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9 mai 2018

Élections législatives historiques en Malaisie

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Au pouvoir depuis l’indépendance de la Malaisie, en 1957, l’Organisation nationale malaisienne unie (ONMU), formation principale des coalitions Parti de l’alliance (1957-1973) et Front national (depuis 1973), est défaite par la coalition l’Alliance de l’espoir (ADE) aux législatives du 9 mai 2018. À 92 ans, Mahathir Mohamad devient le plus vieux chef de gouvernement au monde.

L’ONMU, formation principale des coalitions Parti de l’alliance et Front national, dirige la Malaisie sans interruption depuis l’indépendance, en 1957. Une de ses figures de proue est Mahathir Mohamad, qui est premier ministre de 1981 à 2003. Il est en quelque sorte un mentor pour Najib Razak qui, lui, devient premier ministre à partir de 2009. Favorable à la libéralisation de l’économie, Razak est réélu en 2013. Des accusations de corruption, dont un scandale de détournement de fonds à son profit (1Malaysia Development Berhand), en 2015, accentuent toutefois la grogne à son endroit. Devenu un de ses critiques, Mohamad quitte l’ONMU et fonde le Parti unifié indigène de Malaisie en 2016. Il fait partie de la nouvelle coalition ADE qui fera la lutte à celle du Front national aux législatives du 9 mai 2018. En plus d’être davantage à gauche du Front national, l’ADE parle de supprimer une taxe à la consommation imposée par le gouvernement, de lutter contre l’inflation, une source de mécontentement, de gouverner de façon plus intègre et de libérer Anwar Ibrahim. Ce leader de l’opposition aux élections de 2008 et 2013, qu’avait déjà fait emprisonner Mohamad, est de retour derrière les barreaux depuis 2015. Il est accusé de sodomie, un crime en Malaisie, mais aux yeux des analystes sa condamnation s’explique par des motivations politiques. En 2018, Mohamad fait campagne avec l’épouse d’Ibrahim. Âgé de 92 ans, il s’engage à ce que Ibrahim soit libéré et lui succède rapidement s’il est élu. Le 9 mai, l’ONMU arrive en tête des partis, mais la coalition de l’ADE obtient 45,6 % des voix et la majorité des sièges, soit 113 sur 222. Cette victoire historique de l’opposition provoque des scènes de joie dans le pays. Razak quitte son poste alors que Mahathir, devenu premier ministre, rassure les marchés financiers et promet de restaurer la règle de droit. Le 16 mai, Ibrahim est libéré avec le pardon du roi Mohammed V.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Philippe Riès, « Malaisie : Tsunami politique ou simple changement de marée »

«…Outre le défi que constitue le remplacement d'une machine politique qui a occupé le pouvoir sans interruption pendant 61 ans, même sous la tutelle expérimentée de Mahathir, certains éléments du programme de la coalition victorieuse présentent des risques. L'annulation de la très impopulaire taxe sur les biens et services, une déclinaison locale de la TVA, va priver le budget de l'État de 18 % de ses rentrées fiscales. Le rétablissement des subventions aux carburants, une politique populaire dans les pays émergents mais aux effets secondaires calamiteux, n'est pas une bonne idée. Surtout si le prix à payer est le retour de la dépendance budgétaire excessive vis-à-vis de Petronas, la compagnie pétrolière nationale. Le passage en revue des investissements chinois, Najib ayant été accusé d'avoir vendu le pays à la Chine, pourrait provoquer des tensions avec Pékin. Mais l'essentiel n'est pas la politique économique, la Malaisie se portant raisonnablement bien dans une région qui reste le moteur principal de la croissance mondiale. Sans système judiciaire indépendant, purgé de ses cliques partisanes, et sans une presse libre, la Malaisie a peu de chances de corriger les travers qui ont conduit l'UMNO à pourrir sur pied. Tout aussi essentiel, et pas moins difficile, serait de mettre fin au système de patronage en faveur des Malais, afin d'accorder plus de place au mérite dans la cohabitation entre les communautés. »

Mediapart (France), 15 mai 2018.

