Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 novembre 2018

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23 juillet 1967

Déclenchement d’émeutes à Détroit, aux États-Unis

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Aux États-Unis, l’année 1967 est marquée par une série d’émeutes à caractère racial. Elle atteint un point culminant en juillet alors que Newark, au New Jersey, et Détroit, au Michigan, sont secouées par une violence sans précédent. L’ampleur du problème incite même le président Lyndon Baines Johnson à faire intervenir l’armée à Détroit.

Malgré l’adoption en juillet 1964 de la loi sur les droits civiques, mettant fin à la ségrégation institutionnelle aux États-Unis, de graves problèmes continuent d’affecter la population noire. Parmi eux, la pauvreté, le chômage, la discrimination dans l’emploi, l’accessibilité dans le logement et les relations avec la police. Ils suscitent des tensions qui, dans certains cas, entraînent une radicalisation du discours et des actions violentes. En 1967, plusieurs villes sont secouées par des émeutes à caractère racial : Atlanta, Buffalo, etc. Le « long hot summer » de 1967 atteint son paroxysme en juillet. Du 12 au 17, des émeutes font 26 morts et plus de 700 blessés à Newark, au New Jersey. Puis, à Détroit, du 23 au 29 juillet, une descente dans un bar illégal (blind pig) est le détonateur d’une flambée de violence dans une ville où l’on considérait pourtant que l’intégration raciale est assez bien réussie. En quelques heures, des émeutes éclatent, incitant le gouverneur George Romney à recourir à la Garde nationale et le président Lyndon B. Johnson à dépêcher l’armée (« We will not tolerate lawlessness »). Du vandalisme, des incendies et des échanges de coups de feu entre tireurs embusqués et forces de l’ordre ponctuent ces journées bouillonnantes. Lorsque le couvre-feu est levé, le 1er août, on compte 43 morts, près de 1200 blessés et 2000 bâtiments détruits. La dimension raciale de ces altercations est soulignée, même s’il y a aussi des émeutiers blancs et que beaucoup de commerçants noirs sont vandalisés. Le 28 juillet, le président Johnson annonce la formation d’une Commission afin de comprendre les racines de ces émeutes et de déterminer ce qu’il faut faire pour éviter qu’elles ne se reproduisent pas. Son rapport, déposé le 29 février 1968, met en évidence l’urgence d’agir afin d’éviter que le pays se dirige vers deux sociétés « une blanche et une noire, séparées et inégales ».

Dans les médias...


François Dupuis, « L’insurrection noire »

«...Dimanche, pourtant, quand elle éclata, rien ne semblait différencier l’émeute de Détroit de celles qui l’avaient précédée. Pendant deux jours, la ville, convulsée, s’est enfermée dans cette étrange atmosphère de carnaval de Série noire qu’avaient vécue d’autres villes avant elle. Les Noirs propriétaires de magasins ont accroché en toute hâte des pancartes : « Soul brother » (« âme sœur ») sur leurs devantures, espérant ainsi détourner l’orage, et un blanchisseur chinois, chez qui on venait de lancer un cocktail Molotov, est sorti de sa boutique en hurlant : « Ne brûlez pas, moi âme sœur aussi ! » Bref, l’horreur bouffonne. Mardi soir, 12 000 hommes, parachutistes, gardes nationaux, policiers disposant d’hélicoptères et de blindés, tenaient le quartier noir ravagé par l’incendie. « On ne voit pas comment l’émeute pourrait reprendre, ce serait un suicide », déclarait un officier de la Garde nationale. Elle reprit dans la nuit. Pour la première fois dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis, des groupes de Noirs bien armés, bien entraînés, obligèrent les forces de l’ordre à évacuer plusieurs quartiers. L’émeute faisait place à l’insurrection. Le pasteur Martin Luther King pouvait bien lancer un appel à la modération, seuls les extrémistes, désormais, faisaient recette. »

L’Express (France), 31 juillet au 6 août 1967, p. 14-15.

Henri de Lavalette, « Réflexions sur les émeutes aux États-Unis »

«...les Blancs les plus lucides sont partagés. Une petite minorité pense qu’il faut hâter la constitution d’un réel pouvoir noir et lui donner coûte que coûte sa place dans la structure de l’État. Les autres objectent qu’il faudrait payer les aléas de cette politique de trop de violences et de bouleversements, que la masse des Noirs n’est pas encore assez évoluée pour s’assumer et s’organiser comme entité, pour prendre en corps une personnalité et une responsabilité politiques aussi importantes... Mais les élites dont je viens d’évoquer les questions les plus pressantes pourront-elles imposer une politique à long terme, quelle qu’elle soit? Il me semble que la peur gagne la population blanche. Les émeutes ont déclenché un réflexe de défense, voire de haine (au grand désespoir des apôtres noirs de la non-violence, qui se sentent débordés par leurs congénères et en passe d’être à nouveau coupés des Blancs). Et la peur n’engendrera-t-elle pas la violence? Toutefois, la peur, en l’occurrence, n’est peut-être pas mauvaise conseillère. En tout cas, elle agit comme stimulant. Il entre, outre un esprit de vrai « libéralisme », une part inavouée de peur jusque dans ce mouvement accéléré d’intégration dont un nombre croissant de Blancs, je l’ai dit, se font les protagonistes. Mais, d’une part cet élan, quelque peu contraint, pourrait bien connaître un reflux (le calme revenu). D’autre part, si j’ai perçu cette peur...les leaders noirs la sentent aussi! Ne seront-ils pas tentés de l’exploiter, de l’exciter? Ce serait un jeu dangereux...» »

Études (France), novembre 1967, p. 464.

