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22 août 1962

Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

De Gaulle
Domaine public/ Public Domain

Des opposants à la politique algérienne du président français Charles de Gaulle tentent à quelques reprises d’assassiner celui-ci. L’attaque la plus spectaculaire survient le 22 août 1962 au Petit-Clamart, alors que de Gaulle et ses proches sortent indemnes d’une fusillade, même si la voiture à bord de laquelle ils prenaient place est atteinte de plusieurs balles.

Depuis novembre 1954, la France s’enlise dans un conflit meurtrier en Algérie. Celle-ci fait alors partie de la France, alors que le Front de libération nationale (FLN) se bat pour son indépendance. L’arrivée à la présidence de Charles de Gaulle, en 1958, laisse croire pendant quelque temps que la politique française à l’égard de l’Algérie ne changera pas. Toutefois, des ouvertures vers l’autodétermination se font graduellement. Un référendum est approuvé par les Français (janvier 1961) et des négociations progressent avec les tenants de l’indépendance algérienne. Afin d’arrêter cette progression, l’Organisation armée secrète (OAS), favorable au maintien de l’Algérie française, est mise sur pied en février 1961. Des actions d’éclat sont planifiées, dont des tentatives d’assassinat contre de Gaulle. Une échoue à Pont-sur-Seine, le 8 septembre 1961. Les accords d’Évian, en mars 1962, et la proclamation d’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962, précèdent une autre tentative organisée au Petit-Clamart, à environ 15 km au sud-ouest de Paris, le 22 août 1962. Son instigateur est le lieutenant-colonel Jean-Marie Bastien-Thiry, un ingénieur militaire opposé à la politique algérienne de de Gaulle. Une douzaine de personnes embusquées tirent sur la Citroën DS à bord de laquelle se trouvent de Gaulle, son épouse Yvonne, son gendre et aide de camp Alain de Boissieu et le chauffeur, le gendarme Francis Marroux. Même si 187 balles sont tirées, dont une dizaine sur la voiture présidentielle, aucune ne touche les passagers, ceux de l’autre véhicule formant l’escorte ou les motards qui suivent. Les auteurs de l’attentat sont arrêtés par la suite, puis jugés. Trois sont condamnés à mort, mais seul Bastien-Thiry n’est pas gracié par le président. Il sera exécuté le 11 mars 1963, devenant ainsi le dernier fusillé en France. Les autres participants, ainsi que des membres de l’OAS, seront amnistiés au cours des années qui suivent en vertu de la grâce présidentielle.

Dans les médias...


Casamayor, « Régicides et dauphins »

«...Cinq centimètres mesurés entre les points d’impact les plus rapprochés et la place occupée par la tête du Chef de l’État, et voilà balayé le rêve de lui succéder. À l’inverse et peut-être dans les mêmes cervelles, l’idée de la succession a pris, si l’on peut dire, encore plus de poids. La mort de de Gaulle, qui vient de se présenter dans le futur antérieur, s’offre dans le futur sous un éclairage soudain plus vif qui va s’atténuer (au mépris d’ailleurs de la logique), à mesure que s’allongera la vie du Général. La courbe de l’intérêt que l’on prend à sa mort, ne remontera que lorsqu’il aura atteint un âge beaucoup plus avancé ou que les infirmités l’auront diminué aux yeux de tous. À chaque complot, à chaque acte criminel, la courbe remontera et prendra un contour en dents de scie, jusqu’à ce qu’une échéance artificielle ou naturelle vienne l’interrompre [...] Les Bolcheviks de 1917 et les révolutionnaires de 1789 ont commencé par faire la révolution et ils n’ont tué le monarque qu’après. L’O.A.S. espère placer un assassinat au début de sa prise de pouvoir. Elle prouve par là même qu’elle est impuissante à soulever le peuple dans un mouvement qui pourrait ensuite aboutir à la condamnation des responsables de l’état des choses qu’elle veut changer. Mais son impuissance en certains domaines, comme l’action sur les masses, ne supprime pas le problème politique ou sociologique qu’elle pose. »

Esprit (France), octobre 1962, p. 492-493.

Sirius, « Des mœurs de Bas-Empire »

«...Aucun des griefs que l’on peut invoquer contre le président de la République n’entraîne ici le moindre commencement de justification. Le peuple français a toujours eu la possibilité d’opposer son veto aux décisions du chef de l’État qu’il aurait désapprouvées, et ses représentants élus avaient toute latitude, lors des récents débats, de signifier son congé au gouvernement en exercice. Que nul, juriste ou théologien, ne s’avise donc d’exhumer à propos d’une inqualifiable entreprise la vieille règle du tyrannicide. On attend du « très chrétien » et « très démocrate » Georges Bidault, du « compagnon » Soustelle et de tout officiers révoltés qui, à défaut de sens politique ou de simple bon sens, doivent avoir gardé quelque notion du véritable honneur, qu’ils désavouent publiquement ces mœurs de Bas-Empire. On attend aussi du président de la République qu’il ne se borne pas à rester impavide face à une mort tragique, dans laquelle le barde Malraux voyait un jour le plus bel achèvement d’un destin hors série. On voudrait que, conscient de ce qui serait son plus beau titre de gloire, il utilise le moment d’émotion qui rapproche de lui amis et adversaires pour mettre au point, avec des « intermédiaires » qu’il méprise ou qu’il déteste, les meilleures ou les moins mauvaises conditions de survie de la République. »

Le Monde (France), 24 août 1962, p. 1.

