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31 décembre 2015

Fin d’une année record pour l’immigration en Allemagne

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Angela Merkel

Selon une estimation provenant d’un rapport publié en 2016 par l’Office fédéral des statistiques, l’Allemagne aurait établi un record l’année précédente en accueillant 1,1 million d’immigrants. C’est plus du double du total de 2014, un phénomène s’expliquant entre autres par la croissance importante des demandeurs d’asile non-Européens.

L’instabilité qui affecte plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Asie, notamment la sanglante guerre civile en Syrie, incite plusieurs centaines de milliers de personnes à migrer vers d’autres pays, dont ceux de l’Union européenne (UE). Cette croissance augmente en 2013 et 2014 et atteint un nouveau sommet en 2015. Après avoir passé par la Turquie, de nombreux migrants atteignent l’Allemagne en traversant une frontière commune avec l’Autriche. La florissante économie allemande et l’attitude d’ouverture du gouvernement de la chancelière Angela Merkel, qui ne fixe pas de plafond aux demandeurs d’asile, font du pays une destination de choix. Dans le seul mois d’août 2015, on évalue à 3000 par jour (100 000 au total), le nombre de nouveaux arrivants. Cette opération d’intégration demande une importante logistique, tant pour les adultes que les enfants fréquentant l’école. Il faut aussi tenir compte des différences culturelles. Dans le passé, l’Allemagne a surtout accueilli des immigrants provenant de l’UE ou de la Turquie. En 2015, les bilans statistiques démontrent que les Syriens, les Afghans et les Irakiens constituent la majorité des 1,1 million de nouveaux arrivants. Au-delà de considérations humanitaires, la situation particulière de l’Allemagne, une société vieillissante touchée par des pénuries de main-d’œuvre dans différents secteurs, explique aussi cette ouverture. Les décès y excèdent largement les naissances, laissant prévoir un recul démographique à court terme. Malgré un resserrement graduel des normes d’accueil par le gouvernement allemand, l’arrivée massive d’immigrants en 2015 suscite aussi des réactions négatives. Elles s’expriment politiquement, notamment au sein de l’Alternative pour l’Allemagne qui améliore ses résultats. Cette contestation s’adresse aussi à l’UE et à son plan de redistribution des immigrants auquel s’opposent des Allemands et plusieurs pays de l’UE.

Dans les médias...


Ulrike Guérot, citée dans « Sommet de Malte sur l’immigration : l’heure de la facture de l’offensive de Merkel sur les migrants a sonné »

«...le fait qu'Angela Merkel se soit enfermée dans une vision déterminée sur les migrants a contribué à l'isoler et à lui faire perdre un certain leadership qu'elle avait en Europe. Jusque là, l'Allemagne avait toujours deux instruments pour huiler la politique européenne : le pouvoir et l'argent. Les deux ne fonctionnent plus. Autrefois, si l'Allemagne voulait que les autres pays d'Europe fassent quelque chose qui aille dans son sens, soit elle leur disait de faire ce qu'elle voulait et elle dominait la politique, soit elle leur donnait de l'argent. Aujourd'hui, ces deux instruments ne fonctionnent plus. Ainsi, l'Allemagne est dans une position d'isolement, et comme l'Allemagne est le coeur de l'Union Européenne, l'Europe tourne à vide. Les réfugiés ne sont que l'avant-garde du problème. C'est-à-dire qu'il s'agit du pépin, qui va permettre, ou pas, à l'Europe de faire des choix qui dicteront son avenir. Nous sommes jetés et projetés dans un nouveau monde. Quelle aurait été la réponse des autres pays à la place d'Angela Merkel ? On ne peut pas faire un mur autour de l'Europe, on ne peut pas les tuer, les laisser se noyer dans la Méditerranée. Quand ils arrivaient, que faillait-il faire ? Les autres n'ont rien fait. Personne n'a eu une meilleure solution. »

Atlantico (France), 11 novembre 2015.