Bruno Philip, « Retour spectaculaire de Mahathir à la tête de la Malaisie »

«...Deux facteurs expliquent la défaite de la coalition sortante, qui avait battu des records de longévité mondiale pour un parti au pouvoir. Le chef du gouvernement a payé cher le scandale du fonds souverain « 1MDB », affaire dans laquelle il est accusé d'avoir siphonné sur son compte en banque personnel 546 millions d'euros. Ce qu'il a toujours nié. Mais sans convaincre : l'affaire ayant des ramifications internationales, la justice américaine l'avait quasiment désigné, il y a deux ans, sans le nommer explicitement mais en évoquant « l'officiel malaisien 1 », comme étant bien le récipiendaire de cette somme considérable. […] L'autre cause de la désaffection d'une partie importante de l'électorat est la hausse des prix et le renchérissement général du coût de la vie : la Malaisie a beau être le pays à jouir du plus fort produit national brut par tête d'habitant de l'Asie du Sud-Est (après les micro-Etats de Singapour et de Brunei), la prospérité économique n'a pas, ces derniers temps, profité à tout le monde et les inégalités sociales se sont creusées. La question qui se pose désormais est d'imaginer comment une coalition hétéroclite de quatre partis (dont le Bersatu, ou Unite, de Mahathir) va pouvoir gouverner. »

Le Monde (France), 12 mai 2018, p. 6.

Laurence Defranoux, « Malaisie : C’est notre prise de la bastille »

«...Un des objectifs officiels de l'Umno, qui a instauré l'islam comme religion officielle, est de privilégier les Malais, ethnie légèrement majoritaire dans une mosaïque de peuples et de religions. Le parti a toujours entretenu une mentalité de défiance entre les communautés pour mieux régner. Sur les formulaires administratifs, chacun doit renseigner sa «race» , une définition de plus en plus absurde au fil des mélanges, et alors que la conversion à l'islam obligatoire en cas de mariage mixte n'est souvent qu'une formalité vide de sens, et que dans les villes, églises, temples bouddhistes ou hindous côtoient pacifiquement les mosquées. Depuis plusieurs mois, les sondages montraient un nombre anormalement haut de Malais indécis, signe que les frontières ethniques et politiques se dissolvaient. L'arrivée surprise à la tête de la coalition d'opposition de Mahathir Mohamad, ancien Premier ministre qui a dirigé sans pitié le pays entre 1981 et 2003, et a été l'architecte de la supériorité malaise, a été un déclencheur crucial. La vieille menace de l'Umno selon laquelle voter pour l'opposition signifiait voter pour les ennemis de l'islam, devenait caduque. Et dans les meetings de l'opposition, sur scène comme dans la foule, toutes les sensibilités communiaient dans la même avidité de «changement» . »

Libération (France), 11 mai 2018, p. 6.

Jeevan Vasagr, « Mahathir Mohamad is back. Malaysians’ smiles may be brief »

«...So the optimistic version of the story runs like this: Mahathir’s victory is a win for people power over corruption. His return will see justice done and corrupt public officials will get their comeuppance. Then he will be succeeded by Anwar, fulfilling a promise he made on the campaign trail. Anwar is a highly capable and reforming politician who will unleash Malaysia’s full economic potential. But hold the optimism for a moment. What is the likelihood of these high hopes being fulfilled? The most honest answer is that the probability is slim. [...] A pessimistic version of Malaysia’s future runs as follows: the country may have swapped one political dynasty for another; a degree of justice may be done but Malaysia’s institutions will remain weak; there is no prospect of real and lasting change. Mahathir was driven to the national palace, the official residence of the Malaysian king, to be sworn in this week. The car he arrived in? A Proton – symbol of Malaysia’s unfulfilled promise. » »

The Guardian (Royaume-Uni), 11 mai 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 9 mai 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Malaisie
IntermédiaireMuhammad Faris Petra ibni Sultan Ismail PetraNajib Tun Razak

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2008 - 2016



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2008
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mai
2013
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