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30 juillet 2018

Élection d’Emmerson Mnangagwa à la présidence du Zimbabwe

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Huit mois après le départ forcé du président Robert Mugabe, des élections présidentielle et législatives sont tenues au Zimbabwe le 30 juillet 2018. Le président intérimaire, Emmerson Mnangagwa, remporte la victoire de justesse au premier tour avec 50,8 % des voix, un résultat dont la légitimité est cependant fortement contestée par l’opposition.

Un coup de force militaire précipite la fin du long règne du président Robert Mugabe le 21 novembre 2017. Un autre membre de l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (UNAZ-FP), son ex-bras droit Emmanuel Mnangagwa, lui succède par intérim. Il s’engage à démocratiser davantage le pays dont la vie politique est dominée par l’UNAZ-FP. De plus, les élections précédentes ont été entachées d’irrégularités. Des élections présidentielle et législatives sont annoncées pour le 30 juillet 2018. Les sondages laissent présager une lutte serrée entre Mnangagwa et le candidat du Mouvement du changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa. Celui-ci a succédé à Morgan Tsanvirai à la tête du MDC après son décès, le 14 février 2018. La veille du scrutin, Mugabe surprend en accordant son appui à Chamisa, plutôt qu’à Mnangagwa, son successeur à la barre de l’UNAZ-FP et du pays. Le 30 juillet, ce dernier remporte la victoire au premier tour avec 50,8 % des voix, contre 44,3 % pour Chamisa. L’UNAZ-FP arrive également en tête des partis au Sénat et obtient une forte majorité à la Chambre d’assemblée. Même s’il n’y a pas eu de violence excessive, comme ce fut le cas dans le passé, l’opposition dénonce des irrégularités et conteste la légitimité des résultats. Mnangagwa parle pour sa part d’un scrutin « juste et crédible ». Le 1er août, l’armée tire dans une foule de protestataires et fait 6 morts. Une forte répression s’abat également sur des membres de l’opposition, pendant que la Cour constitutionnelle étudie la plainte du MDC. Des voix se font entendre à l’internationale pour que l’on rétablisse un climat démocratique. Cet appui est indispensable au Zimbabwe qui compte beaucoup sur l’aide extérieure, dont des investisseurs étrangers, afin de relancer une économie éprouvant de sérieuses difficultés.

Pour en savoir plus:

Résultats du scrutin

Dans les médias...


Patricia Huon, « Au Zimbabwe, une élection sous influence »

«...Pendant sa campagne, le jeune candidat de l'opposition a prôné l'unité et s'est gardé d'attaquer directement Robert Mugabe. «Nous accueillons tous les votes. Nous voulons un nouveau départ», a déclaré Nelson Chamisa, 40 ans, qui avait eu, il y a dix ans, le crâne fracturé par des partisans de la Zanu-PF. Il a néanmoins démenti vivement les rumeurs d'un accord. «Il n'y a pas de place pour Grace [l’épouse de Robert] Mugabe dans mon gouvernement», a-t-il répété lors d'une conférence de presse dimanche à Harare. Il y a huit mois, Robert Mugabe est tombé sans effusion de sang. Mais le Zimbabwe n'a pas encore écrit la suite de son histoire : il est à un tournant, alors que les électeurs doivent choisir celui qui lui succédera à la tête du pays. Selon les derniers sondages, Emmerson Mnangagwa et Nelson Chamisa sont coude à coude. Mais face à la machine dont bénéficie le chef de l'État, Chamisa ne peut se permettre de refuser le soutien de Robert Mugabe, quelles que soient les intentions qui le guident. Il sait que ses chances de l'emporter sont faibles, qu'il lui faudrait une large victoire, incontestable. C'est peu probable. Malgré les garanties données par les autorités zimbabwéennes pour rassurer la communauté internationale, les doutes subsistent sur leur volonté d'organiser un scrutin crédible. »

Libération (France), 30 juillet 2018, p. 8.

