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23 mai 1969

Remise du prix du jury à Cannes au film Z de Costa-Gavras

Texte rédigé par l'équipe de Perspective monde

Le prix du jury du festival de Cannes est remis à Z, un thriller politique du cinéaste Costa-Gavras. Adaptée d’un roman de Vassilis Vassilikos relatant les circonstances entourant l’assassinat d’un député d’opposition grec en mai 1963, cette production a été inspirée à son auteur par l’arrivée au pouvoir d’un régime autoritaire en Grèce, en avril 1967.

Konstantin (Costa) Gavras est un jeune cinéaste grec qui a fui son pays pour s’établir en France au début des années 1960. Après avoir réalisé quelques films, il s’intéresse à Z (qui signifie « Il vit »), un roman de 1963 de l’auteur grec Vassilis Vassilikos. Ce dernier y relate les circonstances entourant l’assassinat d’un député d’opposition grec, Grigoris Lambrakis, le 22 mai 1963. Il y démontre la répression existant dans un pays qu’il ne nomme pas – la Grèce – , qui a pourtant un régime démocratique. Lorsque les colonels prennent le pouvoir, le 21 avril 1967, Costa Gavras décide d’adapter Z dont il co-écrit le scénario avec l’écrivain Jorge Semprun. Selon ses dires, il s’agit d’un « signe de protestation » contre cette dictature. À la fin du film, on peut d’ailleurs lire : « Toute ressemblance avec des événements réels, des personnes mortes ou vivantes n'est pas le fait du hasard. Elle est volontaire ». Le scénario raconte l’enquête d’un juge d’instruction, inspiré du juge de l’affaire Lambrakis, Khristos Sartzetakis, qui cherche à découvrir les véritables auteurs de cet assassinat politique. Des acteurs établis comme Jean-Louis Trintignant et Yves Montand jouent dans Z, que l’on tourne en Algérie à cause de son architecture ressemblant à celle de la Grèce. La musique du film est l’œuvre de Mikis Theodorakis, un opposant réprimé par le régime des colonels. Lancé en France le 26 février 1969, ce thriller est récompensé par une foule de prix, dont l’Oscar du meilleur film étranger (1970) et le prix du jury à Cannes (1969). Lors de ce festival, d’autres productions ayant un point de vue critique de la société sont également en évidence (If, M*A*S*H, etc.). Costa Gavras réalisera d’autres films politiques au fil des ans (L’aveu, État de siège, Missing, etc.). Pour sa part, Sartzetakis deviendra président de la république grecque en 1985, 11 ans après la fin de la dictature.

Dans les médias...


Jean-Louis Bory, « Z : la majuscule de l’histoire »

«...Sans doute, le film prend quelques précautions : rien n’est nommé, qui soit grec; mais l’obsédante musique de Théodorakis, la présence d’une monarchie en exercice, la couleur méditerranéenne (le film a été tourné à Alger), et, en final, l’effarante, la grotesque liste des « tabous » dans la Grèce des colonels, aident les spectateurs à préciser le tir. Sans gêner la généralisation; sans diminuer par une localisation excessive, la portée de la leçon. Tout nous invite à extrapoler. Aussi bien le souvenir de l’affaire Ben Barka que celui de l’affaire Kennedy, et que celui des liquidations staliniennes. « Z » dénonce, en le démontant, le mécanisme de tout attentat politique commis dans n’importe quel État, du moment que cet État est un État policier. C’est-à-dire : un État où la police, cessant d’être l’auxiliaire d’une justice indépendante de l’exécutif (Vive Montesquieu!), n’assure plus avant tout la protection des citoyens – mais où elle se range directement au service du pouvoir, et sert une justice elle-même au service de ce pouvoir. L’Ordre devient synonyme de répression. « Z » est l’initiale du verbe qui, en grec ancien, signifie vivre. Les morts continuent d’agir, leur souvenir milite pour eux. « Z » ne marque pas la fin d’un alphabet mais le début d’un combat. C’est la majuscule de l’espoir. »

Le Nouvel Observateur (France), 10 mars 1969, p. 45.

