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2 avril 1974

Décès du président français Georges Pompidou

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Georges Pompidou

Une figure dominante de la vie politique française depuis le début des années 1960, le président Georges Pompidou décède des suites d’une longue maladie le 2 avril 1974. Celui qui l’a précédé à ce poste, le président du Sénat Alain Poher, lui succédera en attendant qu’une élection présidentielle soit tenue les 5 et 19 mai 1974.

Un ancien professeur et directeur général de la Banque Rothschild, Georges Pompidou devient un homme de confiance du président Charles de Gaulle au cours des années 1950. Succédant à Régis Debré, il devient le troisième premier ministre de la Ve République de 1962 à 1968. La France vit alors une période intense d’industrialisation et de modernisation. Pompidou dirige des gouvernements de droite qui remportent trois élections consécutives entre 1962 et 1968. La crise de mai 1968 met à rude épreuve le leadership de cet homme calme et pondéré, généralement perçu comme le dauphin de de Gaulle à la présidence. Des relations tendues avec ce dernier mènent toutefois à sa démission, le 10 juillet 1968. Candidat à la présidence après le départ de de Gaulle, Pompidou est élu avec une forte majorité le 15 juin 1969 contre Alain Poher (58,2 %). La France continue sa progression économique pendant son mandat, mais doit aussi subir les effets de la crise pétrolière de 1973. Le président doit également composer avec une santé défaillante qui l’oblige, vers la fin de son mandat, à annuler des apparitions publiques et des voyages diplomatiques. Sa mort, le 2 avril 1974, survient alors que le taux de satisfaction à son endroit est encore élevé. Elle soulève la question de la responsabilité des dirigeants à mieux informer le public de leur état de santé. De nombreux dignitaires, dont le président américain Richard Nixon, le chancelier allemand Willy Brandt et le premier ministre britannique Harold Wilson, se déplacent à Paris pour assister aux obsèques nationales de Pompidou, le 6 avril. Alain Poher assurera l’intérim avant que Valéry Giscard d’Estaing ne remporte le deuxième tour de l’élection présidentielle, le 19 mai.

Dans les médias...


Jacques Julliard, « Après Pompidou »

«...Moins prévoyant, ou peut-être plus autoritaire [que de Gaulle], c’est ce que Georges Pompidou n’a pas su ou voulu faire : il a laissé, volontairement sans doute, la « légitimité » gaulliste sans titulaire, au risque de la perdre. C’est pourquoi il n’y a pas de contradiction à voir en lui et le continuateur de l’œuvre gaulliste et le fossoyeur du gaullisme en tant que courant politique. Il est clair que le regroupement qui s’opère actuellement autour de Giscard d’Estaing, de la droite classique et des débris de la démocratie chrétienne avec la complicité active des « pompidoliens » correspond à une volonté délibérée de détruire l’hégémonie du parti gaulliste sur la droite et le centre. S’il y eut « trahison », c’est là et pas ailleurs qu’il faut la chercher; et le nom de son successeur pourrait constituer à cet égard l’aveu posthume de Pompidou. Car, dans son action politique proprement dite, il n’y a pas de rupture caractéristique avant et après 1969. En ce sens, comme beaucoup d’événements notables, la mort de Pompidou est importante, moins parce qu’elle annonce que par ce qu’elle clôture; elle est un précipité d’histoire et non un embryon d’avenir. C’est dans l’insignifiance du petit matin, une fois l’événement retombé, et non à partir de lui, que le cours des choses se relance. »

Esprit (France), mai 1974, p. 772.

Jacques Fauvet, « Un drame, un destin »

«...Quel destin extraordinaire que celui de Georges Pompidou! Quelle tragédie! [...] …le second président élu au suffrage universel ne peut, lui non plus, achever son septennat, aussi stoïque dans la maladie que son maître l’avait été dans la défaite. Sa mort laisse en suspens la question de la durée excessive du mandat présidentiel, qu’il avait lui-même soulevée puis délaissée, faute d’une majorité suffisante. Mais, en dépit du caractère de l’homme, la maladie du président a posé et pose le problème du régime. Pour la deuxième fois, une élection présidentielle aura lieu en tout cas à un moment où l’inquiétude née de l’émotion ne sera pas dissipée. En ne se démettant pas, en allant jusqu’à la limite de ses forces, Georges Pompidou aura aussi rendu un ultime service à la majorité présidentielle et à la Ve République. Est-ce la seconde mort du gaullisme? Avant de revenir au pays, la réponse appartient à cette majorité. L’héritage, ou ce qui en reste, doit-il être sauvé? Peut-il l’être? Et par qui? »

Le Monde (France), 4 avril 1974, p. 1.

