opposition pour consolider la transition, cela sera purement tactique. Son objectif sera de récupérer à son profit le système Mugabe au sein duquel il a occupé un rôle central depuis l'époque de la guérilla, pour conserver le contrôle des moyens d'enrichissement. L'arrivée de l'opposition aux commandes reste impensable pour cette classe dirigeante que Mnangagwa incarne si bien. » Si le départ de Mugabe représente un changement important, le président faisait partie d'un système et « ce système n'a pas changé » , a également souligné, dans un entretien à Al-Jazeera, Alex Magaisa, un ancien conseiller de Morgan Tsvangirai lorsque ce dernier était premier ministre. »

Mediapart (France), 21 novembre 2017.

Claude Lévesque, « Le Zimbabwe tourne la page de l’ère Mugabe »

«...Les neuf dixièmes des adultes sont en chômage, ce qui ne signifie pas qu'ils ne font rien et ne touchent aucun revenu, mais plutôt qu'ils doivent se contenter des miettes que procurent les menus métiers du secteur informel. " Nous devons comprendre que le monde ne nous doit rien ", commentait jeudi en éditorial le journal progouvernemental The Herald de Harare, plus gros tirage dans le pays. Les militaires qui ont contribué à déposer Robert Mugabe ont multiplié les précautions pour ne pas donner l'impression de perpétrer un coup d'État, même si l'expression a été largement utilisée dans la presse internationale. Contrairement à plusieurs pays situés plus au nord, l'Afrique australe n'a pas connu de putschs militaires à proprement parler. Après la chute du mur de Berlin et du communisme soviétique, l'idée d'une alternance à la tête des États et d'une transition démocratique était à l'ordre du jour dans plusieurs parties du monde, dont l'Afrique. Dans ce continent, la démarche a malheureusement tourné à la mauvaise blague dans plusieurs cas, les " dynasties " régnantes se contentant de convoquer des " conférences nationales " et de tenir des élections truquées, souvent avec la complicité de certains pays du Nord qui redoutaient que des changements trop marqués nuisent à leurs intérêts. »

Le Devoir, 25 novembre 2017, p. B8.

Patson Dzamara, « Zimbabwe : Choosing between the devil and Lucifer »

«...That Mugabe was and is viewed as a god by some is not an exaggeration. In fact, even his wife declared at some point that he would rule from his grave. Many of his supporters viewed and still view him as invincible and untouchable. On the other hand, his opponents and the majority of Zimbabweans view him as a devil incarnated whose dictatorship credentials are undeniably world class. Regardless of how people view Mugabe and which side they view him from, most have missed the separation between Mugabethe person and Mugabe the system. When analysing and dealing with Mugabe, it is imperative to note that he has become more than a person. He is a system, an idea and a way of doing things. Mugabe the person will eventually go, but that won’t mark the end of Mugabe the system, idea, and way of doing business. Indeed, there is a huge possibility that the exit of the person may upset the system, approach, and way of doing things, but there is more we can project. His exit may actually leave the system with an opportunity to regenerate, reinvigorate and refocus, morphing into a much stronger outfit. »

The Zimbabwean (Zimbabwe), 23 novembre 2017.

Gouvernance et gouvernement [ 21 novembre 2017 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Zimbabwe
LimitéRobert Gabriel MugabeMorgan Richard Tsvangirai

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2007 - 2016



mars
2008
Tenue d'élections législatives et présidentielle au Zimbabwe

mai
2008
Explosion inflationniste au Zimbabwe


Dans l'actualité


novembre
2018
De Mugabe à Mnangagwa : la crise économique du Zimbabwe s'éternise

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2018
Départ de Robert Mugabe : un Zimbabwe enthousiaste face à une démission forcée

février
2016
État d'urgence au Zimbabwe : une sécheresse incontournable

février
2015
Vent de changement pour l'Union africaine

mars
2013
Fort appui à une nouvelle Constitution au Zimbabwe

février
2009
Vers une sortie de crise au Zimbabwe

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2008
Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai se serrent la main

février
2008
Une figure de la ségrégation raciale en Afrique est morte

janvier
2008
Sommet de Lisbonne : les relations Europe et Afrique changeront-elles?

avril
2007
Mugabe : l'autoritarisme se poursuit


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