S.A., « Les derniers combats d’arrière-garde de l’O.A.S. en France »

«...Il est vrai que l’O.A.S. est un mouvement subversif qui ne compte pas sur le sentiment de la majorité comme moyen d’action. Aussi, il est possible qu’on assiste bientôt à de nouveaux gestes clandestins. Mais rien ne laisse supposer que l’armée secrète puisse exercer une action efficace en métropole. L’essentiel de sa force était en Algérie où les rebelles européens ont fini par négocier avec les rebelles musulmans, malgré les affirmations maintes fois répétées que l’O.A.S. ne capitulerait jamais devant les partisans de l’indépendance algérienne. Dès lors, l’O.A.S. perdait son ressort. Elle peut sans doute déclencher quelques attentats en France. Mais ce ne seront que les derniers soubresauts de mécontents toujours en mal de quelque putsch à la fasciste, qui apparaissent dérisoires dans un pays qui va de l’avant comme la France actuelle. Grâce à de Gaulle, le problème algérien est dépassé. L’O.A.S. l’est également et toute son activité se range de plus en plus dans un combat d’arrière-garde qui prend sa source dans la rancœur et le dépit. De Gaulle a beaucoup d’autres chats à fouetter. Mais il lui faudra fouetter celui-là, pour l’éliminer, avant de s’attaquer aux grandes tâches qu’il s’est donné comme mission d’accomplir : l’Europe nouvelle, la rénovation économique du pays, une réaliste coexistence pacifique. »

Le Soleil (Québec, Canada), 23 août 1962, p. 4.

S.A., « France : Ambush at Clamart »

«...De Gaulle’s bland disregard for his own safety is a matter of national concern, for much more than a man’s life is at stake. Apart from their personal hatred for the man, one reason the S.A.O. (O.A.S.) killers so persistently try to kill De Gaulle is the hope of taking control of the country in the chaos that would follow his death. Under the French Constitution there is no successor to the President. Theoretically, the Speaker of the Senate would exercice the President’s functions while arranging for new elections within 50 days. [...] If De Gaulle were to die, argue the S.A.O. leaders, there would be only two tightly organized groups in France : themselves and the Communist Party. The S.A.O. feels confident it could then weld together all those conservative and military elements that fear the Communists into a coalition that would back the S.A.O. candidate in a constitutional bid for control of the nation. To avoid this dilemma, the influential Paris newspaper Le Monde begged De Gaulle to confer with the other democratic parties and « work out the conditions for his own succession and for the survival of the republic. »»

Time (édition canadienne), 31 août 1962, p. 25.

Gouvernance et gouvernement [ 22 août 1962 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireCharles de GaulleGeorges Pompidou

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

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Chronologie 1957 - 1967



mars
1957
Signature des traités de Rome créant la Communauté économique européenne

juin
1958
Investiture de Charles de Gaulle à la présidence du Conseil, en France

septembre
1958
Tenue d'un référendum sur la Constitution de la Ve République en France

novembre
1958
[Résultats] Élections législatives

janvier
1960
Début de la semaine des barricades en Algérie

février
1960
Explosion d'une première bombe atomique par la France

octobre
1961
Manifestation du Front de libération nationale à Paris

janvier
1962
Adoption de la politique agricole commune à Bruxelles

août
1962
Attentat au Petit-Clamart contre le président français Charles de Gaulle

octobre
1962
Référendum en France sur l'élection du président au suffrage universel

novembre
1962
[Résultats] Élections législatives

janvier
1963
Signature d'un traité entre la France et l'Allemagne

décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1966
Annonce du retrait de la France de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord

mars
1967
Tenue d'élections législatives en France

mars
1967
[Résultats] Élections législatives


Dans l'actualité


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Perquisition de l'opposition en France : Jean-Luc Mélenchon dénonce furieusement un abus de pouvoir

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2019
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2018
Donner du sang, oui, mais pas pour toute la France...

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2018
Le populisme sous la loupe du Forum mondial de la démocratie de Strasbourg

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Nostalgie ou changement sans dérangement

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2017
Présidentielle française: entre espoir et dépit

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