Josette Alia, « Cinq années en roue libre »

«...L’histoire, qui rétablit les perspectives, montrera que ce qu’on croit aujourd’hui est faux : Georges Pompidou n’a pas plus succédé à de Gaulle que Louis-Philippe n’a succédé à Louis XIV. On peut même aller plus loin : en de multiples domaines, il a pris le contrepied du gaullisme et – sauf en politique étrangère – il semble bien avoir largué l’héritage. Largué, non dilapidé : il l’a fait, au contraire, assez bien fructifier. Le fameux « enrichissez-vous » de Guizot est devenu le leitmotiv d’un régime qui veut « réconcilier la France avec le profit » – et qui y parvient tout à fait, comme le démontre, dans ce numéro, François-Henri de Virieu. Pourtant – et c’est là la première rupture – , cette soudaine promotion des patrons et des industriels français, qui comble certainement un retard, ne s’accompagne d’un mouvement parallèle sur aucun autre plan. L’intendance, sous de Gaulle, devait suivre, et elle traînait en effet. Sous Pompidou, elle précède, elle commande, c’est le reste qui ne suit pas. Bien plus, alors que la prospérité monte, le politique, le social, le culturel même semblent se détériorer. »

Le Nouvel Observateur (France), 8 avril 1974, p. 28.

S.A., « Brave Struggle, Simple Farewell »

«...Pompidou’s desire to be buried under a simple headstone in a tiny village was strikingly similar to the arrangements Charles de Gaulle requested for himself. It was perhaps appropriate that in death, as in much of his life, Pompidou marched to the beat of the general’s drum. He was De Gaulle’s chosen heir, and though he lacked the general’s grandeur and electrifrying sense of history, Pompidou tooke De Gaulle’s inspiration and institutionalized it. He kept alive the ideas of a movement – a strong executive authority, a sense of social order, a heightened feeling of national pride and independence – that might have died with its founder. Still, Pompidou was more of a caretaker than a creator, and he notably failed to impart to his countrymen – particularly the young – any stirring vision of France as a future society. »

Time (édition canadienne), 15 avril 1974, p. 42.

Georges Vigny, « Pompidou et son héritage »

«...Du rêve de grandeur et d’indépendance de son prédécesseur [de Gaulle], Georges Pompidou, en chaussant les bottes du géant trop grandes à ses pieds – trop grandes pour qui que ce soit d’ailleurs – n’avait retenu que le mythe de la force de frappe et la politique étrangère. Le premier a dressé contre la France tout un groupe d’amis qui, autrement, n’avaient rien à lui reprocher et qui refusent aujourd’hui d’accueillir chez eux les retombées d’un rêve impossible. La seconde a fait que Georges Pompidou, ayant été maladroitement servi peut-être, a donné à choisir à ses partenaires entre Paris et Washington, choix que Bonn et Londres – pour ne citer que ceux-là – refusent de faire car il s’impose de lui-même. Ainsi, contesté pour sa régence sur le plan intérieur, Georges Pompidou aura eu à subir les contrecoups d’un antiaméricanisme qu’il n’a probablement pas pensé mais dont son régime sort perdant. »

Le Devoir (Québec, Canada), 3 avril 1974, p. 4.

Gouvernance et gouvernement [ 2 avril 1974 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireAlain PoherPierre Messmer

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1969 - 1979



avril
1969
Tenue d'un référendum menant à la démission du président français Charles de Gaulle

mai
1969
Remise du prix du jury à Cannes au film Z de Costa-Gavras

juin
1969
Élection de Georges Pompidou à la présidence de la République française

juin
1969
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1971
Création de l'organisation Médecins sans frontières

mars
1973
Tenue d'élections législatives en France

mars
1973
[Résultats] Élections législatives

avril
1974
Décès du président français Georges Pompidou

mai
1974
Élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République française

mai
1974
[Résultats] Élection présidentielle

janvier
1976
Premier vol commercial de l'avion supersonique Concorde

septembre
1976
Adoption du premier plan d'austérité de Raymond Barre en France

mars
1978
Échouement de l'Amoco Cadiz et marée noire sur les côtes de la Bretagne

mars
1978
[Résultats] Élections législatives

mars
1979
Création du système monétaire européen


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