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3 août 1977

Décès du président de Chypre, Makarios III

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Makarios III

Des dignitaires d’une cinquantaine de pays sont réunis à Nicosie afin de rendre hommage à Makarios III, leader politique et religieux de Chypre décédé le 3 août 1977. Celui-ci a été associé à des étapes importantes de l’histoire de son pays, de l’indépendance, en 1960, à l’arrivée de troupes onusiennes, en 1964, pour apaiser les conflits entre chypriotes grecs et turcs.

Makarios III (Michael Christodouros Mouskos) est archevêque et primat de l’Église orthodoxe de Chypre depuis 1950. Favorable au rattachement de Chypre à la Grèce (Enosis), il est forcé à l’exil en 1956 par les Britanniques qui veulent maintenir leur contrôle sur l'île. Il revient en 1959, peu avant l’accession à l’indépendance qui devient officielle le 16 juillet 1960. Élu en décembre 1959, il est le premier président du pays le 16 août 1960. Ses années au pouvoir sont marquées par une volonté de non-alignement en politique extérieure, alors que les conflits entre Chypriotes grecs, qui forment la majorité de la population, et turcs dominent la scène nationale. En 1964, des troupes des Nations unies sont même déployées afin de maintenir l’ordre et la loi et permettre au pays de fonctionner normalement. Makarios III est réélu sans véritable opposition en 1968 et 1973. Cependant, il est renversé en 1974 avec l’appui du régime des colonels en Grèce, qui souhaite le rattachement de Chypre à la Grèce (Enosis). Ce geste entraîne une intervention turque dans le nord du pays pendant que l'ex-président Makarios III est en exil. Il reprend ses fonctions en décembre 1974 après la chute du régime des colonels. Des tentatives sont faites pour apaiser les tensions, dont une entente en février 1977 avec le président de l’État fédéré turc de Chypre, Rauf Denktas. Toutefois, Makarios III subit une attaque cardiaque et décède le 3 août 1977. On annonce 40 jours de deuil du côté des Chypriotes grecs, mais aucun chez les Chypriotes turcs qui ne reconnaissent pas l’autorité de Makarios III sur eux. Des centaines de milliers de personnes défilent devant la dépouille du défunt qui fut sans contredit le personnage politique le plus important de Chypre au XXe siècle. Des dignitaires d’une cinquantaine de pays se déplacent aussi à Nicosie pour lui rendre un dernier hommage. C’est le président de la Chambre des représentants, Spyros Kyprianou, qui accédera à la présidence.

Dans les médias...


Pierre-Yves Péchoux, « Mille Makarios »

« [...] L'Occident, qui ne s'émeut guère de voir un banquier, ou un général, devenir premier ministre, s'étonnait volontiers qu'une république puisse de la sorte se confier à un homme d'Église. La double légitimité de Makarios avait cependant été plusieurs fois confirmée de façon éclatante. En 1973 encore, quand un synode majeur des Églises orientales lui donna raison contre les évêques de Chypre qui voulaient le contraindre à choisir entre l'archevêché et la présidence. Et en 1974, les Nations unies l'accueillant en chef d'État, alors qu'il avait dû fuir l'île pour échapper aux coups de soldats dévoyés [...] Dès que Chypre connaissait une alerte, dès que le peuple grec s'alarmait, les références à l'ethnarque se faisaient plus fréquentes, allusion implicite à la contingence des fonctions présidentielles en même temps qu'à la nécessité de faire front plutôt que de cultiver des différences partisanes. Rares ceux qui n'avaient pas sangloté quand les putschistes de 1974 prétendaient l'avoir tué. Makarios n’avait pourtant pas, à Chypre, que des zélateurs. Ses critiques les plus constants et les plus bruyants lui reprochaient d’avoir abandonné la réclamation de l’union de l’île à la Grèce…»

Esprit (France), octobre 1977, p. 142.

Kenize Mourad, « L'après-Makarios »

« [...] La mort de l'archevêque Makarios survenue mercredi dernier à Chypre relance-t-elle le danger d'un conflit en Méditerranée? Les Turques disaient volontiers que l'ethnarque constituait l'obstacle principal à une solution du problème chypriote. Le charisme de cet homme d'État, populaire dans le monde entier, irritait en effet ses adversaires. Mais sa disparition pourrait rendre le règlement de la crise chypriote plus difficile encore. La situation à Chypre est en effet explosive. Non tant entre Grecs et Turcs qu'entre Grecs de différentes obédiences que seule l'autorité de Makarios parvenait à tempérer. L’île comprend un éventail complet de forces politiques [...] Tout ce monde, extrêmement bien armé, Makarios le tenait en main, tant bien que mal. Mais il n'en sera pas de même pour son successeur, Spyros Kyprianou, quarante-trois ans. Moins fort que Makarios sur le plan intérieur, il devra se montrer plus dur à la table des négociations. »

Le Nouvel Observateur (France), 8 août 1977, p. 31.

