18 juillet 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

novembre 1991

Déclenchement d’une guerre civile au Djibouti

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Plusieurs facteurs de mécontentement au Djibouti incitent des groupes d’opposition à se réunir au sein d’un Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD) qui conteste le président Hassan Gouled Aptidon, au pouvoir depuis 1977. Un accord de paix est conclu le 26 décembre 1994, après des combats ayant fait des milliers de morts et de déplacés.

Hassan Gouled Aptidon, d’ethnie issa et du clam Mamassan, dirige le Djibouti de façon autoritaire depuis son accession à l’indépendance, en 1977, suscitant du mécontentement. Ce petit État d’Afrique orientale connait aussi des tensions entre les Issas, la majorité qui domine la vie politique, et les Afars, qui considèrent que leur situation politique est inéquitable. Le contexte régional change également en 1991 alors que des leaders autoritaires – Mengistu Haile Mariam (Éthiopie), Muhammad Siyad Barre (Somalie) – sont évincés. La même année, le FRUD, regroupant plusieurs groupes d’opposition, demande une plus grande place politique pour les Afars. En novembre, il passe à la lutte armée et prend le contrôle du nord et d’une partie du pays. L’intervention de la France, de qui le Djibouti avait obtenu l’indépendance, favorise la reconquête du territoire par les forces gouvernementales, surtout à partir d’une offensive survenue en 1993. Plusieurs Afars quittent d’ailleurs le pays pour l’Éthiopie à cette occasion. Pendant cette période, le régime de parti unique, le Rassemblement populaire pour le progrès, prend fin, une nouvelle Constitution est adoptée et des élections multipartites limitées sont tenues. Les principaux groupes d’opposition refusent toutefois d’y participer. Les efforts de médiation de la France demeurent également vains, avant qu’une faction plus modérée du FRUD n’accepte finalement de négocier un accord de paix le 26 décembre 1994. Il prévoit l’entrée de membres du FRUD au sein du gouvernement, de la fonction publique et de l’armée. Cette faction cesse aussi les combats et devient un parti politique. D’autres refusent cependant de rendre les armes, continuant une lutte qui perd tout de même de son intensité avant la conclusion d’un accord de cessez-le-feu en mai 2001. Entre-temps, le président Hassan Gouled Aptidon avait quitté ses fonctions le 8 mai 1999, après 22 années au sommet de l’État.

Dans les médias...


Marc Yared, « Le commencement de la fin : Djibouti à son tour »

«...Djibouti ne pouvait échapper aux cataclysmes qui ravagent ses grands voisins. Pas plus que le Liban, par exemple, a pu échapper indéfiniment aux effets déstabilisants du conflit israélo-arabe. Alors que les dictateurs réputés indélogeables de la Somalie et de l’Éthiopie s’évanouissaient de la scène, et au moment où les lignes de démarcation ethniques faisaient fi des frontières étatiques, le petit Djibouti ne pouvait qu’emboîter le pas. Aggravant son cas, le régime Gouled s’est aliéné – par son refus de dialoguer avec son opposition et par sa violation éhontée des droits de l’homme – le puissant protecteur français. Vis-à-vis du Somaliland, au sud de son pays, Gouled a manifesté une vive hostilité, armant les « rebelles » du Front uni somalien. Même attitude à l’égard de l’Éthiopie, où sévit un « Front issa et gurgura » qui lui est lié. Bref, il n’est pas nécessaire d’être prophète pour affirmer que le régime de Hassan Gouled – isolé dans son pays et dans la région – ne survivra probablement pas au-delà de quelques mois ou de quelques semaines. À Paris, on s’emploie déjà à imaginer les coalitions appelées à succéder au « père de l’indépendance djiboutienne », qui a dilapidé tous ses atouts par passion du pouvoir absolu. »

Jeune Afrique (France), 27 novembre au 3 décembre 1991, p. 19.

Catherine Simon, « Le coup de colère des Afars »

«...Les objectifs politiques de cette rébellion afar demeurent encore assez obscurs. Si les nombreux tracts ou pamphlets adressés au président Gouled font peser la menace d’une « guerre civile » (dont le régime est d’avance tenu pour responsable), aucun n’appelle explicitement au renversement du chef de l’État : on vilipende le régime, mais non son « père ». De même, on différencie mal les différents mouvements d’opposition afars. Trois d’entre eux ont, semble-t-il, fusionné pour former le FRUD, sans que l’on sache très bien ce qui, avant les séparait. Et, si le mot « démocratie » revient comme un leitmotiv, en revanche, le « multipartisme » ne semble pas faire partie des revendications les plus urgentes de ces soldats de l’ombre. Au reste, le président Gouled n’y est pas formellement hostile. « Si nos populations devenaient favorables à la création du multipartisme, nous n’y serions pas opposés », nous avait indiqué le chef de l’État lors d’un entretien, fin juin. « Mais attendons d’abord que la paix soit rétablie dans la région », ajoutait-il. Les quatre mois qui se sont écoulés n’ont guère donné de signe en ce sens...»

Le Monde (France), 15 novembre 1991, p. 8.

Claude Gomo, « Gouled au pied du mur »

«...Âgé de plus de 80 ans, ce dernier [Gouled] a longtemps exploité le « danger » des visées expansionnistes de Mengistu [Éthiopie] et de Syad Barre [Somalie] pour empêcher une véritable unité nationale. Ces derniers ont fui leurs capitales. Les manœuvres de Gouled, qui lui avaient jusqu’alors permis d’entretenir les clivages entre les trois principales ethnies, ont alors perdu leur raison d’être. C’est ainsi qu’Afars, Somaliens et Arabes firent alliance au sein du FRUD en réaction au refus du pouvoir de convoquer une conférence nationale où toutes les sensibilités et organisations de l’opposition seraient réunies en vue de l’avènement d’un régime démocratique doté d’une Constitution garantissant toutes les libertés, et de l’élection d’un nouveau Parlement vraiment représentatif. La rébellion armée devenait inévitable après que le régime ait déclenché de vastes opérations répressives contre tout Djiboutien osant élever la voix pour critiquer la politique gouvernementale. Licenciements, arrestations, emprisonnements, torture, la liste des exactions était longue, trop longue. »

Le Nouvel Afrique Asie (France), décembre 1991, p. 14-15.

Gouvernance et gouvernement [ 0 novembre 1991 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Djibouti
FaibleHassan Gouled AptidonBarkat Gourad Hamadou,

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1981 - 2001



novembre
1991
Déclenchement d’une guerre civile au Djibouti


Dans l'actualité


octobre
2017
Djibouti : un partenaire stratégique pour les puissances mondiales

octobre
2017
Le fléau des mutilations génitales féminines : le cas djiboutien

septembre
2016
Élection présidentielle djiboutienne : dur réveil pour l'opposition


Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019