Jean-Marc Léger, « Black Power ou la nation négro-américaine...»

«...Peut-être la mise en route effective de la « grande société », une attitude fraternelle des Blancs et une nouvelle longue patience des Noirs auraient-elles permis, ou permettraient-elles de faire l’économie de l’explosion et de la rupture. Mais la grande société est restée pour l’essentiel dans les cartons des ministères et des offices fédéraux, la majorité des Blancs a marqué au mieux l’indifférence et la réserve sinon une sourde hostilité, et les Noirs n’acceptent visiblement plus une longue patience. Ni l’action d’une minorité de Blancs libéraux, animateurs et militants de mouvements pour les droits civiques (mais aujourd’hui progressivement rejetées dans une mélancolique solitude du fait de l’évolution), ni l’existence d’une bourgeoisie noire relativement importante n’ont permis, jusqu’à ce jour, que l’intégration devienne réalité. Est-elle possible, d’ailleurs? Et est-elle souhaitée? Les Noirs qui en firent un temps leur grand objectif y ont renoncé, soit qu’ils en désespèrent, soit qu’ils la rejettent et à quelques exceptions près, les Blancs non seulement ne l’ont pas voulue mais l’ont combattue. »

Le Devoir (Québec, Canada), 25 juillet 1967, p. 4.

S.A., « An American Tragedy, 1967 Detroit », Newsweek (États-Unis), 7 août 1967, p.

«...The trouble burst in Detroit like a firestorm and turned the nation’s fifth biggest city into a theater of war. [...] And suddenly Harlem 1964 and Watts 1965 and Newark only three weeks ago fell back into the shadows of memory. Detroit was the new benchmark, its rubble a monument to the most devastating race riot in U.S. history – and a symbol of a domestic crisis grown graver than any since the Civil War. [...] And the tragedy was that nobody knew how to stop it – if, indeed, it could be stopped at all. Washington’s liberals argued for bigger, more imaginative urban programs – to which the opposition replied that no city has spent poverty money more generously or more energetically than Detroit. Congress, distracted by Vietnam and beset by a bloated budget, was hopping mad over the riots – too angry, in all probability, to do much more than denounce them, investigate them and jam through an « anti-riot » bill that surely could not stop them. Beleaguered Negro moderates pleaded for peace and money – but the fire-eating cries of the Rap Browns seemed to ring louder in the ghetto and on Capitol Hill. »

Newsweek (États-Unis), 7 août 1967.

Gouvernance et gouvernement [ 23 juillet 1967 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

États-Unis
ÉlevéLyndon B. Johnson

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1962 - 1972



septembre
1962
Publication du livre « Silent Spring » de Rachel Carson

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

février
1963
Publication du livre « The Feminine Mystique » de Betty Friedan

juillet
1963
Création de l'École militaire des Amériques

août
1963
Marche pour les droits civiques à Washington

novembre
1963
Assassinat du président américain John F. Kennedy

juillet
1964
Adoption du Civil Rights Act aux États-Unis

octobre
1964
Contestation étudiante à Berkeley

novembre
1964
Élection de Lyndon B. Johnson à la présidence des États-Unis

novembre
1964
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1964
[Résultats] Élections législatives

avril
1965
Lancement du satellite de télécommunications commercial Intelsat I (Early Bird)

août
1965
Déclenchement d'émeutes raciales dans le quartier Watts, à Los Angeles

septembre
1965
Grève des travailleurs agricoles en Californie

octobre
1965
Discours du pape Paul VI à l'Organisation des Nations unies

novembre
1965
Publication du livre « Unsafe at any speed » aux États-Unis

juin
1966
Création de la National Organization for Women

octobre
1966
Fondation du Black Panther Party for Self-Defense aux États-Unis

novembre
1966
[Résultats] Élections législatives

juillet
1967
Déclenchement d’émeutes à Détroit, aux États-Unis

janvier
1968
Manifestations du mouvement chicano

avril
1968
Assassinat du pasteur Martin Luther King à Memphis

juin
1968
Assassinat de Robert Kennedy

juillet
1968
Présentation des premiers Jeux olympiques spéciaux à Chicago

août
1968
Ouverture de la convention du Parti démocrate américain à Chicago

octobre
1968
Protestation aux Jeux Olympiques de Mexico par deux athlètes américains

novembre
1968
Élection de Richard M. Nixon à la présidence des États-Unis

novembre
1968
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1968
[Résultats] Élections législatives

juin
1969
Déclenchement d'une émeute dans le bar gai Stonewall Inn de New York

juillet
1969
Incident tragique impliquant le sénateur américain Edward Kennedy

août
1969
Présentation d'un festival musical historique à Woodstock

novembre
1969
Manifestation d'envergure à Washington contre l'intervention américaine au Viêt-nam

avril
1970
Tenue du Jour de la Terre aux États-Unis

novembre
1970
[Résultats] Élections législatives

mars
1971
Présentation du championnat mondial à la boxe entre Muhammad Ali et Joe Frazier

août
1971
Dévaluation et non-convertibilité en or du dollar

février
1972
Visite du président américain Richard Nixon en Chine

mars
1972
Publication du rapport Meadows

mai
1972
Signature d'un accord sur les armes nucléaires entre les États-Unis et l'Union soviétique (Salt I)

juin
1972
Cambriolage dans les bureaux du Parti démocrate américain (Watergate)

juillet
1972
Présentation du championnat du monde aux échecs entre Boris Spassky et Bobby Fischer

novembre
1972
Réélection de Richard M. Nixon à la présidence des États-Unis

novembre
1972
[Résultats] Élection présidentielle

novembre
1972
[Résultats] Élections législatives


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