S.A., « Chypre : l’après-Makarios »

« [...] « Makarios est mort, mille Makarios continueront son oeuvre. » C’est tout à la fois la détermination et l’inquiétude d’un peuple qui se sont exprimées à travers cette phrases inscrite en énormes lettres blanches sur fond noir à l’entrée de la crypte où a été inhumée, le 8 août, la dépouille embaumée de l’archevêque-président. « Makarios vit. » « Nous poursuivrons ton combat. » Au milieu des pleureuses, au son de l’hymne national, une énorme foule en deuil a dit adieu à son leader disparu. Lui qui avait construit la nation chypriote laisse une île prospère, mais il lègue un lourd héritage politique à ses successeurs. Ceux-ci assurent tous vouloir poursuivre l’œuvre du défunt mais, comme nous l’écrivions dans ces mêmes colonnes : « la disparition du président Makarios donnera vraisemblablement le signal d’une foire d’empoigne, avec le risque d’une nouvelle intervention turque et, finalement, d’une conflagration générale. Cette inquiétude n’est aujourd’hui nullement surfaite. »

Afrique-Asie (France), 19 septembre 1977, p. 50.

S. A., « Après Makarios »

« [...] De ses origines paysannes, il avait gardé le goût des négociations interminables qui finissent par lasser les plus patients. De ses études théologiques, le sens du décorum, des gestes rituels. Il était bien l'ethnarque, le chef incontesté des Grecs de l'île méditerranéenne. La popularité dont il jouissait auprès de ses frères grecs tenait autant du « charme » que de ses qualités de protecteur. Là, peut-être, résidait sa faiblesse. Car sa force même le rendait peu réceptif aux plaintes de la communauté turque. Les deux communautés, séparées par leur fidélité, l’une à l’Église orthodoxe, l’autre à l’islamisme, l’étaient tout autant par une division territoriale qui avait rejeté les Turcs vers le sud déshérité. L’invasion de l’île par l’Armée turque, en juillet 1974, n’a fait qu’empirer les conditions d’un règlement. Car les Turcs sont maîtres désormais du Nord, où se trouvent les meilleures terres, alors qu’ils ne représentent que 18 % de la population (120 000 Turcs pour 530 000 Greca. Le « Castro de la Méditerranée », comme disaient les Américains, laisse une oeuvre inaccomplie.»

L'Express (France), 8 au 14 août 1977, p. 39.

S. A., « A Leader, not a Statesman »

« [...] It would be wrong, no doubt, to place on Makarios's shoulders the sole blame for the tragic breakdown of the Cyprus constitution in the bloodshed of December 1963. But his most fervent apologist would be hard put to agree that during those crucial years, 1960 to 1963, he was really trying to create a single independent Cypriot nation in which Turkish Cypriots could feel they were equal partners. It may be argued that had he done so he would have lost the support of his own community. But the overriding impression remains that he lacked the statesmanlike vision for the attempt. After 1963 the chances of creating such a nation were virtually nil. The most that could have been hoped for was a bi-national state. Again, Makarios was not alone to blame for the fact that no such state was built. The blame for the lack of an intercommunal agreement between 1964 and 1974 must be shared also by successive Greek and Turkish governments of the period and by their supporters on the island. But Makarios did little to shake the Greek Cypriots from their complacency during this period. Indeed he almost certainly failed himself to realize just how precarious was a status quo largely favourable to him ; and he devoted far more energy to fighting off successive challenges from Athens than to seeking an accommodation with the Turks. And in the process he helped build up a specifically Greek Cypriot national consciousness, from which both mainland Greeks and Turkish Cypriots were excluded. »

The Times (Royaume-Uni), 4 août 1977, p. 13.

Gouvernance et gouvernement [ 3 août 1977 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Chypre
ÉlevéSpyros Achilleos Kyprianou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1967 - 1987



juillet
1974
Fin du régime des colonels en Grèce

août
1977
Décès du président de Chypre, Makarios III

novembre
1983
Proclamation de la République indépendante du nord de Chypre


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