Nicolas Barotte, « Réfugiés : l’Allemagne peut-elle réussir le pari de l’intégration? »

«...« L'intégration des réfugiés est un investissement pour l'avenir dont le succès n'est pas garanti » , préviennent les sages du Conseil économique dans leur rapport annuel. Le succès « dépendra en grande partie des efforts d'intégration, de formation et de qualification » fournis par les demandeurs d'asile et les pouvoirs publics. Pour réussir leur installation en Allemagne, les réfugiés devront avant tout pouvoir y travailler. À la différence de l'immigration légale de travail, ce pari-là n'est pas garanti. Mais la situation est favorable : avec le déclin démographique dont souffre le pays, des centaines de milliers d'emplois restent vacants. Le pays aura besoin d'un solde migratoire de 500 000 personnes par an pour maintenir le niveau de sa population active. La vague des réfugiés pourra y contribuer, même si le profil des demandeurs d'asile ne correspond pas à ceux que recherchent les entreprises. « L'Allemagne a besoin de main-d'oeuvre qualifiée et non qualifiée » , assure Marcel Fratzscher, directeur de l'institut économique DIW. « Même si les perspectives sur le marché du travail sont à court terme moins bonnes pour eux, les effets positifs à long terme pour l'Allemagne dépasseront les coûts » , assure l'institut dans une étude parue début novembre. L'enjeu est de ne pas les laisser en marge de la société. Le chemin ne sera pas aisé. »

Le Figaro (France), 23 novembre 2015, p. 23.

Christophe Bourdoiseau, « La vraie Merkel, enfin! »

«...Le recentrage de son parti lui a permis de gouverner avec les sociaux-démocrates et de former, en 2005 et en 2013, deux «grandes coalitions» avec succès. Merkel, chancelière du salaire minimum, a fait tomber tellement de barrières que les conservateurs envisagent même une alliance avec les écologistes au niveau fédéral. Enfin, elle a montré son vrai visage dans la crise des migrants, en rabrouant ses détracteurs de la CSU [la branche bavaroise du parti] qui lui reprochaient de laisser rentrer trop de réfugiés en Allemagne. « S'il faut s'excuser de se montrer accueillants dans une situation de crise, ce n'est plus mon pays » , a-t-elle lancé à l'adresse de ses amis « chrétiens » bavarois. Cette ancienne fille de pasteur est-allemand a ouvert les frontières, avant tout par humanisme. Et elle refuse qu'on lui fasse la leçon sur ce drame - elle qui a vécu en 1989 une grave crise de réfugiés dans son propre pays, la RDA. Angela Merkel incarne aujourd'hui cette étonnante « Allemagne terre d'accueil » dont les Allemands sont si fiers. A 61 ans, et plus forte que jamais, Merkel peut désormais affirmer sa vraie personnalité: celle d'une femme indépendante. »

Le Soir (Belgique), 18 septembre 2015, p. 14.

Christian Rioux, « Merkel joue avec le feu »

«...On ne le dira jamais assez, Angela Merkel joue à un jeu dangereux en bradant ainsi la souveraineté des pays plutôt que de miser sur une démarche volontaire des pays -- comme en 1984, justement ! Pour aller récupérer les centaines de milliers de travailleurs qualifiés dont son pays a besoin, elle fait mine d'oublier les dizaines de milliers de personnes qui se regroupaient il y a quelques mois à peine à Dresde pour manifester contre l'immigration musulmane. Est-ce pour cela que la chancelière rappelle soudainement son opposition au multiculturalisme ? « Nous ne détournerons pas les yeux si des groupes se forgent pour refuser l'intégration », dit-elle. Mais cela, on ne le saura que dans dix ans. En attendant, la stratégie allemande est d'autant plus risquée que la chancelière reste dangereusement muette sur les solutions à long terme à cet exode. Or, celles-ci ne peuvent venir que de Syrie et du Moyen-Orient. La première puissance européenne, le géant économique et (dorénavant) le plus généreux pays d'accueil demeure en effet un nain et un irresponsable en matière diplomatique, stratégique et militaire. Là où se règlent les véritables problèmes. Plus le temps passe, plus il est justifié de se demander si, avec cette politique impériale à courte vue, l'Allemagne ne fera pas à nouveau éclater l'Europe. »

Le Devoir (Québec, Canada), 11 septembre 2015, p. A3.

Gouvernance et gouvernement [ 31 décembre 2015 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Allemagne
ÉlevéJoachim GauckAngela Merkel

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2010 - 2016



septembre
2013
Réélection en Allemagne d'un gouvernement dirigé par Angela Merkel

septembre
2013
[Résultats] Élections législatives

septembre
2015
Adoption d'un plan par l'Union européenne afin de répartir 120 000 demandeurs d'asile

décembre
2015
Fin d’une année record pour l’immigration en Allemagne


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