Lizza Fabian, « Une journée pour tourner la page Mugabe »

«...Des années de réformes économiques désastreuses ont peu à peu détruit l'industrie zimbabwéenne, ruiné son agriculture et vidé les caisses de l'Etat, forcé d'importer toujours plus. Mais depuis son accession au pouvoir, Emmerson Mnangagwa promet d'inverser la tendance. Dans chacun de ses discours, à chacune de ses apparitions, il martèle son souhait « d'ouvrir le pays au business », multipliant les appels du pied aux investisseurs étrangers. Avec ce discours volontiers réformiste, ce pilier historique du régime se pose en chantre du renouveau économique. [...] Mais la relance économique reste suspendue à l'organisation d'élections « libres et justes », l'autre mantra d'Emmerson Mnangagwa. Ce serait une nouveauté pour le Zimbabwe, où les scrutins ont toujours été entachés de fraudes, les votes ternis par les pressions politiques. Pour la première fois depuis plus de quinze ans, les observateurs de l'Union européenne sont de retour dans le pays, et une délégation du Commonwealth - que le Zimbabwe espère réintégrer prochainement - a également fait le déplacement. »

Le Temps (Suisse), 30 juillet 2018, p. 5.

Jean-Philippe Rémy, « Jour de vote historique au Zimbabwe »

«...Certes, la libéralisation a des limites. Des témoignages compilés par Le Monde font état, dans les régions éloignées des grands centres urbains où sont stationnés des militaires qui conduisent l'opération « Command Agriculture » (« maîtriser l'agriculture ») sous la responsabilité d'Emmerson Mnangagwa, de campagnes de porte-à-porte pour pousser les électeurs à rester fidèles à la ZANU-PF. On y distribue de la nourriture. On y achète la production exceptionnelle de l'année au-dessus des cours mondiaux, dans un pays où les devises manquent. [...] Encore récemment, il était d'usage de considérer que les villes étaient acquises à son parti [le MDC], et perdues pour la ZANU-PF, mais que les campagnes étaient verrouillées par la ZANU-PF. Or, la proportion d'électeurs au Zimbabwe est en faveur des ruraux : avec 3,8 millions d'électeurs inscrits, ils représentent les deux tiers du fichier électoral, contre un tiers (1,87 million) pour les citadins. Cette division est non seulement artificielle, mais en voie de mutation. Elle ne tient pas compte du fait que la population jeune a des opinions différentes de celles de ses aînés, et qu'elle entend moins obéir aux chefs traditionnels, notamment. Or, les moins de 30 ans représentent 43 % des électeurs.»

Le Monde (France), 1er août 2018, p. 4.

Blessing Tendi, « Polls divide united nation again »

«...the atmosphere inside Zimbabwe has changed. Last November’s coup united much of the country with the military. The army were seen as “liberators”, people took selfies with soldiers and danced on top of armoured vehicles. But the military’s ruthless crushing of opposition protests last Wednesday, in which three people were killed, broke that bond. Zimbabweans were reminded of its tremendously repressive nature, and the military is now seen, as it was during Mugabe’s era, as the coercive guarantor of Zanu PF rule. Neither do the public trust the Zimbabwe Electoral Commission, with numerous opposition politicians and their supporters doubting the authenticity of the result. In many quarters, Mnangagwa’s presidency has no legitimacy. At the same time, however, Zanu PF supporters insist they won the election fairly. Yet despite also winning a two-thirds majority in the parliamentary vote held on the same day, Zanu PF emerges from this election an internally divided party. Though many of its followers were happy to elect its parliamentary candidates, they were less inclined to vote for Mnangagwa in the presidential race. Clearly, Zanu PF will need to field a more popular presidential candidate in the next election in 2023, but this will reopen the party’s long-running presidential succession struggles. »

The Zimbabwe Independent (Zimbabwe) 10 août 2018.

Gouvernance et gouvernement [ 30 juillet 2018 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

Zimbabwe
LimitéEmmerson MnangagwaMorgan Richard Tsvangirai

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 2008 - 2016



mars
2008
Tenue d'élections législatives et présidentielle au Zimbabwe

mai
2008
Explosion inflationniste au Zimbabwe


Dans l'actualité


novembre
2018
De Mugabe à Mnangagwa : la crise économique du Zimbabwe s'éternise

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2018
Départ de Robert Mugabe : un Zimbabwe enthousiaste face à une démission forcée

février
2016
État d'urgence au Zimbabwe : une sécheresse incontournable

février
2015
Vent de changement pour l'Union africaine

mars
2013
Fort appui à une nouvelle Constitution au Zimbabwe

février
2009
Vers une sortie de crise au Zimbabwe

septembre
2008
Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai se serrent la main

février
2008
Une figure de la ségrégation raciale en Afrique est morte

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2008
Sommet de Lisbonne : les relations Europe et Afrique changeront-elles?

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2007
Mugabe : l'autoritarisme se poursuit


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