M.-C. Wuilleumier, « Z »

«...si l’affaire Lambrakis date de 1963, c’est en 1966 seulement que le procès parvint au dénouement révélé dans l’épilogue; et la publication du livre de Vassilikos, comme le projet de Costa-Gavras, est antérieure de quelques mois au putsch des colonels, tandis que le tournage, qui lui est postérieur, accompagna en France les événements de mai. Tout se passe comme si les intentions de Costa-Gavras avaient évolué en même temps que l’histoire – le film bénéficiant, par couches successives, de différents apports qui ne s’intègrent pas dans une vision unitaire. Ce qui explique sans doute les multiples « sorties » que l’œuvre trouve chez le spectateur français : tel lit le film à la lumière de ses souvenirs de mai et de son ignorance de la Grèce, pour y retrouver sa dénonciation de la gauche libérale et confirmer à bon compte ses sentiments révolutionnaires; tel autre estime inoffensive la réduction d’une situation politique à un drame policier, ou salutaire le déplacement d’effet qui, à une prise de conscience enracinée dans un pays et dans une problématique, substitue l’indignation morale puisant ses forces aux sources les plus affectives et les plus générales. »

Esprit (France), juin 1969, p. 1088.

Jean Narboni, « Le Pirée pour un homme »

«...C’est une franche part de rigolade qui nous est fournie à la lecture d’articles parlant de « Z » comme d’un film qui pratique impitoyablement l’analyse politique d’un événement, alors qu’il y est clairement dit qu’il suffit d’un journaliste ingénieux et arriviste, de témoins gaffeurs et d’un procureur probe, incorruptible, pour conduire au tribunal des généraux et des Chefs de police. Nous retrouvons en ce point la mythologie à l’œuvre dans nombre de films américains, selon laquelle un Juste peut toujours résister à toutes les pressions, toutes les influences, dénouer toutes les intrigues de palais ou de commissariats. Mythologie procédant, en Amérique, d’une idéologie vaguement libérale, douteuse [...] Ce que Costa-Gavras s’est au contraire bien gardé de montrer (il y eût fallu bien sûr moins de complaisance), c’est que l’action conjuguée du chef d’instruction et de quelques autres n’a été possible, lors de l’affaire Lambrakis, que parce que soutenue massivement par la population alertée (qu’avait bouleversée l’assassinat), la force sourde et effective d’un peuple vigilant. »

Les Cahiers du cinéma (France), mars 1969.

Gouvernance et gouvernement [ 23 mai 1969 ]

PaysNiveau de démocratieChef de l'ÉtatChef du gouvernement

France
IntermédiaireAlain PoherMaurice Couve de Murville

Grèce
FaibleGeorgios ZoitakisGeorgios C. Papadopoulos

Les informations précédentes renvoient précisement à la date de l'événement. Le niveau de démocratie est établi à partir des travaux de l'équipe de Polity IV. L'indice renvoie à la démocratie institutionnelle. Les noms des gouvernants sont établis à partir de nos bases de données les plus récentes. Là où on ne trouve aucun nom pour chef du gouvernement, il faut conclure que le chef de l'État est aussi, et sans intermédiaire, le chef du gouvernement, ce qui est le cas des systèmes présidentiels classiques (les États-Unis par exemple).

Évolution des composantes du système politique

ProfilGouvernantsDémocratiePartis politiques

Obtenez des informations supplémentaires sur le profil général des pays, les gouvernants, le niveau de démocratie et les différents partis politiques ayant oeuvré sur la scène nationale depuis 1945.
 

Chronologie 1964 - 1974



décembre
1965
Élection au suffrage universel de Charles de Gaulle à la présidence de la République française

décembre
1965
[Résultats] Élection présidentielle

mars
1966
Annonce du retrait de la France de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord

mars
1967
Tenue d'élections législatives en France

mars
1967
[Résultats] Élections législatives

mars
1968
Éclosion du Mouvement du 22 mars en France

mai
1968
Contestation étudiante et ouvrière en France

juin
1968
Tenue d'élections législatives en France

juin
1968
[Résultats] Élections législatives

avril
1969
Tenue d'un référendum menant à la démission du président français Charles de Gaulle

mai
1969
Remise du prix du jury à Cannes au film Z de Costa-Gavras

juin
1969
Élection de Georges Pompidou à la présidence de la République française

juin
1969
[Résultats] Élection présidentielle

décembre
1971
Création de l'organisation Médecins sans frontières

mars
1973
Tenue d'élections législatives en France

mars
1973
[Résultats] Élections législatives

avril
1974
Décès du président français Georges Pompidou

mai
1974
Élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République française

mai
1974
[Résultats] Élection présidentielle


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